Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (5)


Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ?

Et si, pour une fois, on leur donnait la parole ? (5)

ET SI ON LEUR DONNAIT LA PAROLE ?·LUNDI 17 JUILLET 2017

Bonjour et merci d’avoir accepté cette invitation. Je vous laisse vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle Jedediah Lafkin, mais en fait je préfère qu’on m’appelle Jed. Ce sont mes parents qui voulaient me prénommer ainsi, en mémoire de Jedediah Smith, un mountain man…En même temps, si on ne connaît pas l’histoire des Etats-Unis, on se fout un peu des mountain man…Sinon, j’ai été ingénieur au sein d’une exploitation forestière, dans une petite ville à la frontière canadienne…Hope Falls…Une sale histoire…Désormais, je vis à New York, mais pas tout à fait de la façon dont je l’espérais. Plutôt même beaucoup moins bien que prévu.

 

Vous semblez éprouvé par cette histoire. La résistance est-elle une de vos caractéristiques ? D’ailleurs, en général, quels sont les traits de caractère qui prédominent chez vous ?

Je dirais que je suis pas mal maladroit. Ceux qui ont lu mes aventures l’ont sans doute remarqué. Un peu innocent aussi, et dépassé par les événements. A ma décharge, je dirais que je ne connais pas beaucoup de personnes qui auraient pu endurer calmement ce que j’ai subi sans perdre les pédales ! D’ailleurs, c’est amusant, mais j’ai appris depuis qu’un certain nombre de lecteurs ne voyaient plus l’automne et les feuilles de la même façon en refermant le livre. Mais je suis suffisamment têtu pour ne pas renoncer, et fidèle en amitié.

Cette fidélité vous la devez peut-être à votre créateur… Par exemple, vous êtes resté combien de temps dans son esprit avant de voir le jour ?

Houlà ! Très longtemps ! En fait, j’ai végété longtemps dans un carnet à spirale (pas à l’encre bleu en lettres capitales), je crois que c’est une sorte de vieux cahier de textes en fait. Chaque idée que mon créateur a eue, il la note dans ce carnet. Au bout d’un moment, je côtoie pas mal de monde, de tout genre et de tout style. Tiens, j’ai longtemps été à côté de Noah Gibson, si vous voyez qui c’est. Et aussi d’Ève Cardelle, une chouette fille à qui il est arrivé un tas d’aventures…Et puis, des monstres aussi, horribles, complètement barrés…Je m’inquiète un peu pour la santé mentale de mon créateur.

Figurez-vous quand même que j’ai eu deux vies. Ma première histoire a fini dans les méandres d’un disque dur qui a grillé il y a environ 10-15 ans. J’ai cru que c’en était fini pour moi. Mais il ne m’avait pas oublié. Il m’a ressorti de sa mémoire pour me réinventer une vie, pendant que ses souvenirs étaient encore chauds. Peu de choses ont changé en fait, sauf que je me souviens d’un épisode dans un train…Mais bon !

 

Ce qui amène tout naturellement à la part de création. Vous pensez qu’il a mis de lui dans ce que vous êtes devenu sur le papier ?

Je le sais têtu, donc c’est un trait de caractère qu’il m’a donné. Un peu rancunier aussi, ça il a évité de me le refiler. Il a insufflé dans beaucoup de personnages des traits de caractères de gens qu’il a rencontrés, qu’il connaît. Tiens par exemple, je peux vous dire que Krueger Junior, il existe, il y a juste le poids qui ne correspond pas ! Et il y a aussi quelques considérations personnelles de l’auteur dans mes dialogues et mes hésitations, mais ça c’est trop personnel.

 

J’ai appris depuis qu’un certain nombre de lecteurs ne voyaient plus l’automne et les feuilles de la même façon en refermant le livre.

Vous semblez assez proche de votre créateur. Pourtant il ne vous épargne pas dans «Feuilles». C’est du sadisme ou une obligation du genre ?

Alors, si vous le voyez, posez-lui la question : pourquoi me faire ça à moi, avec des feuilles ? Et pourquoi cette bon sang de feuille d’érable rouge ? Elle me suit partout cette saleté ! Même encore aujourd’hui ! J’étais quand même bien tranquille à Hope Falls, même si Krueger…Bon, je ne dévoile rien de plus hein ? Mais j’aimais bien ma maison. Et surtout ma collection de jazz. Vous aimez Coltrane ? et Miles ?

J’aurais parfois voulu être plus…je ne sais pas moi, énergique ? Combattif ? Disons que j’ai eu l’impression parfois que je subissais. Il me l’a dit : tu n’es pas un héros, tu es quelqu’un d’ordinaire à qui il arrive des trucs pas ordinaires.

 

Ça a dû être un sale moment à passer, mais en fin de compte il est parti « torturer » quelqu’un d’autre, non ? Ça vous laisse du temps libre…

J’aurais pu m’estimer heureux au final. Avec une jolie femme, un nouveau métier, un bel appartement…Bon, je ne sais pas ce qu’il a avec la couleur verte par contre, du coup je ne peux plus la voir en photo…

Mais…Approchez-vous, que je vous parle en secret. Qu’il n’entende pas. En fait, j’ai peur. J’ai un peu les jetons. Je pensais qu’après m’avoir fait bouffer la création en feuilles il allait me laisser tranquille, et me faire oublier peu à peu mes phobies et passer à autres choses. En particulier, s’occuper de ce fêlé psychopathe qu’il ballade dans les rues de Denver, en lui faisant faire de l’auto-stop. Mais il n’y a pas longtemps, je l’ai vu prendre son cahier de note. Il a couché mon nom dessus. Et je me suis retrouvé dans une sacrée histoire. J’ai l’impression que ce que j’ai connu n’est rien à côté de l’histoire qu’il me prépare. Je crois que je vais prendre cher.

 

Vous êtes sûr que tout cela n’est pas dans votre tête ? Parce que… d’un point de vue extérieur, on voit surtout entre vous un manque de communication. Je vous laisse un espace. Posez-lui la question qui vous brûle les lèvres.

J’ai envie de lui demander : qu’est-ce qui t’es passé par la tête quand tu m’as créé ? (et qu’est-ce que je t’ai fait finalement ?) Ah, oui, aussi : pourquoi cette foutue feuille d’érable rouge ? Faudra que tu m’expliques un jour. Ça fait trois questions mais tant pis.

 

On en revient toujours là… Le mot de la fin ?

« Bienvenue à Hope Falls, charmante petite ville à la frontière canadienne, là où il ne se passe jamais rien…Sauf en automne » Ça fait un peu cliché, non ? J’aimerais simplement qu’ils m’accompagnent. On a un bon bout de chemin à faire ensemble, et c’est tellement plus facile en se donnant la main et en se serrant les coudes. D’autant que si vous pensiez avoir tout vu, vous vous trompez lourdement. Je vous dis, ce type est malade !

 

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Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain


Le livre : Tu tairas tous les secrets d‘Hervé Jourdain – Paru le 11/10/2018 aux éditions Fleuve édition dans la collection Fleuve noir – 19.90€   – epub 13.99 € (416 pages) ; format 21×14 cm

 4ème de couverture :

Une femme est retrouvée morte dans le parc naturel des Ardennes. À quelques kilomètres de là, le corps d’une autre est repêché dans la Seine. Sur le pull que portait la première victime, l’ADN de l’épouse d’une chef de brigade de la PJ de Paris. Au cou de la deuxième, un curieux médaillon en forme de chouette.Le commande Guillaume Desgranges est chargé de l’enquête parisienne. Et ce qui se passe dans les Ardennes, il refuse d’en entendre parler : il a élevé seul son fils et remué ciel et terre pour retrouver celle qu’il aimait. Le temps a passé. Son évaporation ne regarde qu’elle, à présent, où qu’elle soit. La brigadière Zoé Dechaume ne l’entend pas de cette façon et n’a qu’une idée en tête : remonter la piste ardennaise. Alors, en toute clandestinité, et en duo avec sa coéquipière Lola Rivière, elle va se lancer sur les traces d’une femme qu’elle ne connaît pas, mais dont elle a toutes les raisons de penser qu’elle vit encore. Entre Paris, la Belgique et les Ardennes, mettant en péril leurs carrières et bien plus encore, les deux jeunes femmes vont se heurter aux secrets qui contraignent au silence, écorchent, et finissent par tuer ceux qui les portent.

 

L’auteur : Hervé Jourdain est né le21/08/1972 à Sainte-Maure-des-Fossés, féru d’Histoire et de course à pied.
Il réussit le concours de gardien de la Paix et s’installe à 20 ans dans le sud de la région parisienne. Parallèlement à son activité professionnelle, il s’inscrit à l’université Paris-I et obtient une licence d’Histoire. Il intègre alors un service de renseignement en 1998 avant de devenir, deux plus tard, officier de police.
Lieutenant à la brigade des mineurs de Paris puis capitaine au sein de la brigade criminelle installée au mythique 36, quai des Orfèvres, il décide par défi de se lancer dans l’écriture de romans policiers.
Il est alors capitaine de police lorsqu’il publie Sang d’encre au 36 (2009), un premier roman qui lui vaut le prix des lecteurs du grand prix VSD du polar.
Il remporte en 2014 le prix du Quai des Orfèvres avec son roman Le Sang de la trahison.
Il a par ailleurs collaboré à l’écriture d’un long métrage, fait office de conseiller sur le tournage d’un téléfilm policier, effectué une brève apparition dans le film « Contre-enquête » (2007) aux côtés de Jean Dujardin.
En 2017, il reçoit le prix Sang d’encre décerné par le festival de Vienne pour son roman, Femme sur écoute, paru chez Fleuve Éditions en 2017.
Sous le pseudonyme Clovis Bienvenu (l’identité de son grand-père maternel), il est également l’auteur de Le 36, quai des Orfèvres à la croisée de l’histoire et du fait divers, paru chez PUF en 2012 dans la collection Questions judiciaires.…Il est aujoud’hui commandant de police.

 

Extraits :
« Certains comptabilisaient le nombre d’autopsies auxquelles ils avaient assisté. Un procédurier se targuait d’en avoir réalisé dix-huit la même année. Une autre enquêtrice, à coup sûr une fétichiste, conservait dans un tiroir un stérilet saisi sur le cadavre d’une femme tuée par son amant qu’elle se plaisait à montrer aux stagiaires de passage au 36. Peut-être pour les faire fuir. Ou pour les épater. Ou pour exorciser cet instant de découpe, cet acte de boucherie, ce dépeçage en règle d’un corps qui ressemblait à s’y méprendre au sien. »
« Selon la copie du rapport d’autopsie qu’elle avait consultée dans la foulée, le cadavre avait séjourné face contre terre durant un mois avant sa découverte. Au fil des heures et des jours, des escouades d’insectes nécrophages s’étaient nichés, développés et reproduits dans et aux abords du macchabée. Les orbites avaient été évidées, les tympans visités, les lèvres forcées, la bouche pénétrée. Les mouches bleues croisaient d’autres diptères dans les cavités gonflées par les larves de coléoptères. Le légiste avait prélevé de nombreux spécimens. Certains avaient été plongés dans du formol, d’autres avaient été conservés vivants dans des tubes aérés afin de dater au mieux la mort de la victime. Puis il avait autopsié ce qui pouvait encore l’être. Les meilleurs morceaux avaient été dévorés : cœur, poumons, rate, foie. Le larynx était intact, aucune fracture n’était signalée, pas plus que la présence de corps étrangers. En résumé, rien n’évoquait une mort violente. Ce décès paraissait inexplicable chez un sujet féminin qui ne semblait pas avoir plus de cinquante ans au vu de l’examen odontologique… »
 

La chronique jubilatoire de Dany

Titre et auteur : Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain

On retrouve les protagonistes de Femme sur écoute, dans une intrigue plus classique, mais avec un duo féminin immanquable ! Une enquête complexe où l’auteur nous entraine dans les Ardennes. C’est un peu le hasard qui fait se relier deux scènes de crime et qui va lancer Lola et Zoé sur les pistes de ces femmes disparues. Elles n’en ont pas la légitimité, elles devront jouer avec les personnages secondaires pour approcher de la vérité, toujours border line.

Que feriez-vous si, avisé que vous êtes gravement malade, on vous proposait un traitement miracle ? Les pieds sur terre ou la tête dans les nuages, une galerie de personnages bien campés  renforcent toute l’ambigüité posée par l’auteur.

De nombreux thèmes sont abordés par Hervé Jourdain à la périphérie de cette enquête : l’exploitation des immigrés clandestins, les médecines alternatives, les sectes, les maladies rares, l’amour maternel, les SDF … procurent aux lecteurs des moments d’émotions dans ce monde de brutes. Notons aussi la sobriété du ton : pas d’effets spéciaux de superproduction, tout est précision et minutie. En prime une visite du Bastion, le new 36, maintenant opérationnel … ou presque !

J’aime beaucoup, mais il n’aurait pas dû assassiner une 2CV !

 

Lu en version numérique.

 

 Extrait :
«  Le front collé contre la planche d’une étagère, elle attrapa une conserve en verre. Ce qui ressemblait à des abricots flottant dans un jus épais. Elle tira sur la languette afin d’ouvrir le couvercle. En vain. Trop faible. Elle l’agrippa avec les dents et poussa le bocal de ses deux mains. Pas mieux, le caoutchouc usé se déchira sans libérer l’air nécessaire. De colère, elle le jeta contre le mur. Le verre se brisa, le jus l’éclaboussa.
Elle se rua au sol telle une mendiante, pinça de la pulpe de fruit mêlée de terre entre ses doigts et la porta à sa bouche. Elle ferma les yeux. Ils se rouvrirent sur des larmes. Honte de ramasser de la nourriture tombée au sol, douceur du sucre, crainte d’être abandonnée, espoir d’être sauvée, elle était chahutée par des vents contraires.»