Exquis Cadavre Exquis, la seconde récap !

Exquis Cadavre Exquis, la seconde récap !

Arrêt sur image, venez découvrir l’état de notre exquis cadavre exquis…

Déjà 28 épisodes…

et bientôt ce sera à vous de tenir le scalpel !

Bonne dégustation…


L’exquis cadavre Exquis de Collectif Polar

Pour ceux qui n’auraient pas suivi

Les 16 premiers chapitres sont Ici

Pour les autres voici les épisodes 17 à 28

 


Episode 17 by Noëlle

Dans le passé de Camille

 

Sebastián se retrouve avec plus de grain à moudre qu’il n’en voudrait. Car de son côté il n’a pas chômé. Il a commencé à creuser le passé de Camille. Elle a été élevée avec sa sœur par leur mère. Pas de trace du père biologique. Les filles ont 15 ans lorsqu’un beau-père entre dans leur vie. Bruno Lalande, d’origine bordelaise, issu de la noblesse du bouchon. Cadre commercial supérieur dans une société de négoce de thés et café bios, il est licencié lors de son rachat par un groupe étranger. Les filles ont alors 22 ans et ont quitté le nid pour terminer leurs études. Aigri, Lalande devient violent. La relation de couple est conflictuelle et le beau-père disparaît du paysage au bout d’un an. Deux ans plus tard, Carole, la jumelle de Camille, trouve la mort dans un accident de voiture. Ses restes carbonisés sont retrouvés près de Strasbourg.

La mère, déjà ébranlée par sa séparation explosive, ne se remet pas du choc. Depuis le décès de son enfant, Laure Longchamps a été internée à plusieurs reprises au service psychiatrique de Lariboisière. La perte de sa dernière fille l’a plongée dans un tel état qu’elle est à nouveau internée après une tentative de suicide.

Il va falloir creuser les infos de Valérie, enquêter dans le milieu de l’industrie agroalimentaire,  s’intéresser aux connections avec l’Allemagne. Leurs effectifs sont insuffisants pour obtenir des réponses rapides. A ce rythme, Fantômette peut continuer de flinguer à tout va.

Revoici son téléphone qui carillonne. C’est, cette fois, le fixe du bureau qui s’en donne à cœur joie. Une telle insistance, ça sent les emmerdes. Le juge Fabre vient aux nouvelles.

– Lerot, vous en êtes où dans cette enquête ? Il y a désormais deux morts, un assassin dans la nature et toujours pas de mobile connu. Des résultats sont attendus. On m’en demande et je vous en demande. Alors ?

– Monsieur le Juge, nous suivons plusieurs pistes. Il y a des points de convergence même s’il est prématuré de…

Fabre le coupe sèchement. Son verni de bonne éducation vole en éclat sous la pression exercée en hauts lieux.

– Vous vous démerdez pour trouver des éléments tangibles, et fissa. C’est votre boulot. Ras le bol de cette enquête au point mort. J’ai toujours détesté Fantômette et nous avons passé l’âge des enfantillages, bordel !

Fin de la conversation. Sebastián est aussi dépité que le juge. Certes, il aime son boulot, même s’il est de ceux qui font vieillir prématurément. A trop côtoyer la mort, il sait qu’elle n’attendra plus longtemps son dû. La fatigue qu’il ressent entraîne l’inattention, fatale pour un policier. Il se lève et secoue ses idées noires. Dormir, juste quatre heures. Il en a besoin. Il éteint la lumière et d’un pas lourd quitte son bureau, sans un regard pour ses dossiers. Vu l’heure, il est déjà demain.

Episode 18, by Lolo la brodeuse

Frida Gold

Assise en tailleur au pied du canapé, elle écoutait en boucle «  6 billionen », le succès de Frida Gold, en examinant, avec nostalgie, les photos récupérées chez Camille Longchamps, sur lesquelles elles posaient toutes les deux.

Pourtant, dès leur première rencontre, elle en connaissait déjà la fin : la mort de Camille.

Ce qu’elle n’avait pas prévu, l’attirance mutuelle qui, petit à petit, s’est immiscée dans leur vie, et placée en travers de leur chemin.

Camille, cette journaliste passionnée par son métier, mais fragilisée par la prise d’anxiolytiques et en mal d’amour, l’avait touchée ; elle, pourtant si forte, réputée insensible et déterminée à ne jamais s’éloigner du but fixé par son commanditaire : abattre Camille Longchamps.

Sa robe rouge, la perruque noire et les escarpins étaient négligemment posés sur le bras d’un fauteuil. Il était temps de passer en revue toutes les pages contenues dans l’enveloppe qu’elle avait enfin pu récupérer des mains de celui qu’elle avait été obligée de tuer, d’une balle dans la tête, pour obtenir le précieux sésame. Tout en examinant, avec attention, ce qui ressemblait à des numéros de comptes bancaires, notés sur trois feuillets, ainsi que l’alignement de chiffres qui n’avaient pour elle aucune signification, elle prenait conscience d’avoir, peut-être, été trop curieuse.

Remettant tout en place dans l’enveloppe, elle s’empressa de contacter Bruno Lalande, son commanditaire.

– Allô, Mr Lalande ?

– Bonjour, avez-vous pu récupérer l’enveloppe ?

– Oui, mission accomplie, mais ce fut plus compliqué que prévu.

– Que voulez-vous que ça me fasse ?  Je vous paie en conséquence, non ?

– Exact, mais abattre une seconde personne, pour atteindre mon but, n’était pas prévu dans le tarif !

– C’est votre boulot ! Je vous ai laissé toute liberté et cette mission était largement payée pour combler les petits imprévus, comme vous dites !

– Justement, parlons imprévus ! Camille était bien plus proche de moi que vous n’auriez pu le penser. Je la connaissais bien, suffisamment pour l’avoir mise dans mon lit avant de passer à  l’épisode final. Ces moments d’intimité furent aussi propices aux confidences ! Camille ne supportait plus le harcèlement téléphonique venant d’un numéro ouvert au nom de Carole Longchamps, sa sœur jumelle décédée. Aucun doute sur ce décès puisque les analyses ADN sont formelles. Elle savait que c’était vous qui étiez derrière ces intimidations, et que vous  aviez commandité le meurtre de la journaliste allemande qui avait découvert vos magouilles financières avec votre demi-frère, Pierre Blanchard. Tout va bien, Mr Lalande ? Une petite rallonge au paiement effectué s’impose, non ? Rendez-vous au lieu habituel, demain 21h.

Episode 19 by Mystère

Tous à table

Avec tout l’art du chantage qu’elle possédait, Fantômette régalait son compte en banque sur le dos de son commanditaire piégé. Pendant ce temps, nos deux inspecteurs, Sebastián et Valérie, se rendaient à l’évidence qu’il fallait changer d’auberge et sortir de leur pré carré d’investigation. Ils devaient se mettre à la table strasbourgeoise s’ils ne voulaient pas mourir de faim, faute d’indice !!! Il y avait urgence, pas une minute à perdre ! Mais pourtant ils prirent tout leur temps et commencèrent par se poser devant un café fumant. Un grand calme les envahissait, comme avant la tempête, contrastant avec la discussion avec le juge. Comme une grande respiration avant une longue et profonde plongée, ils écoutaient leur silence partagé comme pour mieux sentir la détermination de l’autre. Ils prirent le dossier de leurs confrères allemands. Ils en étaient convaincus, cette affaire similaire devait être la clef du mystère de cette Fantômette. Elle devait, à coup sûr, leur permettre de remonter à la source du mobile. Qui trouvait son intérêt dans cette mise en scène meurtrière ? Ils décidèrent de passer à table en commençant par soulever le couvercle du mystère allemand. Religieusement, ils ouvrirent le dossier, assoiffés de nouvelles pistes à renifler. La truffe plongée dans la cellulose germanique, ils retenaient leur souffle, les yeux écarquillés, la lèvre tombante. La journaliste allemande avait bien été tuée de la même manière mais dans ce dossier, les comptes de l’entreprise agro-alimentaire allemande révélaient un scandale bien plus explosif qu’une simple affaire de fraude fiscale et financière. Une ligne comptable indiquait un produit inhabituel, voire illicite, dans l’agro-alimentaire.

Soudain Valérie rompit le silence en s’exclamant :

– Là, on le tient ce mobile, je le sens ! Oui, il faut flairer dans cette direction-là ! Camille devait certainement connaitre le tueur ou le commanditaire du crime de la journaliste allemande. Nous devrions rendre visite à Max. Il en sait peut-être davantage sur cette affaire. A cette époque, il était régulièrement en contact avec un ami journaliste.

Pendant ce temps, intrigué par la mystérieuse enveloppe qui lui était passée sous le nez, Max décidait d’appeler Friedrich Sonnen.

Episode 20, By Nicolas Duplessier

 Le début des emmerdes

 

Ciel d’un noir d’encre. Air saturé d’humidité. Un orage pas loin.

Sebastián et Valérie s’engouffrèrent dans le parking souterrain. Des dizaines de bagnoles. Garées pare-chocs contre pare-chocs. Une Audi A8 s’arrêta, moteur au ralenti, juste derrière leur voiture banalisée. Derrière le volant, un mec tiré à quatre épingles dans un costard noir, et à la gueule de Jason Statham dans Le Transporteur.

– Mais c’est ce bon vieux Sebastián Lerot !

Ironie dans la voix. Sebastián sentit sa nuque se hérisser.

– Qu’est-ce que tu fous ici ?

– Moi aussi, ça me fait plaisir de te voir, Sebastián.

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Pourquoi cette question ? Je suis ici pour déguster la meilleure chouchoute de la région.

– Ne joue pas au plus malin. Pas avec moi.

L’homme hocha la tête. Sourire satisfait.

– Mes petits oiseaux m’ont dit que tu bossais sur la mort de Camille Longchamps.

– Tes petits oiseaux ? Qu’est-ce que tu racontes ?

Nouveau sourire. L’homme alluma une cigarette.

– C’est interdit de fumer ici.

– L’homme souffla des ronds de fumée parfaits, répliqua :

– Tu vas me coller un PV ?

Sebastián serra les poings mais ne broncha pas. Réaction prévisible.

– C’est bien ce que je pensais, Seb.

Grosse bouffée. L’homme souffla sa fumée au visage de l’inspecteur.

Sebastián se tourna vers Valérie puis retour vers l’homme :

– Qu’est-ce que vous avez tous à m’appeler Seb. Vous vous êtes passé le mot ou quoi ?

L’homme se mit à rire.  Il se régalait.

– Toujours aussi soupe au lait, le père Lerot.

Valérie se mit à rire.  De bon cœur.

Regard noir de Sebastián. Valérie s’empourpra. Sebastián tapota sa montre.

– Allez viens, on se tire.

– L’homme lui prit le bras. Sebastián tressaillit.

– T’excite pas, ok ? J’ai reçu un mail de Mademoiselle Longchamps.

– Un mail ?

L’homme fit craquer ses phalanges.

– Camille se sentait menacée. Elle a programmé l’envoi automatique d’un mail que j’ai reçu ce matin. Si elle n’avait pas été tuée, elle aurait annulé cet envoi.

L’inspecteur retint son souffle un instant.

– Il dit quoi ce mail ?

– Je ne suis pas ici pour te parler de son contenu mais pour te dire que j’enquête de mon côté.

Valérie s’en mêla :

– Obstruction à l’enquête, ça vous parle ?

L’homme jeta sa cigarette, démarra et renchérit :

– Et le secret professionnel entre un détective privé et sa cliente, ça vous parle ?

– Ta cliente ?

– Camille Longchamps m’a engagé il y a, maintenant, plusieurs mois.

– Engagé ? Putain, engagé pour quoi ?

Un haussement d’épaules.

– A toi de trouver, Lerot. C’est toi la bleusaille. Pas moi.

Le vrombissement du V8 couvrit les questions de Sebastián.

Valérie secoua la tête, interrogea son collègue :

– Il s’est passé quoi là, Sebastián ?

– Xavier Costes…

Une pause puis :

– … Le début des emmerdes.

Chapitre 21 by Yannick Provost

Un monde de bousiers

Friedrich Sonnen répondit à la seconde sonnerie.

-Salut, Max au téléphone. Comment ça va au Spiegel ? Toujours prêt à sortir des papiers sur les frasques d’Angela ?

-Ah mon ami, ça fait un bail qu’on laisse ça au Bild. Je suppose que tu ne m’appelles pas pour prendre des nouvelles de mon emphysème ?

-J’aimerais bien, mais t’imagines bien que non !

-Vas-y, je t’écoute, mais fais vite car je dois passer un article à la censure de mon Oberleutnant !

-Klatschmohn Aktion, ça te dit quelque chose ?

-Pourquoi, ça devrait ?

-Friedrich, on a passé l’âge de jouer à ça tous les deux. Camille, tu te souviens de la petite que je t’avais envoyé en stage ? Ben elle est morte. Et mon petit doigt me susurre que ça pourrait être lié.

-Le silence se fit sur la ligne. Max tripota son stylo d’une main alors qu’il tenait son smartphone de l’autre.

-Attends, je ferme la porte de mon bureau et je reviens, répondit Friedrich.

Max était partagé entre sa volonté de voir surgir la vérité, son sacerdoce, et la nécessité de venger la mort de Camille. Sa délicieuse Camille, une gamine qui promettait dans le métier. Et puis il y avait cette femme au pistolet et cette enveloppe qui changeait de mains.  Le bruit d’une main qui saisissait le téléphone le sortit de sa torpeur.

-Ok, on est tranquille. Enfin je crois. On va faire vite. Pour te parler des coquelicots, faut déjà que je te dresse le décorum.

-Je suis tout ouïe.

-Comme tu le sais, L’Europe, le FMI et tout le reste des lobbies tablent sur un doublement de la production agricole d’ici 2050. Alors t’imagines bien que des boîtes comme Bayer, Monsanto ou BASF vont tout faire pour s’extraire des prix imposés et viser des hauts rendements. A ça tu ajoutes les changements climatiques et tu peux être sûr que les risques chimiques ou microbiologiques vont passer, comment dites-vous, dans le puits.

-Non, à la trappe.

-Exact ! Quoi qu’il en soit, le temps du chlordécone et du glyphosate est révolu. Les multinationales s’en fichent. On ne parle plus de contaminations de l’environnement mais bien d’action des polymères cancérigènes.

-Et les coquelicots ?

-Klatschmohn Aktion, c’est un nom de code. Le projet Daphne, tu vois ce que c’est ?

-Hé, ne m’insulte pas ! Je suis toujours dans le métier.

-Eh bien Klatschmohn aktion, c’est la même chose. Une enquête journalistique avec du joli monde, des scientifiques, des économistes et des journalistes. Tous travaillent sur la mise en évidence des modifications de l’ADN chez l’homme dues à de nouvelles substances qui ont été utilisées sans autorisation officielle.

-On parle donc de millions de dollars.

-Non, de milliards. L’affaire de Woodward et Bernstein, c’est du pipi de chien, à côté.

-De chat, Friedrich, de chat. Et qui est derrière cela ?

-On cherche, Max. A minima une ou deux très grosses multinationales.

-Pourquoi Coquelicot ?

Parce qu’il n’y en a plus dans nos champs. Tu penses vraiment que c’est par hasard ?

-Pas davantage que de retrouver une journaliste morte alors qu’elle mettait son nez là où certains ne voulaient pas.

-Klatschmohn regroupe pas loin de 80 personnes, tant les ramifications sont nombreuses. Camille s’occupait de la partie française de l’enquête. Tu devrais parler à un certain Costes. Je l’avais mis en contact avec lui.

-C’est qui ?

-Un fouille-caca diablement doué, dans son milieu.

-Un fouille-merde, Friedrich !

-Ja ! Toujours est-il qu’il a de nombreux contacts dans le monde des lobbistes qui touche à l’agrochimie.

Après avoir fini sa conversation avec les salutations d’usage et les promesses de proches retrouvailles, Max fit crisser son stylo sur le papier jusqu’à le briser.

Risquer sa vie pour des coquelicots… Devait-il s’en ouvrir à Sebastián ? C’était encore trop tôt pour en juger. Mais en mémoire de Camille, il était prêt à descendre dans les tréfonds de la haute finance et du commerce mondial. Après tout, remuer la merde et en sortir une pépite, c’était son métier.

Episode 22 by Pascal Bataille

Un frontignan

La petite camionnette de livraison était rentrée très lentement dans la cour gravillonnée de l’ancienne ferme isolée. Le chauffeur avait été prévenu d’arriver tout juste après la tombée de la nuit et le plus discrètement possible, afin d’éviter d’attirer l’attention du voisinage. Faute d’autres distractions, l’occupation principale des habitants de la région était d’épier leurs voisins et toutes leurs allées et venues. Mieux valait être prudent.

Le chauffeur arrêta son moteur et se dirigea vers l’arrière de la camionnette dont il ouvrit, grand, les deux portes. A l’intérieur, se trouvaient trois palettes d’environ un mètre cube chacune, chaque palette constituée de dizaines de petits cartons de la taille d’une boîte à chaussures. Ces palettes étaient très lourdes, dans les 400 kg chacune. Sur le film plastique qui les enveloppait, on pouvait lire Imprimerie Lacroix.

Rapidement, deux hommes étaient sortis par une petite porte de la ferme. Après avoir salué le livreur, ils avaient commencé à faire avec lui une chaîne pour rentrer les cartons, un à un, à l’intérieur d’une vaste pièce occupée par différentes machines et un important système de convoyeurs. Il y avait 4 sortes de cartons. Sur leur côté était imprimé : « Lot SJ », « lot B », « lot P » et « lot M ». Le plus âgé des deux hommes, qui devait être le chef, ouvrit un carton de chacun des lots. Il vérifia méticuleusement la qualité du papier, celle de l’impression et de la coupe. Tout était juste parfait et en tout point conforme à la qualité que l’on attendait. L’imprimeur avait fait, cette fois-ci encore, du très bon travail.

Il sortit son portable de la poche de son bleu de travail et composa le numéro qu’il avait enregistré sous le nom de « big boss ».

  • « Allô, Monsieur Lalande ? Nous venons juste de recevoir toutes les étiquettes ; celles du Bordeaux, du Pomerol, du Margaux et du Saint-Julien. Elles sont conformes.

Bruno Lalande répondit sèchement « Merci », puis « Bonne soirée » et raccrocha.

Encore une fois, tout était fin prêt pour une nouvelle grande opération qui promettait d’être juteuse, et ces simples étiquettes, avec les noms de ces prestigieux crus, allaient rapidement se transformer en papier monnaie. Le petit vin de Touraine avait été livré en vrac, en plusieurs fois, la semaine précédente, et les bouteilles vides destinées au vin de Bordeaux, appelées aussi  frontignan, livrées la veille. L’embouteillage, puis l’étiquetage, allaient pouvoir commencer dès le lendemain, et tout ça partirait, encore une fois, vers l’Allemagne. On devait approcher les 600 000 bouteilles déjà expédiées. Après son licenciement, Lalande s’était vite remis en selle, en utilisant et en détournant tout le savoir qu’il avait acquis en grandissant au cœur du domaine viticole familial.

Épisode 23 by Frédérique-Sophie BRAIZE

L’idée fuse

Malgré l’enquête qui piétine, l’inspectrice Rémini est rentrée plus tôt chez elle. Son fils aîné fête ses six ans. Le gâteau préparé par Mamie avalé, Valérie lit l’histoire du soir à son gosse blotti dans sa chaleur.

            Dans un enclos, un porcelet boueux dit à une truie pleine de plis :

– Maman, je voudrais être propre comme le chat du fermier.

            – Je t’arrête, Goret ! Dans la famille, nous sommes fiers d’être sales comme des peignes.

            Alors que sa mère fouille le sol, le porcelet quitte l’enclos, traverse la ferme, saute dans l’abreuvoir. Quand il sort de l’eau, non seulement il est propre, mais en plus il est rose. Comme il a hâte de montrer cette couleur à sa maman ! Mais pour cela, il lui faut traverser la mare de boue qui entoure le bassin. Et il a beau prendre mille précautions, c’est un sale petit cochon qui revient. Il voudrait retourner se laver, mais c’est sans compter sa mère qui ne le lâche plus d’un sabot depuis sa fugue.

            –  Reste-ici, Goret. Dans la ferme, tu t’exposes à un terrible danger.

            – Lequel, Maman ?

            – Manger ou se faire manger.

            Mais le cochon ne renonce pas. Le temps passe jusqu’à ce jour où le fermier emmène la truie dans une cabane. Elle va avoir des petits. C’est le moment de filer à l’anglaise. Goret fonce jusqu’à l’abreuvoir dans lequel il se jette. La gerbe d’eau provoquée par son plongeon attire l’attention du fermier. Le cochon sort du bassin, trottine vers son maître sans réfléchir. « Je suis si propre qu’il m’invitera sûrement à loger chez lui avec le chat », pense-t-il. En voyant arriver cette promesse de jambon, l’homme salive.

Valérie interrompt sa lecture à haute voix, mais continue de lire pour elle. Elle veut vérifier que cette histoire est adaptée à son gosse, déjà déstabilisé par l’arrivée d’un petit frère.

            Le fermier assomme l’animal qui déploie cent quinze décibels de stupéfaction. Le voilà mort pour avoir entrepris sur le territoire des hommes – il n’y a pas de rose sans épines. Pendant que la truie met bas, le fermier cuisine avec les abats de Goret. Il dépose ce plat dans l’auge de la mère qui mange avec appétit. Elle remarque un porcelet au regard vif dans sa portée. « Nul doute que bientôt, celui-là me dira : Maman, je voudrais être propre comme le chat du fermier » songe-t-elle, repue.

            Valérie pose le livre que son fils a reçu en cadeau. « La mère ! se dit-elle. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? Laure Longchamps, la mère de Camille, bien planquée dans son HP. C’est de ce côté-là qu’il faut chercher. »

            – Maman, qu’est-ce qui arrive à Goret ?

            L’impatience de son gamin tire l’inspectrice Rémini de sa réflexion.

            – Je te le dirai une autre fois, tu veux bien ? Il est l’heure de dormir. Tu ne m’as pas dit qui t’a offert ce livre ? ajoute-t-elle en l’embrassant au coin de la tempe, là où il sent encore le bébé.

            – C’est Mamie…

Episode 24, by Fanny-Louise

Les histoires d’amour finissent mal, en général…

Bruno Lalande avait développé une haine viscérale à l’encontre de Camille et Carole Longchamps.

Bien qu’il les ait vues grandir, Bruno Lalande n’avait jamais développé de liens affectifs avec ses belles-filles. Au contraire, il avait eu très tôt à leur encontre une sorte de ressentiment irrationnel, car elles lui volaient une grande partie de sa relation avec Laure. Sans ses filles, Laure aurait été toute à lui. Lui qui avait renié sa famille bourgeoise lorsque celle-ci avait posé son veto à la relation qu’il entretenait avec cette mère célibataire de deux enfants.

Issu d’une grande famille bordelaise, promis à un bel avenir au sein de l’entreprise familiale, quand ses parents lui avaient posé un ultimatum, il avait été mis au pied du mur. Soit il quittait Laure, épousait Beate, héritière germano-bordelaise d’un vignoble voisin très réputé et dont la famille avait promis aux parents de Bruno que ce dernier serait propulsé à la tête de la prestigieuse maison, puisque Beate était fille unique. Soit, il serait banni et on lui couperait les vivres.

Fou amoureux, Bruno avait choisi Laure. Ayant fait de cet amour sa priorité, puisqu’il lui avait sacrifié son bel avenir, il en attendait tout autant de Laure. Mais Camille et Carole passaient avant tout le reste. Ainsi, lorsqu’il avait été licencié, il avait perdu pied. La suite : les disputes, la violence, la séparation puis le divorce n’avaient fait que renforcer sa haine envers les jumelles.

Alors, quand il avait appris que cette fouineuse de Camille commençait à mettre son nez au mauvais endroit, il avait décidé d’agir de manière radicale. Quoi qu’il en coûte. Il avait déjà tout perdu une fois par le passé, il était hors de question que l’histoire se répète. Il était enfin en train de bâtir un empire et il ne supporterait pas que quiconque se mette en travers de son chemin. Pas cette fois !

Après avoir orchestré l’accident de voiture fatal à Carole trois ans plus tôt, la mort de Camille, il la voyait comme un détail. Car l’enjeu était énorme. Pas question de tout perdre à nouveau et surtout pas par la faute de cette sale gamine qui lui avait déjà volé ce qu’il avait le plus aimé au monde. Désormais, il ne laisserait plus jamais les sentiments guider sa vie. Les affaires avant tout. Et sa dernière combine promettait d’être le début d’une nouvelle vie. Sa revanche était en marche, son rapprochement avec son héritière allemande et ses contacts teutons allaient beaucoup l’aider. Il avançait ses pions un par un…

Episode 25 by Sandrine Destombes

Il est temps de partir…

Il avait fallu une énième remontrance du juge Fabre pour que Sebastián prenne sa décision.  Une heure plus tôt, il bataillait encore avec sa collègue pour savoir quelle était la piste à suivre. Valérie restait persuadée qu’il fallait chercher du côté de Laure Longchamps. Pour l’enquêtrice, la mère de Camille avait forcément des révélations à leur faire. Sa fille avait dû lui parler de ses avancées. Peut-être lui avait-elle remis des documents. Qui penserait à fouiller les tiroirs d’une femme recluse en HP ? Sebastián, pour sa part, était convaincu que c’était une perte de temps. Toutes les pistes convergeaient vers l’Allemagne. Ce qui n’était au départ qu’une intuition s’était transformée en certitude, la veille au soir, suite à l’appel de Xavier Costes. Le ton railleur du détective privé résonnait encore dans sa tête :

– Alors Sebastián, toujours un temps de retard à ce que je vois ! Ce n’est pourtant pas faute de t’avoir aiguillé.

– Salut Costes ! Je te dirais bien que ça me fait plaisir de t’entendre mais je manque d’humour en ce moment.

– Tout doux, bijou ! Je t’offre un gage de paix. Ou, tout du moins, une trêve.

– Je t’écoute.

– Ton pote Lindberg m’a contacté.

– Max ?

– Tu connais beaucoup de Lindberg ?

– Qu’est-ce qu’il te voulait ? souffla Sebastián, déjà fatigué par cette joute stérile.

– Un de ses confrères du Spiegel lui a filé mon nom. Visiblement, ton pote mène son enquête et il n’a pas l’intention de t’en parler. En revanche, il n’a pas hésité un instant à m’embaucher. On prend la route demain matin. Direction Strasbourg avant d’aller saluer nos amis, les Schleus.

– Et tu me fais cette confidence parce que… ?

– Écoute Sebastián, crois-le ou pas, je l’aimais bien la petite Camille. Ton journaleux et moi, on part en chasse et je n’ai aucun doute qu’on va débusquer ceux qui s’en sont pris à elle. Mais j’ai passé l’âge de croire aux super-héros ! Sans ton badge de shérif, on n’ira pas loin. Alors, t’en es ?

Sebastián avait abrégé la conversation repoussant au lendemain sa réponse. Il avait passé la nuit à ruminer cette conversation, cherchant à saisir ce qui l’irritait le plus : le fait que Max Lindberg ait décidé de faire cavalier seul, ou l’idée de travailler main dans la main avec Costes. Quelle que soit la réponse, il était bien obligé d’admettre que ce n’était qu’affaire d’ego.

Alors, quand le juge Fabre l’avait menacé de lui retirer l’enquête si aucune percée n’était faite dans les vingt-quatre heures, Sebastián avait tranché, sans réfléchir aux conséquences que cela pourrait avoir sur son eczéma. Lerot avait demandé au magistrat de lui octroyer les autorisations nécessaires pour enquêter en Allemagne tandis que sa collègue suivrait la piste de la mère Longchamps.

Chapitre 26 by Maud Vandenbyvanghe

Prêt pour le départ

Son premier café, Sebastián peina à le boire, toujours plongé dans ses pensées après sa courte nuit. Suite aux révélations de Xavier Costes, il savait que Max menait son enquête de son côté. Il avait eu du mal à digérer le fait qu’à aucun moment son pote journaliste ne lui avait fait part de ses recherches et encore moins de ses trouvailles. De plus, la pression augmentait, le juge voulait des résultats. Maintenant, il préparait son départ pour l’Allemagne. Allait-il suivre la piste de Max ou reprendre l’affaire sous un autre angle ? Il lapait son mug de café froid tout en se demandant où cette enquête le mènerait. Lindberg avait un temps d’avance sur lui et des contacts ; Sebastián allait contacter la personne chargée de l’enquête sur la mort de la journaliste en espérant que le dossier allemand lui permette d’avancer. L’allemand, une langue qu’il ne maîtrisait pas, quelques vagues souvenirs de cours en quatrième ou cinquième… Il se sentait à cran, ne voyant pas comment il allait se débrouiller et sortir de cette impasse. On en était déjà à deux morts en France et une en Allemagne ; il fallait qu’il trouve une solution avant que les cadavres continuent de se succéder. Son ego en avait pris un coup mais il ne devait pas se laisser aller. Il devait se reprendre rapidement et adopter une vision objective des évènements. Il se prépara à la hâte. Ne sachant pour combien de temps il partait, il se confectionna un sac pour plusieurs jours.

Depuis son divorce, le dernier d’une longue série, il n’avait plus à se préoccuper de prévenir lors de ses déplacements. Plus de post-it sur le frigo, ni de sms au dernier moment. Il sentit un grand vide l’envahir, se souvenant avoir très mal parlé à Valérie, ne sachant même plus pourquoi. Son expérience lui avait appris à gérer des situations, parfois extrêmes, mais là il se sentait nerveux, irascible. En mode automatique, il prit son sac, ferma son appart. Une impression étrange l’envahit. Dans le taxi qui l’emmenait à la gare, il relut le dossier, vérifia les autorisations à remettre aux Allemands.

Arrivé à la gare 30 minutes avant le départ de son train, il se dirigea vers la presse, prit le journal et un café. Lorsqu’il vit la Une, il manqua lâcher son gobelet brûlant, se laissa tomber sur un siège. Un bip de son téléphone, un sms de Valérie : « J’ai peut-être un truc, rappelle-moi ».

Episode 27 by Aline Gorczak

 Le troisième

Ne parvenant pas à joindre Valérie, Sebastián appelle le bureau.

– Allô, c’est Sebastián. Elle est où, Rémini ? Elle me demande de la rappeler mais elle ne décroche pas.

-Vous n’êtes pas au courant ?

-Au courant de quoi, bordel ? Elle n’a rien dit dans son sms, juste de la rappeler, mais le réseau, ici, est merdique. Alors j’écoute…

-Elle s’est fait tirer dessus, en sortant de l’HP.

– …

C’est la deuxième fois de la journée que Lerot a les jambes coupées et qu’il doit s’asseoir.

-Elle est dans quel état ?

-Elle a été transportée en urgence et doit être sur le billard en ce moment.

-On a arrêté le tireur ?

-Un tir longue distance, Sebastián, impossible de savoir d’où ça venait.

-Bordel de merde ! Lerot raccroche. Tant pis pour son train et pour Costes, il verra plus tard. Il faut qu’il la voie. Tout part en cacahuètes dans cette enquête et maintenant cela…

Cela fait trois heures qu’il attend qu’un médecin vienne lui parler. Qu’est-ce qu’ils foutent, bordel ? Il n’en peut plus de cette attente.  Ah, enfin…

-Son pronostic vital n’est pas engagé mais elle n’est pas au mieux. La balle s’est logée juste sous le cœur. Nous sommes parvenus à l’extraire. Il faut attendre maintenant. On va la mettre en soins intensifs.

-Quand pourrai-je la voir ?

-C’est trop tôt pour le dire.

-A-t-elle dit quelque chose pendant son transport ?

-Elle avait déjà perdu connaissance quand les secours sont arrivés.

-Où sont ses affaires ?

-Demandez à une infirmière, je dois retourner au bloc.

Sebastián récupère le carnet moleskine de Valérie. Alors, qu’a-t-elle noté pendant sa visite à la mère de Camille ? Lerot a du mal à décrypter l’écriture de sa collègue :

homme mort dans la poubelle ?

— chercher le troisième ?

— Camille connaît le troisième.  Depuis quand ?

Lerot retourne au bureau avec plus de questions encore, et une angoisse indéfinissable qui lui serre le cœur. Il se rend sur le bureau de Valérie et examine son PC pour tenter de découvrir une nouvelle piste. Rien ! Elle planquait ses infos, ou quoi ? Non, impossible !

La piste HP, c’était un élément nouveau. Qu’a pu lui dire Madame Longchamps ? Il faudra qu’il aille lui parler sans tarder. En attendant, il va sortir le dossier de l’homme de la poubelle.

Épisode 28 by Nathalie S.

Synthèse

Impossible de partir en Allemagne avec Costes et Max, dans ces conditions-là !

Sebastián Lerot ne pouvait se résoudre à laisser Valérie seule, à l’hôpital. Il ne pouvait pas non plus rester à côté d’elle à lui tenir la main. Il fallait que cette enquête avance. Il fallait que le salaud qui avait tué Camille Longchamps, et tiré sur Valérie, soit arrêté avant de faire d’autres victimes…

– Mais qu’est-ce qu’on a loupé, bordel !?

Lerot, assis au bureau de Valérie, la tête entre les mains, le dossier de l’affaire largement étalé devant lui, parlait tout seul, espérant un déclic :

– On a une journaliste d’investigation, Camille Longchamps, spécialisée en criminalité financière. Elle a reçu de nombreuses menaces, mais nos recherches n’ont rien donné de probant de ce côté là. Du côté de la fameuse robe rouge, rien de nouveau non plus. On ne sait même pas si c’est le tueur qui la portait !

Les seules choses dont on soit sûr finalement, c’est que le meurtrier est un pro, qu’il est grand, et qu’il a probablement déjà semé plusieurs cadavres en Europe… Et que tout cela est sans doute lié à une grosse magouille industrielle. Reste à trouver laquelle !! On sait aussi que Camille a envoyé un mail à Xavier Costes, et qu’il enquête de son côté avec Max. J’espère qu’ils vont partager leurs infos avec nous, ces deux-là, parce que j’ai la très nette impression qu’ils nous cachent des trucs, l’un comme l’autre ! Valérie aurait pu les amadouer. Elle est diplomate, Valérie. Mais elle est à l’hôpital, et vu l’opération qu’elle vient de subir, elle y est pour un moment.

– Ma Valérie…

Lerot enrageait. Il se sentait impuissant et il avait horreur de ça.

– Il faut que je trouve une piste rapidement.

Mais d’abord, une douche et un café s’imposaient. Il aurait les idées plus claires ensuite.

Il sortait du bureau quand le téléphone se mit à sonner.

oilà mes polardeux  vous avez un premier aperçu de notre « Exquis Cadavre Exquis ».

Vous pouvez encore venir grossir les rangs des participants pour prolonger cette aventure et mettre votre grain de sel dans cette histoire

Et vous chers futurs contributeurs déjà inscrit vous pouvez déjà humer l’atmosphère de notre intrigue est aiguiser vos armes afin de bientôt apporter votre pierre à l’édifice afin de donner vie à ce sacré cadavre.

Et bien sur après- demain on poursuit avec l’épisode 29…

A suivre donc !

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10 réflexions sur “Exquis Cadavre Exquis, la seconde récap !

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