Exquis Cadavre Exquis, la 4e et avant dernière récap avant final !

Exquis Cadavre Exquis, la 4e et avant dernière récap avant final !

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Déjà 54 épisodes…

que vous suivez avec attention

et

peut-être que bientôt ce sera à vous de tenir le scalpel !

Bonne dégustation…

 

L’exquis cadavre Exquis de Collectif Polar

Pour ceux qui n’auraient pas suivi

Les 16 premiers chapitres sont Ici

Les 12 chapitres suivant  sont là

Les chapitre 29 à 41 sont Ici



 

Episode 42 by Claude Levasseur

Coup de foudre

 «… Et c’est le numéro 10, Coup de foudre, qui s’impose dans la seconde épreuve de trot attelé, devant Emir du Gazeau, le 5. Le 9, Balfour, s’empare de la troisième place…»

Jo n’écoute pas la suite. Coup de foudre… Il ne l’a pas vu venir, celui-là ! Furieux, il froisse son bulletin et le jette au sol.

  • Fait chier !

Cent boules envolées à cause d’un foutu canasson qui porte un nom à la con. Ses pertes du jour s’élèvent à… Non, il n’a pas envie de compter. Sa gorge se serre. Putain de déveine ! Il finit sa bière d’un trait, fait signe à Bertie de lui amener la suivante.

Un œil sur la télé… La course suivante ne commence que dans quelques minutes. Il a le temps de faire la vidange.

Jo se dirige vers le fond de la salle, il pousse la porte des toilettes. Il y a déjà quelqu’un. Une silhouette frêle halète, penchée au-dessus du lavabo. Allons bon, un turfiste qui tient pas l’alcool ! Jo croise son regard dans le miroir. Une femme !

– Ça va ? Vous vous sentez bien ?

L’inconnue lève la tête. Le cœur de Jo s’emballe. Cette fille est canon ! Canon et mal en point. Son teint est aussi blanc que la faïence d’un urinoir. Elle tente de répondre avant de s’affaisser. Jo la rattrape au vol. Veut appeler à l’aide, se ravise. Il sent qu’un truc bien est en train de lui arriver.

Une beauté pareille… Il ne va pas la laisser dans cet endroit sordide. Antoine, le voisin de Jo, est étudiant en médecine. Il l’aidera à la soigner. Charpenté comme un catcheur, il la soulève sans effort et s’engage dans le couloir. Pousse la dernière porte, sort dans l’arrière-cour. Sa simca 1000 est garée juste en face. Privilège d’un habitué des lieux qui rend quelques services au taulier en portant les casiers de bouteilles.

Il installe la jeune femme sur la banquette arrière. Un des boutons de son chemisier a sauté. Jo coule un regard dans son décolleté, aperçoit un gros hématome qui s’étale sous la dentelle fine de son soutien-gorge ! Comprend que sa belle inconnue n’est pas ivre, non. Quelqu’un l’a tabassée ! Il fouille ses poches. Elles sont vides, à l’exception d’une petite gourmette en argent sur laquelle est gravé Camille. La chance lui sourit enfin, il a misé sur le bon cheval. Celui qui va transformer sa vie. Pour toujours.

– Camille, ma princesse, lui susurre-t-il, avant de démarrer.

Elle s’agite, murmure quelques mots qu’il parvient à saisir.

– Lalande, non.

– T’inquiète, mon ange. Ton Lalande, Jo va s’en occuper !

Episode 43

By Double maléfique.

Fabre mouille sa chemise

Le juge Fabre fulmine, pas de nouvelles de Lerot. Mais qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Il est persuadé que le policier est parti en Allemagne, histoire de remonter la piste teutonne. Et Rémini que l’on a tenté de tuer pour la seconde fois. Décidément, dans cette affaire tout va de travers ! Peut-être devrait-il en référer à monsieur le procureur. La hiérarchie ne le lâche plus. Oui, il allait finir par demander que cette affaire soit reprise en main par un autre groupe. Peut-être par les as du 36. Deux journalistes «homicidés», plus un troisième en Allemagne, ça fait tache.

Pourtant Fabre hésite encore. Il a comme un mauvais pressentiment. Il n’aime pas quand le ministère fait pression. Il sent le coup tordu, le politique, là-dessous. Oui, ce genre de dossier forcément implique des haut placés, des financiers, des industriels, des banquiers et forcément des élus.

Edouard Fabre n’est pas du genre à se laisser corrompre, il a des convictions et n’aime point entendre que la justice est le bras armé du politique. La collusion entre ces deux organes de pouvoir le révulse. Aussi, même si Lerot piétine, il a toute confiance dans ce flic borderline.  L’inspecteur a une réputation et comme lui il est intransigeant avec la vérité.

Fabre décide de sortir de son bureau. Il va sur le terrain avant que le parquet ne lui ordonne quoi que ce soit. Il faut absolument prêter main forte à l’aspirant inspecteur Pichon. Il est la tête, l’autre sera les jambes. Il va le faire mousser ce petit aspirant, il lui donnera des ailes. En attendant des nouvelles de Lerot et le rétablissement complet de Rémini, ils feront équipe. Notre juge arrive au commissariat. Là, Pichon est perdu dans ses pensées.

– Pichon, que se passe-t-il ?

Gaston sursaute. Qui lui parle ainsi ? Ce n’est pas la voix de Lerot, pourtant elle est impérieuse.

– Alors Pichon, qu’est-ce qu’il se passe ici ?

– Mais rien, rien, dit-il comme un gamin pris en faute

– Mais d’abord, qui êtes-vous ?

– Edouard Fabre, inspecteur, nous allons enquêter ensemble

– Justement, monsieur le juge. Je diffusais le portrait-robot de notre suspecte.

– Notre suspecte, c’est Lerot qui l’a démasquée en Allemagne ?

– Heu, non monsieur le juge. Lerot n’est pas allé en Allemagne, il enquête ici mais il ne donne plus de nouvelle.

– Comment ça pas en Allemagne ? Et c’est seulement maintenant que vous m’en informez ?

– Mais, mais… j’étais occupé à faire faire le portrait-robot de notre tueuse

– Oui, oui, d’accord, vous m’expliquerez plus tard comment vous avez su que c’était elle, notre présumé coupable. Mais maintenant vous filez avec votre officier de policier judiciaire le plus gradé.

– Le brigadier-chef Lebel.

– Oui, on s’en fout, avec le brigadier-chef Lebel ou Norek, peu importe mais vous allez enquêter du côté de la dernière piste de Lerot, et fissa !

Episode 44

By Lucienne Cluytens

Le dieu des flics existe, je l’ai rencontré !

Une suée inonde le corps de Sebastián. La voix de Pavel clamant : «Coucou mon trésor, on arrive» vient de ruiner tous ses espoirs de se délivrer de son piège mortel. Quand il avait senti, posé verticalement contre la paroi du coffre de la voiture, un objet dur et plat, recouvert d’un bout de tissu que ses pieds entravés avaient fait glisser, il s’était contorsionné pour amener une de ses jambes tout contre afin d’en déterminer la nature. Il avait alors laissé tomber sa jambe un peu rudement dessus, entaillant son pantalon et son mollet. Il avait poussé un cri, étouffé par le bâillon. C’était une lame ! Il avait alors pensé à un genre de machette, oublié dans le coffre, autant dire le salut. Et voilà que les deux Tchèques revenaient, animés d’intention on ne peut plus homicides, l’odeur de l’essence qu’ils amenaient avec eux ne laissait planer aucun doute.

Un déclic et la porte du coffre se déverrouilla. Sebastián comprit que sa carrière s’arrêtait là, c’en était fini de lui. Et cette odeur d’essence ! Cramé, il allait mourir cramé.

C’est alors que, comme le clairon de la cavalerie lors des attaques d’Indiens dans les films de Far-West, le portable d’Anton sonna à nouveau. Le coffre entrouvert ne s’ouvrit pas. Pavel attendait visiblement le résultat de cet appel. Sebastián entendit des oui, oui, espacés puis la voix de Pavel qui interrogeait son frère :

– Alors ?

– C’est le boss. Il veut interroger le flic. Il est en route. Il sera là dans quelques heures.

– Fait chier. Y’a rien à faire ici, y’a même plus rien à boire. Qu’est-ce qu’il veut savoir, ce con ?

– J’en sais rien, il ne m’a pas fait de confidence. Je vais aller au village chercher du ravitaillement. Toi, tu surveilles le flic, ajouta-t-il avec un gros rire, des fois qu’il lui prendrait l’idée de se barrer.

– Tu fais chier, je suis pas le larbin. Je viens avec toi. Avec les nœuds que je lui ai faits, il ne peut même pas bouger le petit doigt.

Sebastián entendit les voix des deux frères s’éloigner de plus en plus. Sa deuxième chance était que Pavel, sous le coup de sa déconvenue, n’avait pas reclaqué la porte du coffre. Sans perdre une minute, il commença les manœuvres pour se libérer : positionner les cordes entre ses pieds au-dessus de la lame, cisailler avec une prudence extrême pour pas que la lame glisse et se mette à plat. Il suait de grosses gouttes mais il tenait bon, il allait s’en sortit.

Après avoir délivré ses jambes de leurs liens, il put se retourner plus facilement dans le coffre pour présenter ses poignets à la lame salvatrice. Une exaltation étrange l’avait envahi. Il était protégé par le dieu des flics. Il avait une chance, il n’en aurait pas deux. Aussi, malgré son impatience, il se contraignit à prendre les plus grandes précautions pour tenir la lame droite tout le temps de sa délivrance.

Lorsqu’il sortit du coffre, il pleurait de bonheur. Et là, tandis qu’il s’employait à se dérouiller les jambes, son regard s’hallucina : les clés de la Mercédès s’offrirent à son regard, posées sur un genre de rayonnage fixé dans le mur du garage. Anton avait dû les déposer machinalement là avant de répondre au téléphone.

 Si je n’étais pas un athée convaincu, je croirais en la providence divine. Bénis soient les cons ! pensa-t-il en enclenchant la clé pour démarrer le moteur.

Episode 45 by Frédéric Fontès

C’est une forme de magie

“Rien n’est miraculeux. Si l’on apprend ce que sait le magicien, il n’y a plus de magie.”

Richard Bach, Le messie récalcitrant.

♫♪ Is this the real life? Is this just fantasy? Caught in a landslide, no escape from reality. Open your eyes, look up to the skies and see ♫♪

Cela fait des jours que je me passe en boucle ma playlist Deezer. La musique est devenue pour moi le seul moyen de ne pas devenir légèrement dingue.

J’ouvre les yeux et je me lève après les 5 minutes 53 secondes d’écoute de cette merveille composée par Freddie Mercury.

Il est temps pour moi de revenir à la vie.

Si je voulais survivre, je n’avais pas d’autres choix. Je devais offrir un leurre. Devenir une victime et disparaître de la ligne de mire de cette tueuse implacable lancée à mes trousses. En parcourant sur internet les sites d’actualités, j’ai découvert que les enquêteurs l’ont surnommée Fantômette ! Quel drôle de hasard… J’ai lu récemment à la fille d’une voisine le dernier tome des aventures de cette héroïne, publié il y a quelques années seulement : Fantômette et le Magicien.

Étonnant, non ? Moi, dont deux des livres de chevet sont Robert-Houdin, Confidences d’un prestidigitateur et L’homme qui disparaît de Jeffery Deaver.

La prestidigitation m’a souvent rendu de nombreux services dans le cadre de mon travail. Elle m’offrait sur un plateau un nouvel angle de vue pour appréhender certains problèmes qui se présentaient à moi. Au fil des années, j’ai aiguisé mes sens et développé ma capacité à voir les choses cachées, et à anticiper. Rien de tel, pour démasquer des tricheurs que de détecter les « misdirections » qu’ils sèment. Ou d’en créer de toutes pièces pour les amener à jouer le jeu dont j’ai édicté les règles.

Dans mon cas, pour disparaître, il a fallu que j’applique les précieux conseils du magicien Dave Lewis que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années : pour étudier un tour, il faut partir de l’effet final, le moment impossible à expliquer. Et remonter dans le temps la séquence du tour. Se concentrer sur les détails dont on est certain, et chercher les indices qui composent le tableau de ce grand final. Figer dans le marbre ce moment, en s’appuyant sur le visible pour ainsi comprendre l’invisible.

Cet effet final ? Ma mort en est le premier acte. Avec assez d’éléments pour la rendre parfaitement incontestable. Maintenant, il est temps que je revienne sur le devant de la scène…

Dehors, le vent tourne. Dans le reflet du miroir, pour la première fois depuis longtemps, je vois…

Episode 46 by Nathalie J.-C.

Enquêtrice du dimanche

 Blanchard devenait incontrôlable ! Après avoir mis un contrat sur la tête de Fantômette, il avait pris la route pour rejoindre les stupides Tchèques qui, sur ses ordres, avaient enlevé un flic ! Rien que ça ! Mais qu’est-ce que Blanchard avait dans la tête ? Evidemment, pensa-t-il, amer, Blanchard n’était que son demi-frère, et ce n’était pas du côté « demi » que se trouvait l’intelligence !

Il se remémora comment cet engrenage avait démarré lorsque, au pied levé, Camille avait remplacé l’un de ses collègues journaliste pour couvrir un débat sur le budget alloué à la CHAFEA (Consumers, Health, Agriculture and Food Executive Agency[1]). Malheureusement, Lalande avait appris bien trop tard la présence de son ex-belle-fille à Bruxelles, où se tenait l’événement. En effet, lors de la pause entre les débats, Camille avait croisé son regard alors qu’il échangeait quelques mots avec ses comparses les plus influents… Ce qu’il y avait lu était tout à la fois un mélange de surprise, de dégoût et de soupçons. Nul doute, pour cette fouille-merde, que la présence de son ex-beau-père à cette réunion cachait des agissements louches ! A cet instant, il avait su qu’il faudrait l’éliminer, ses récentes trouvailles sur les finances du Museum lui ayant confirmé à quel point elle pouvait se révéler dangereuse et efficace…

***

Papa lui avait dit de s’enfermer avec Mamie. Mais il n’avait pas précisé qu’elle ne pouvait pas faire venir un copain ! Avec l’accord de Mamie, oubliant toutefois de lui faire part des inquiétudes de son père, Louise appela François, un copain de classe féru de jeu vidéo et lui demanda de la rejoindre avec son portable : elle avait « un p’tit truc à lui demander » !

Une fois François arrivé, elle lui expliqua, en quelques mots, l’aventure d’Amanda et son possible rapport avec la clé USB, qu’elle demanda à François d’analyser sur son portable. Une fois insérée, la clé s’ouvrit sur un dossier rempli de photos. On y voyait une assemblée réunie dans un cocktail. Décontenancés, les deux ados parcouraient les photos. La journaliste semblait s’être particulièrement attardée sur un groupe de cinq personnes, en grande conversation dans un coin discret de la salle. Des cinq personnes, deux étaient de dos. L’une des autres avait fini par repérer le manège de Camille, parce que son visage, sur la dernière photo, pointait un regard furibond sur l’objectif. A côté de lui, une grande et mince dame en tailleur penchait la tête vers un petit moustachu chauve à la bedaine proéminente. Instinctivement, les deux ados surent qu’il fallait concentrer les recherches sur eux…

– Tu ne pourrais pas passer les photos dans un logiciel de reconnaissance faciale ? lança-t-elle, pleine d’espoir.

– Meuf, sérieux, t’as cru que je m’appelais Pénélope Garcia, ou quoi ?

A cet instant, Mamie Aline débarqua, traînant dans son sillage une délicieuse odeur du moelleux au chocolat.

– Vous faites un devoir d’économie, les enfants ? interrogea-t-elle en fixant l’écran du portable.

–  Non, Mamie, pourquoi tu demandes ça ? répondit Louise, surprise.

– Ah ben parce là, je vois la ministre des Finances, dit-elle en pointant son doigt sur l’élégante jeune femme de la photo. Et tenez, ajouta Mamie, le monsieur à qui elle parle, là, c’est notre ministre de la Santé ! Qui ferait bien de faire un petit régime, si vous voulez mon avis.

Épisode 47 by Patrick Ferrer

 Prédations

 — La ministre des Finances et celui de la Santé ? Tu es sûre ?

Max Lindberg écouta patiemment sa fille qui s’excitait de plus en plus au téléphone. Il savait, d’expérience, que, passé la puberté, la vérité ne sort que très rarement de la bouche des enfants, mais Louise avait l’air d’y croire.

— Bon, faudra que je voie ça. En attendant, assurez-vous de n’ouvrir à personne. Merci ma puce, tu as fait du super boulot.

Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de fierté à l’idée que sa progéniture puisse démontrer des talents d’investigatrice et cela lui fit presque oublier le danger auquel il venait d’exposer sa fille et sa mère. Trois personnes avaient déjà été assassinées et un des flics sur l’affaire était à l’hôpital. Ces gens-là ne plaisantaient pas.

Il aurait dû appeler l’inspecteur Lerot. Ouais, c’est ce qu’il aurait dû faire. Voir deux ministres entrer dans le tableau compliquait fortement les choses. Et encore, c’était un euphémisme. Mais quel scoop ! Le genre de truc qui pouvait propulser sa carrière au zénith. Non, quel que soit le danger, il lui faudrait se débrouiller sans l’aide de la police. Garder ses cartes sous le coude. Et faire très, très attention où il mettait les pieds. Parce qu’il savait que la moindre erreur aurait des conséquences fatales, et pas seulement pour lui…

***

L’inspecteur Lerot donna un coup de frein brusque et la voiture dérapa sur la route de campagne avant de s’immobiliser dans le fossé. Qu’était-il en train de faire ? Fuir pour sauver sa peau ? Il tremblait encore à l’idée de la mort atroce à laquelle il venait d’échapper. Toutes les cellules de son corps criaient de mettre la plus grande distance possible entre ces deux tarés et lui. Ils n’allaient pas tarder à revenir et s’apercevraient que la voiture, et lui avec, avait disparu. Ses mains se crispèrent sur le volant. Non. Il réalisa qu’en fuyant, il abandonnait à son sort une femme innocente et qui sait quelle autre victime de ces sadiques.

Il ne pouvait pas simplement s’enfuir face au danger. Sans compter que ces criminels devaient connaître ceux ou celles qui tiraient les ficelles dans cette affaire. Il en avait encore des sueurs froides mais son agression était en fait ce qui lui était arrivé de mieux depuis le début de cette affaire tordue. Le puzzle commençait à prendre forme, la menace, d’abord diffuse, prenait un visage. Les criminels commettent des erreurs. Ils en font toujours. C’est plus fort qu’eux, comme s’ils désespéraient de se faire prendre, d’être reconnus par tous pour ce qu’ils avaient fait. Son boulot consistait simplement à ne jamais lâcher le morceau, comme un chien qui s’accroche à un os. C’était la seule façon de gagner face à ces tarés. Il ne devait pas lâcher cet os.

Il prit une profonde inspiration. Les idiots étaient tellement sûrs de leur coup qu’ils lui avaient laissé son téléphone. Il passa un coup de fil à la Crim’, demandant à ce qu’on envoie une escouade de la BRI le rejoindre à proximité de l’hôpital psy. De proie, il était redevenu le chasseur.

Il sourit en redémarrant la voiture et en cherchant un endroit protégé des regards d’où il pourrait apercevoir les estafettes noires portant le sigle de la brigade de recherche et d’intervention lorsqu’elles arriveraient. Pour la première fois depuis longtemps il remarqua que son eczéma ne le démangeait plus. En fait, il se sentait plutôt euphorique. Ces salopards ne se doutaient pas de ce qui les attendait…

 

Episode 48 by Sylvie Kowalski

Les chats retombent toujours sur leurs pattes

Il venait d’un quartier de banlieue où il avait traîné ses guêtres et ses poings, où on connaissait la vie, la loi du plus fort. Il regarda sa princesse ; la tache violacée qui s’étalait sous son chemisier n’augurait rien de bon.

Il dégrafa les boutons et vit que la blessure avait été assenée par un coup violent. Bon sang, faut que j’appelle Toine. Un interne en psy reste un interne, se dit-il. Coup de bol, Antoine était du soir. Penché sur Amanda qui geignait, il sortit sa trousse et jeta un coup d’œil à Jo qui surveillait ses gestes en mordant sa lèvre, signe de nervosité.

-Heureusement que j’ai une infirmerie chez moi, lui dit-il. Tu sais que je soigne mes potes de temps en temps. Sors de là et laisse-moi faire. Va plutôt nous chercher un coup à boire.

Il palpa la cage thoracique. Coup de chance pour la belle, le coup ne lui avait pas brisé les côtes mais avait dû provoquer une ou deux félures. Elle ouvrit les yeux et murmura quelque chose d’inintelligible. Il lui fit avaler un puissant antalgique et après quelques minutes s’appliqua à lui bander la poitrine. II retrouva Jo planté devant sa fenêtre de cuisine, une canette à la main.

-Ta belle inconnue a eu chaud. Elle dort, je reviendrai demain. Je dois retrouver mes yoyos à l’hosto. En plus, j’ai deux nouveaux infirmiers dans le service, genre mecs de l’Est, tu vois ? Des Tchèques. J’sais pas où ils les ont dégotés mais ils sont bizarres !

Seul, Jo contempla Camille sa princesse. Mince, elle lui faisait un drôle d’effet ! Qu’avait-il bien pu lui arriver ? Il se rappela le nom qu’elle avait prononcé Lalande… Il ouvrit son ordinateur.

                                                           *****

Sebastián commençait à trouver le temps long quand il vit les deux Tchèques arriver. Merde, mais qu’est-ce qu’ils foutent à la BRI ? Il voyait déjà ses collègues arriver, sirènes hurlantes, et les frères Mazoj déguerpir ! Il ne réfléchit pas et partit en canard derrière les fourrés. Anton, le plus grand des deux, hurlait dans sa langue pendant que Pavel appelait Blanchard. Sur ces entrefaites, ce dernier arriva dans un nuage de poussière.

Ils repartirent à la queue leu leu, Sebastián usant de moults précautions pour les suivre sans se faire repérer. Il prit son téléphone pour informer le juge Fabre et vit que l’écran était noir.

-Et merde ! jura-t-il entre ses dents.

Episode 49 by Fanny

Vengeance

Dans le miroir, je vois des larmes de colère et la soif de vengeance…

Ma jumelle adorée… Ils allaient payer et Lalande le premier. Tout était de sa faute et elle en détenait les preuves.

Sa sœur n’aurait jamais dû enquêter sur leur ex-beau-père. Il était bien trop dangereux et il fallait qu’elles se protègent toutes les trois. La journaliste n’avait pas écouté, se sentait invulnérable, protégée par Max. Avant même de l’apprendre à la radio, elle avait deviné sa mort lorsque le facteur lui avait remis une grosse enveloppe avec l’adresse de Camille comme expéditrice…

Carole s’habilla de noir et coiffa ses cheveux en chignon. Il fallait qu’elle soit libre de ses mouvements. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit le tiroir à couteaux et farfouilla jusqu’au fond. Pendant ces années où elle se perfectionnait dans la maîtrise de la magie et l’illusionnisme, le maniement des lames était devenu sa spécialité. Elle avait d’ailleurs passé commande d’un joli petit bijou sur le darknet, manche en acier, lame de vingt centimètres à la forme dentelée comme les contours d’un sapin de Noël, et cinq de large. Elle le glissa dans son blouson, sortit de l’appartement et prit la direction de Gradignan. Dans six heures, la nuit tomberait et elle serait là-bas.

Lorsque la jeune femme arriva, elle ralentit en éteignant ses phares. Elle se gara plus loin le long d’un des murets entourant la propriété dans laquelle elle avait passé toutes ses vacances pendant plusieurs années. Elle escalada l’un d’eux pour se retrouver dans le jardin. Personne. Pas un bruit. Seule la chambre de Lalande était allumée. Soudain, des grognements se firent entendre et elle vit deux masses sombres courir dans sa direction. Elles s’arrêtèrent à quelques mètres…

« Marcus ! Elfy ! Les bébés, c’est moi ! »

Les vieux beaucerons, que Carole avait toujours connus, se précipitèrent sur elle pour se faire câliner. Puis elle entra par l’arrière de la maison et monta les escaliers.

Lalande se douchait. Elle pénétra dans la salle de bain. Telle ne fût pas sa stupéfaction en voyant la jeune femme face à lui. Il eut un recul d’épouvante.

« Mais non ! Tu es morte, Camille ! Ce n’est pas possible ! »

Il n’eut pas le temps de faire le moindre geste qu’elle lui planta le couteau dans le ventre. Elle sentit la lame rentrer profondément dans la chair tendre. Une fois dans les intestins, elle tourna d’un coup sec le manche en remontant de quelques centimètres. La lame crantée allait le faire se vider de son sang.

« Perdu ! Moi, c’est Carole… lui souria-t-elle.»

Episode 50 by Sacha Erbel

Faut pas pousser Mémé dans les orties

 

Deux fois en une semaine qu’on tentait de la tuer.

Valérie Rémini peste dans sa chambre d’hôpital alors qu’elle remballe ses affaires. L’équipe médicale avait fait du super boulot pour la remettre sur pieds en un minimum de temps, compte tenu de son état.

Un regain d’énergie la submerge, accompagné d’une forte, très forte envie d’en découdre. « Faut pas pousser Mémé dans les orties, hein ? Ça va chier maintenant ! »

                        – Qu’est-ce-que vous dites ?

Le médecin vient d’entrer dans la chambre alors qu’elle tourne le dos à la porte. Valérie fait un bond et lui fait face, surprise.

                        – Oh, désolée docteur ! Je parle toute seule. Merci encore pour tout ce que vous avez fait ! Me sauver la vie deux fois, j’veux dire ! Mais là faut que je parte, j’ai du boulot !

                        – Comment ça du boulot ? Vous devez vous reposer !

Valérie ferme son sac de voyage, attrape les deux anses et serre la main du médecin.

                        – Promis ! Dès que je peux !

*****

Valérie a bien l’intention de reprendre l’enquête là où elle l’a laissée. Première chose, appeler Sebastián. Il n’est même pas venu la voir pendant son hospitalisation. Elle qui pensait que… pfff… ! N’importe quoi. Arrête de te faire des films, Valérie !

Elle appelle un taxi à la sortie de l’hôpital et en attendant, compose le numéro de son collègue. Ça sonne même pas. Fait chier ! Elle lui laisse un message incendiaire, puis appelle Pichon. Il répond au bout de quatre sonneries. Valérie fulmine alors qu’elle s’engouffre dans le taxi en grimaçant. Des restes de sa blessure.

                        – Merde, qu’est-ce-que tu fous, Pichon ?

                        – Rémini ? Te voilà revenue d’entre les morts ? C’est Lebel à l’appareil. Pichon est en train de conduire !

                        – Lebel ? Bordel, depuis quand t’es sur cette enquête, toi ? J’entends le deux tons, vous allez où ?

                        – On vient d’avoir des nouvelles de Lerot par la BRI. Il a demandé leur intervention à proximité du HP. On n’a pas encore tous les éléments, mais on verra ça sur place avec le Juge Fabre.

                        – Le Juge Fabre ? C’est quoi ce délire ?

                        – T’as qu’à nous rejoindre ! Faut que je te laisse.

                        – Ouais c’est ça ! J’arrive.

Valérie raccroche. Elle a besoin de se sentir de nouveau dans l’action. Un terrible mal de crâne la prend d’un coup. Elle se concentre sur autre chose que la douleur, en se massant les tempes. Et… Bon sang ! Sa conversation avec Laure Longchamp. Comment elle a pu oublier ça ! Elle tournait en boucle la pauvre femme et répétait la même phrase : « Carole est magicienne, vous savez ! Elle vient souvent me voir. »

Valérie indique brusquement un changement de direction au chauffeur de taxi. A nous deux, Lalande. Tu vas parler maintenant.

Episode 51 By Sofia Herwédé

Trois petits tours et puis s’en va….

Rémini se sentait pousser des ailes. Elle tenait enfin une piste. Bien sûr, ils auraient dû y penser plus tôt. La jumelle. C’était par là qu’il aurait fallu commencer. Mais quel rapport avec la mort de Camille ?

Elle était convaincue que toute cette histoire était bien plus qu’une histoire familiale. Une mère casée parce qu’on la croyait fissurée du bocal, deux filles mortes dont l’une assassinée, un beau-père pas très net. Il fallait creuser davantage. Tout cela n’avait aucun sens. Et toujours pas de nouvelles de Lerot.

Le taxi se gara devant la maison de Lalande. Ce mec, elle ne le sentait pas. Après avoir filé quelques billets au chauffeur pour qu’il l’attende, elle pénétra dans la propriété. Un rapide repérage des lieux lui apprirent que la maison était sous vidéo surveillance. Un tel équipement laissait supposer qu’il abritait des objets de valeurs ou qu’il cachait quelque chose. Se sachant observée, Valérie attendit qu’on lui ouvre. Après quelques secondes sans réponse, elle sonna une seconde fois. Seul le silence lui fit écho. Pourtant, la lumière était allumée au premier étage. Il devait y avoir quelqu’un. Instinctivement, elle posa sa main sur la hanche à la recherche de son flingue. Elle ne rencontra que la couture de son jean. La tireuse hors pair qu’elle était pesta, elle sortait de l’hosto en civil. Il faudrait agir avec les moyens du bord.

Elle détacha ses cheveux et se servit de la pince pour crocheter la serrure. La porte s’ouvrit sans difficultés. Voilà qui était bien étrange. Lalande aurait-il pris le risque de laisser la porte ouverte ?

A l’intérieur, elle sentit des effluves de parfum. Une odeur fraîche qui lui rappela celle des douches du commissariat. Le propriétaire devait sûrement être dans la salle de bain. Elle l’appela à plusieurs reprises. N’entendant pas l’eau couler et n’obtenant pas de réponse, elle entreprit de monter à l’étage. La porte de la salle de bain était entrouverte. En poussant la porte, elle vit une silhouette sombre au-dessus d’un corps. Surprise, l’intruse sauta par la fenêtre pour prendre la fuite. Valérie n’était pas en état de la suivre par le même chemin. Elle fit demi-tour, dévala l’escalier et se lança à la poursuite de la silhouette noire qui courait au loin. Vite rattrapée par un mal de crâne, l’inspectrice sentit qu’elle ne pourrait pas tenir la distance. Elle vit la fuyarde effectuer trois roulades au sol avant de disparaître comme par enchantement. Il sembla à Valérie qu’elle avait perdu un objet dans sa fuite. Arrivée sur les lieux, la flic ramassa un livre de la bibliothèque rose, de la série Fantômette. Un vieux marque page déchiré dépassait du bouquin. On pouvait y lire Festival sans nom, Mulhouse.

Episode 52 by Florence L.

Zeus et Apollon

L’exemplaire à la main, Valérie Rémini retourna vers la bâtisse, une belle maison bourgeoise, lorsque deux chiens surgis de l’arrière de la maison lui firent face et commencèrent à émettre des grognements.

L’inspectrice s’immobilisa et se mit à réfléchir à toute vitesse, tentant de regarder autour d’elle sans bouger la tête.

 – Gentils, les chiens !!

Merde de merde, c’était quoi, déjà, les prénoms des chiens dans Magnum ?  Janvier et Février ? Ah non, Février, c’était dans l’Amour du risque ! Lucifer et Neptune ? Non, mais dans le genre. Ah, j’y suis… Zeus et Apollon !

 – Zeus ! Apollon ! Couchés, les bons chiens… leur intima la flic.

Sans les quitter des yeux un seul instant, elle se baissa tout doucement et saisit une pierre de belle taille en bordure du sentier.

 – Les chiens, allez ! On va jouer, qu’en dites-vous ? leur cria-t-elle en lançant la pierre à l’opposé de l’entrée.

Les chiens se retournèrent pour s’élancer vers l’objet. Ni une ni deux, Valérie Rémini s’engouffra dans l’entrée et s’empressa de refermer la porte.

Trois secondes plus tard, des grattements et des grognements se firent entendre à l’entrée. Elle quitta le vestibule pour se retirer dans la cuisine où elle s’arma d’un couteau séchant sur l’égouttoir. Elle reprit son souffle, se massa les tempes et saisit son portable. Toujours pas moyen de joindre Sebastián. Ça ne lui ressemble pas, se dit-elle intérieurement. Et merde ! Pas d’autre solution que de contacter le Tout-Puissant.

 – Juge Fabre, allo, vous m’entendez ? C’est Valérie Rémini, la collègue inspectrice de Lerot. …vous rejoindre immédiatement ? Ah ça non, ça va pas être possible. J’ai des choses importantes à vous dire. Rapidement ? Je vais essayer… Oui… bien sûr. … Oui, je suis au courant. J’ai eu Pichon et Lebel et je devais vous rejoindre à l’hôpital psy mais écoutez : je me suis subitement rappelée d’une phrase que la mère de Camille m’avait répétée lors de notre entrevue et j’ai filé chez Lalande, son ex-mari, pour avoir des réponses. … Oui, oui, je sais… Bon, sauf votre respect, arrêtez de me gueuler dans les oreilles, monsieur le Juge. Déjà que j’ai un mal de crâne à me taper la tête contre les murs ! Je viens de trouver ce salopard dans sa salle de bain, …oui, Bruno Lalande. Eh bien il s’est fait trouer la peau chez lui, c’est tout frais. Il me dira plus rien maintenant, alors demandez à son ex-femme de vous parler de la jumelle de Camille. Carole, c’est son prénom. …Oui, il est on ne peut plus mort, monsieur le Juge. Arme blanche, je suis formelle. Son assassin était encore là, j’ai essayé de la poursuivre. Mais je confirme que je ne suis pas encore prête pour Koh-Lanta, et donc elle a pu s’enfuir. …Oui, et vous ne me croirez pas, elle a même signé le meurtre avec un tome de Fantômette qu’elle a abandonné dans sa course. …Monsieur le Juge, il faudrait faire rappliquer fissa la scientifique et surtout … Non, monsieur le Juge, je ne voulais pas insinuer que vous ne connaissez pas suffisamment votre travail. Juste une petite précision tout de même, hein ? Les collègues ont intérêt à avoir mangé depuis un petit moment car le macchabée a été salement amoché. Il y a de la tripe partout sur le beau marbre italien ! Attention aussi, il y a deux chiens de garde, genre molosses, dans la propriété. Je reste sur place, à l’intérieur. …Mais oui, monsieur le Juge, ne vous inquiétez pas, je toucherai à rien. Dites à Lerot que j’ai essayé de le joindre à plusieurs reprises.

Épisode 53 – by Michael Fenris

 Le Lien

 

L’auberge s’appelait Der listig Fuchs. Le rusé renard. Un endroit paumé au milieu de la campagne allemande, presque à l’écart de toute civilisation, là où les secrets les plus inavouables se révélaient à demi-mot. Un endroit idéal pour quelqu’un comme Costes, il s’y sentait comme un poisson dans l’eau. Ce n’était pas le cas de Max. Le voyage jusqu’en Allemagne l’avait fatigué, il se rendait compte qu’il n’avait plus l’énergie de ses vingt ans. De plus il faisait un temps épouvantable, une pluie battante, un ciel plombé, un air de fin du monde. Le simple fait de traverser le parking pour entrer dans l’établissement, et il se sentait plus trempé qu’un hameçon en fonctionnement. Même le verre de schnaps n’arrivait pas à le réchauffer. S’il était là, c’était pour Camille, pour honorer sa mémoire et confondre les salopards qui l’avaient tuée.

Le type en face d’eux avait dit se prénommer Dieter. Seulement Dieter. En somme, ça ne voulait rien dire, il aurait pu s’appeler Hans ou Helmut. Il connaissait bien Friedrich Sonnen, le journaliste du Spiegel, et semblait en savoir long sur « Klatschmohn Aktion ». Ce qu’il avait raconté, à Costes et à Max, recoupait les informations du journaliste. Une enquête internationale. Des investissements colossaux. Des multinationales de l’industrie chimique se battant pour obtenir les meilleurs marchés. Un seul critère : produire plus avec moins. Moins de terre, moins de semences, moins d’engrais. Peu importait les risques sanitaires, une fois lancées, ces récoltes d’un nouveau genre seraient mêlées à d’autres, plus saines, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de les différencier. Car le but ultime était bien entendu là : parvenir à développer le produit indétectable et intraçable.

Selon Dieter, les premiers tests in vitro avaient montré des résultats encourageants, laissant espérer des rendements céréaliers à l’hectare comme jamais l’Europe n’en avait jamais connu. C’était au moment de passer à l’essai sur des animaux que tout s’était compliqué. Les rats de laboratoire avaient commencé à développer des tumeurs et, plus grave encore, des modifications de leur ADN. Pour les représentants des firmes il s’agissait juste d’un lot contaminé, rien de plus, une erreur facile à réparer. Néanmoins, les autorités allemandes comme les françaises restaient réticentes. C’était là qu’était intervenu Pierre Blanchard, ancien gestionnaire du Museum, mais aussi ancien directeur financier d’un des groupes agroalimentaires incriminés. Il avait organisé une réunion au sommet entre les grands patrons et quelques ministres, celui de la Santé et celle de l’Economie et des Finances, deux de ses anciens condisciples d’université. Tout ce joyeux monde devait se retrouver au cours d’un cocktail… Cocktail dont Max comprit qu’il s’agissait de celui qui fut fatal à son amie Camille. Ce soir-là, Dieter en était persuadé, les patrons de l’agro-alimentaire étaient prêts à signer un très gros chèque aux ministres en échange d’une simple signature et d’une fermeture de paupières…

 – Je croyais Pierre Blanchard encore en taule suite à son détournement de fonds, grogna Max. Faut croire que ses amitiés lui ont permis de sortir bien plus vite que prévu.

 – Avec plusieurs ministres dans son carnet mondain, il n’a sûrement eu aucun souci en effet, opina Xavier Costes. Blanchard, démissionnaire d’une grosse boîte, rappelé pour jouer les entremetteurs, et qui embauche une tueuse à gages pour éliminer les témoins gênants, dont Gisela Löwenbrau ici, et Romain Richard et Camille… Il faut qu’on retrouve ce type. Max, je crois que tu as assez d’informations pour ce cher Sebastián Lerot, tu ne crois pas ?

 – Oui, si j’arrive à le joindre. Ce type passe son temps à être insaisissable… Merci pour toutes ses informations, Dieter. Il nous reste à trouver le lien entre Camille et ce Blanchard autre qu’une simple soirée cocktail…

 – Je sais de source sûre qu’à Interpol ils s’intéressent beaucoup à Blanchard, reprit Dieter. Il serait mêlé à un trafic de fausses bouteilles de bordeaux depuis la France jusqu’à l’Allemagne. Une façon d’écouler aussi les pots-de-vin de l’industrie agroalimentaire ? Il serait en cheville avec son frère, ou plutôt son demi-frère, un certain Lalande. Mais jusqu’ici on n’a jamais pu rien prouver, et ce Lalande n’apparait pas comme intervenant dans l’affaire qui nous occupe.

Max Lindberg pâlit brutalement. Le voilà le lien qu’il cherchait ! Bon sang, et il fallait que ce soit un quidam allemand, avec un nom sans doute faux, qui le mette sur la voie !

 – Vous voulez parler de Bruno Lalande ?

 – Tu vois de qui il s’agit ? demanda Costes.

 – Je ne connais qu’un Lalande. C’est, ou plutôt c’était le beau-père de Camille. Il a quitté sa famille après avoir été inculpé pour coups et blessures et menaces envers elle et sa sœur.

 – Tu crois que Lalande aurait pu charger son demi-frère d’engager une tueuse pour buter son ex-belle-fille, juste par ressentiment ?

 – Peut-être, mais il a pu aussi vouloir se débarrasser d’elle en apprenant qu’elle était trop curieuse. Il faut qu’on rentre tout de suite !

Episode 54 by Loli Crystal

Fuite en avant

Carole vit que sa poursuivante lâchait l’affaire et profita de cette avance pour rejoindre sa voiture, cachée de l’autre côté de la propriété. Il était certain que cette femme allait alerter la cavalerie. Il ne faisait pas bon rester dans le coin. Elle démarra et s’éloigna de cette tranche de son passé, un sourire aux lèvres d’avoir pu venger sa sœur. Elle prit l’autoroute en direction du sud et s’arrêta sur une aire boisée pour réfléchir à la suite. Elle l’avait échappé belle ! Se faire surprendre par une personne incapable de la suivre avait été une chance.

Réfléchir.

Ce n’était plus qu’une question de temps pour que la police fasse le rapprochement et reprenne le dossier de sa ʺdisparitionʺ. Ils ne mettraient pas longtemps à comprendre qu’il y avait des lacunes dans les expertises. Ils interrogeraient certainement les enquêteurs de l’époque. Une seule personne était au courant. Comme tout magicien, Carole avait eu besoin d’un assistant pour éloigner l’attention des ʺspectateursʺ et mettre en place les ruses, ici la falsification des dossiers. Elle pouvait compter sur lui. Il ne dirait jamais rien. Celui qu’elle considérait comme son ʺgrand frèreʺ. Entre eux, c’était à la vie à la mort. Aucun risque de ce côté, donc.

Son talon d’Achille, c’était sa mère. Elle avait eu la faiblesse d’aller lui rendre visite quand elle avait su ce que Lalande lui avait fait. Elle savait que ses propos au sujet des visites de sa fille disparue avaient été pris pour les délires d’une femme internée et hantée par les fantômes du passé. Maintenant, la police allait creuser cette piste, et les propos de sa mère ne seraient plus pris à la légère.

Fuir.

L’Espagne. Si proche. Cela lui semblait une bonne option.

Son ʺgrand frèreʺ y avait une maison. Elle savait qu’elle pouvait s’y rendre quand elle voulait, il le lui avait assez répété par le passé. Elle s’y réfugierait le temps de mettre au point son tour de passe-passe. Il n’y avait pas de temps à perdre. Son ami ferait le nécessaire pour brouiller les pistes dès qu’il comprendrait qu’elle était impliquée mais cela ne durerait qu’un temps. De la poudre aux yeux pour lui laisser le temps de disparaître.

Carole regagna son véhicule et s’engagea sur l’autoroute.

[1] l’Agence exécutive pour les consommateurs, la santé, l’agriculture et l’alimentation
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6 réflexions sur “Exquis Cadavre Exquis, la 4e et avant dernière récap avant final !

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