L’exquis cadavre exquis, épisode 21


L’exquis cadavre exquis, épisode 21

Elle s’appelait Camille, avait la phobie de la chlorophylle et n’a rien trouvé de mieux que de se cacher dans une serre pour tenter d’échapper à son l’Assassin .

Les inspecteurs Leriot et Remini sont sur le coup mais de nombreuses questions restent encore inexpliquées

Pourquoi Max a-t-il été si troublé en apprenant la mort de Camille ? Qui envoyait à la victime de petits cercueils en bois ? Que sait la brigade financière sur cette mystérieuse affaire ?

La suite c’est vous qui l’inventez

 


L’exquis cadavre exquis

Episode 21

by Yannick Provost

Un monde de bousiers

 

Friedrich Sonnen répondit à la seconde sonnerie.

– Salut, Max au téléphone. Comment ça va au Spiegel ? Toujours prêt à sortir des papiers sur les frasques d’Angela ?

– Ah mon ami, ça fait un bail qu’on laisse ça au Bild. Je suppose que tu ne m’appelles pas pour prendre des nouvelles de mon emphysème ?

– J’aimerais bien, mais t’imagines bien que non !

– Vas-y, je t’écoute, mais fais vite car je dois passer un article à la censure de mon Oberleutnant !

– Klatschmohn Aktion, ça te dit quelque chose ?

– Pourquoi, ça devrait ?

– Friedrich, on a passé l’âge de jouer à ça tous les deux. Camille, tu te souviens de la petite que je t’avais envoyé en stage ? Ben elle est morte. Et mon petit doigt me susurre que ça pourrait être lié.

Le silence se fit sur la ligne. Max tripota son stylo d’une main alors qu’il tenait son smartphone de l’autre.

– Attends, je ferme la porte de mon bureau et je reviens, répondit Friedrich.

Max était partagé entre sa volonté de voir surgir la vérité, son sacerdoce, et la nécessité de venger la mort de Camille. Sa délicieuse Camille, une gamine qui promettait dans le métier. Et puis il y avait cette femme au pistolet et cette enveloppe qui changeait de mains.  Le bruit d’une main qui saisissait le téléphone le sortit de sa torpeur.

– Ok, on est tranquille. Enfin je crois. On va faire vite. Pour te parler des coquelicots, faut déjà que je te dresse le décorum.

– Je suis tout ouïe.

– Comme tu le sais, L’Europe, le FMI et tout le reste des lobbies tablent sur un doublement de la production agricole d’ici 2050. Alors t’imagines bien que des boîtes comme Bayer, Monsanto ou BASF vont tout faire pour s’extraire des prix imposés et viser des hauts rendements. A ça tu ajoutes les changements climatiques et tu peux être sûr que les risques chimiques ou microbiologiques vont passer, comment dites-vous, dans le puits.

– Non, à la trappe.

– Exact ! Quoi qu’il en soit, le temps du chlordécone et du glyphosate est révolu. Les multinationales s’en fichent. On ne parle plus de contaminations de l’environnement mais bien d’action des polymères cancérigènes.

– Et les coquelicots ?

– Klatschmohn Aktion, c’est un nom de code. Le projet Daphne, tu vois ce que c’est ?

– Hé, ne m’insulte pas ! Je suis toujours dans le métier.

– Eh bien Klatschmohn aktion, c’est la même chose. Une enquête journalistique avec du joli monde, des scientifiques, des économistes et des journalistes. Tous travaillent sur la mise en évidence des modifications de l’ADN chez l’homme dues à de nouvelles substances qui ont été utilisées sans autorisation officielle.

– On parle donc de millions de dollars.

– Non, de milliards. L’affaire de Woodward et Bernstein, c’est du pipi de chien, à côté.

– De chat, Friedrich, de chat. Et qui est derrière cela ?

– On cherche, Max. A minima une ou deux très grosses multinationales.

– Pourquoi Coquelicot ?

– Parce qu’il n’y en a plus dans nos champs. Tu penses vraiment que c’est par hasard ?

– Pas davantage que de retrouver une journaliste morte alors qu’elle mettait son nez là où certains ne voulaient pas.

– Klatschmohn regroupe pas loin de 80 personnes, tant les ramifications sont nombreuses. Camille s’occupait de la partie française de l’enquête. Tu devrais parler à un certain Costes. Je l’avais mis en contact avec lui.

– C’est qui ?

– Un fouille-caca diablement doué, dans son milieu.

– Un fouille-merde, Friedrich !

– Ja ! Toujours est-il qu’il a de nombreux contacts dans le monde des lobbistes qui touche à l’agrochimie.

Après avoir fini sa conversation avec les salutations d’usage et les promesses de proches retrouvailles, Max fit crisser son stylo sur le papier jusqu’à le briser.

Risquer sa vie pour des coquelicots… Devait-il s’en ouvrir à Sebastián ? C’était encore trop tôt pour en juger. Mais en mémoire de Camille, il était prêt à descendre dans les tréfonds de la haute finance et du commerce mondial. Après tout, remuer la merde et en sortir une pépite, c’était son métier.

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Comme de Longs échos de Elena Piacentini


Elena Piacentini sera à Saint Maur en poche les 23 et 24 juin prochain.

Venez la rencontrer


Le livre : Comme de longs échos de Eléna Piacentini. Paru le 24 août 2017 chez Fleuve éditions dans la collection Fleuve Noir. 19€90 ; (288 p.) ; 22 x 15 cm

4e de couv : 

 » L’histoire est un perpétuel recommencement.  » disait Thucydide. Les faits divers, aussi.
« Partout, les monstres sont chez eux… »
Vincent Dussart est sûr de son coup.
Ce break imposé par sa femme va prendre fin aujourd’hui. Il n’a rien laissé au hasard. Comme toujours.
Confiant, il pénètre dans la maison de son épouse. Le silence l’accueille. Il monte les escaliers. Puis un cri déchire l’espace. Ce hurlement, c’est le sien. Branle-bas de combat à DIPJ de Lille. Un marie en état de choc, une épouse assassinée et leur bébé de quelques mois, introuvable. Les heures qui suivent cette disparition sont cruciales. Le chef de groupe Lazaret et le capitaine Mathilde Sénéchal le savent.
Malgré ses propres fêlures, ou peut-être à cause d’elle, Sénéchal n’est jamais aussi brillante que sous la pression de l’urgence. Son équipe s’attend à tout, surtout au pire. À des milliers de kilomètres, un homme tourne en rond dans son salon. L’écran de son ordinateur affiche les premiers éléments de l’affaire. Ce fait divers vient de réveiller de douloureux échos…

L’auteur : Auteur et scénariste, Elena Piacentini est née à Bastia et vit à Lillie, comme les héros de ses livres. Leoni, le commandant de police à la section homicide de la PJ, qu’elle a créé en 2008, a été finaliste des sélections du prix des lecteurs Quai du polar/20 minutes et du grand prix de littérature policière pour l’une de ses aventures (Des forêts et des âmes, Au-delà du raisonnable, 2014 ; Pocket, 2017). Inspiré d’un fait divers, Comme de longs échos met en selle une nouvelle héroïne : Mathilde Sénéchal à la DIPJ de Lille.

 

 

Extrait :
À mille deux cents mètres d’altitude, la fin de l’automne couve déjà l’hiver. Ils sont moins d’une trentaine, résistants engagés ou soldats malgré eux, à rester sourds à l’appel de la plaine. Orsalhièr s’accroupit devant la cheminée et allume le tas de petit bois qu’il a préparé en prévision de son retour. Au-dehors, les laves du couchant incendient la Pique d’Endron, éperon dardé à près de deux mille cinq cents mètres. Le montagnard étend ses mains au-dessus des flammes naissantes. Il se sent en paix.

 

Le petit avis de Kris

Comme de Longs échos- Elena Piacentini

Je ressors toute chamboulée de ce beau roman/polar d’Elena. Elle a un don pour renouveler le genre.
Ses mots, personnels, affûtés, précis associés à une histoire originale m’ont redonné goût au polar.
Les personnages, sous sa plume, prennent une saveur toute en diversité et humanité.
Chaque mot, chaque phrase, chaque situation est percutant.
De la littérature vraie a l’état pur.