Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (6)

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (6)

Bonjour, les femmes se font rares depuis le début de cette série d’interviews de personnages de roman. Merci d’être venue. On sacrifie à la traditionnelle question : pouvez-vous vous présenter ?

Et il était temps de nous donner la parole ! Nous sommes les pantins silencieux de ses écrivaillons en recherche de gloire, qui ne pensent jamais à nous remercier ! Alors merci !! Un grand merci de nous ôter nos muselières !

Pour ma part, j’ai la vingtaine passée, je suis étudiante infirmière, du moins je l’étais avant de tomber malade, mais je compte bien reprendre mon année dès que toute cette histoire sera terminée.

 

Quelle poigne ! On sent qu’il ne faut pas vous en promettre ! Vous avez d’autres traits de caractère aussi affirmés ?

Affamée ! C’est le trait le plus marquant chez moi en ce moment ! Avant j’étais quelqu’un d’engagée dans la cause humaine, et puis je suis tombée malade et mes goûts ont changé. Maintenant je ne pense plus qu’à me remplir l’estomac. J’étais pleine d’empathie, désormais je ne suis qu’une bête dépassée par ses instincts.

 

Vous êtes encore étudiante, ça fait de vous, par essence quelqu’un de jeune. Vous êtes restée longtemps dans la tête de votre auteur ?

Ai-je un jour été ailleurs ? J’en doute. Je suis ancrée dans ses tripes, dans les méandres de sa cervelle rosée. Et puis, il y a un an, elle a décidé de me faire remonter à la surface. On a passé de longues journées ensemble, des nuits parfois. Elle n’arrivait pas à me saisir, je suis quelqu’un de nature réservée, et au fur et à mesure, on a appris à s’apprivoiser. Elle m’a beaucoup aidé à sortir de ma carapace.

 

Mais s’apprivoiser n’est-ce pas confirmer nos points communs ? À votre avis a-t-elle mis un peu de ce qu’elle est en vous ?

Oh oui !! Cette gourmandise, cette façon de se délecter d’un plat, en imaginant l’odeur d’abord, puis la texture, c’est elle ! Qui d’autre qu’elle pourrait saliver en reniflant le cou d’un gus ? Pas moi assurément ! Et puis cette ténacité aussi, cette obstination agaçante à avancer malgré tout, à vouloir surmonter les obstacles en permanence au lieu de baisser les bras ! Ce n’est pas moi ça non plus ! Non non moi, je me serais tiré une balle dans la tête depuis longtemps !

Le fossé est d’autant plus grand qu’elle vous prête des actions pour le moins… comment dire… spéciales… Il y aurait de quoi lui en vouloir, non ?

Et vous ? Vous apprécieriez de dépecer un mec pour lui bouffer les entrailles ? Reconnaissez qu’elle y est allée fort sur ce coup-là ! Déjà je trouvais que ce qu’elle avait fait subir au petit Allan c’était rude mais alors là ! Parce que ça a un goût particulièrement dégueulasse en plus ! Un genre de bidoche faisandée depuis un mois dans de la vinasse bon marché si vous voyez ce que je veux dire ! Et puis à cru ! Madame veut que ça dégueule du boyau !

Et s’il n’y avait que ça ! Mais côté sentimental on peut pas dire qu’elle m’ait gâté non plus ! J’étais tranquille, pépère dans mon petit appart, j’avais la vie devant moi, un boulot. J’avais enfin pris mon indépendance et elle a tout foutu en l’air ! Alors oui, j’ai comme une petite envie parfois de lui bouffer les entrailles de l’intérieur… Juste histoire de lui montrer l’effet que ça fait en vrai.

J’étais pleine d’empathie, désormais je ne suis qu’une bête dépassée par ses instincts.

Mais ce désir de calme vous pouvez quand même le satisfaire quand elle pose la plume. Vous avez bien du temps libre entre deux séances de création ?

Tout dépend des moments. Quand je me sens bien je fais quelques recherches sur cette foutue maladie. Histoire de me renseigner un peu, de voir dans quoi je fous les pieds, enfin dans quoi elle me les a foutus. Comme si elle avait pas pu me refiler un virus un peu moins exotique ! Une petite peste, ou un Ebola même si elle voulait faire dans l’étranger ! Non il a fallu qu’elle tape dans le virus inconnu. Celui qu’on croit éteint et qui ressurgit, on ne sait comment, on ne sait où. Donc je fouine dans sa mémoire de travail, malheureusement à court terme…

Dans les moments de crise, je dors. Cette fièvre m’épuise, je peux à peine faire deux pas, alors quand elle me fout la paix, je dors.

Vous dialoguez avec celle qui vous a créée ? Si vous deviez lui poser une question, ça serait laquelle ?

Tu ne pouvais vraiment pas choisir quelqu’un d’autre ?

Le mot de la faim ?

N’oubliez pas que le KURU existe… Ne mangez pas de la cervelle humaine !! C’est dégueulasse !!!

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