Les Papotes d’auteur de Miss Aline avec Denis Albot.


Papote d’auteur avec Denis Albot.

aline denis

 

Bonjour Denis, nous avons déjà papotés au salon de Templemars le 23 septembre dernier. Vous avez gentiment accepté de poursuivre avec une « longue »  interview et je vous en remercie.  C’est parti, à vous de jouer :

denis Abot

1 – Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?

Mon deuxième roman Travelling 357-1Presque par besoin. J’avais des idées de scénario, de personnages qui ne demandaient qu’à se matérialiser. Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à les coucher sur le papier et j’ai trouvé cette activité très libératrice. Il s’agissait d’abord de nouvelles, de petits textes qui, peu à peu, ont pris corps et se sont étoffés. Encouragé par mon épouse, puis par Gilles Debouverie qui était édité dans la collection Polars en Nord, j’ai sauté le pas et envoyé le manuscrit de ce qui devait devenir « Du 357 dans le shaker ». Et voilà…

 

2 – Avez-vous des rituels d’écriture, un endroit précis où  travailler ?

Absolument pas ! J’aime écrire n’importe où et n’importe quand : à la plage, sur la table de cuisine, etc. Je me rends compte néanmoins que le contexte peut influencer l’écriture et qu’il est difficile d’écrire une scène d’amour, par exemple, si on est entouré de personnes qui rient.

3- Pour écrire vous partez de quoi : une idée, des recherches ?

Mon troisième roman BlacklightPour les deux premiers romans, j’ai effectué très peu de recherches. Ils n’avaient pas vocation à être publiés et je me faisais plaisir à écrire des histoires que j’aurais aimé lire. Pour le troisième, Blacklight, où les personnages évoluent dans le milieu du tatouage, il fallait un peu plus de matière et, dans la mesure du possible, ne pas dire trop de bêtises. J’ai donc effectué davantage de recherches sur le sujet. J’ai aussi pris conseil auprès d’une tatoueuse pour vérifier la crédibilité du texte.

4- Racontez nous la première fois que vous avez tenu votre livre imprimé en mains ?

Ah ! Grand moment ! Comment décrire cette impression ? Je dirais que c’est presque un sentiment d’immortalité… Cela peut paraître égocentrique de dire ceci, mais c’est une façon de laisser une trace qui perdurera bien après ma mort et celle de mes enfants, petits-enfants, etc. Il y aura toujours, dans les étagères de la Bibliothèque Nationale, un exemplaire de ce roman. Dans quelques décennies, quelqu’un en trouvera peut-être un en vidant le grenier la tante Gertrude et le lira… C’était donc évidemment une grande fierté. Mais aussi une certaine inquiétude quant au ressenti des lecteurs.

5-  Un indice sur votre prochain roman ?

Si les deux premiers étaient à la limite de la comédie policière, avec Blacklight, j’ai amorcé un virage vers le noir. Le suivant, en ce moment entre les mains du comité de lecture, à supposer qu’il trouve grâce à leurs yeux, sera encore plus noir.  Voire « trash ». J’ai pris le parti d’aborder l’histoire sous trois angles différents : le point de vue de la tueuse (puisqu’il s’agit d’une femme tueuse en série), celui de son mari (elle mène en effet une vie tout à fait normale en parallèle de ses activités) et enfin, celui d’un duo de policiers chargé d’enquêter sur les cadavres semés par la tueuse. À suivre donc, peut-être…

Le personnage de Marie vu par le gagnant d'un concours de dessins autour de mes personnages6-  Parmi vos personnages, lequel vous ressemble le plus ?

On met forcément un peu de soi dans ses personnages. Ce n’est souvent que quelques répliques ou un détail physique. Aucun de mes personnages n’est le reflet de ma vie ou de ce qu’elle pourrait être. Sans parler de ressemblance, j’ai une tendresse particulière pour le personnage de Marie. Un petit bout de femme, lesbienne, tatouée, irrévérencieuse et à la gâchette facile. Tout mon contraire en fait !

7- Parlez-nous de vous en dehors de l’écriture : votre métier, vos passions … ?

Je suis, dans le civil, directeur administratif dans une entreprise de location de matériel de travaux publics ! Un métier qui laisse peu de place à la créativité. D’où, sans doute, le besoin de l’exprimer par l’écriture.

Pour les passions : les voyages (Les États-Unis en particulier), la moto, le tatouage, la lecture bien entendu (policière mais pas uniquement), le cinéma et surtout, surtout, ma famille.

8 – Vous avez écrit autre chose que du polar/thriller. Vous nous en parlez ?

Sans masque ni tabou Dan BelistoJ’ai commis un roman sorti chez Aconitum « Sans masque ni tabou », sous le pseudonyme de Dan Belisto (une anagramme de mon nom). Il s’agit d’un roman assez cru et c’est pour cette raison qu’il est édité dans une collection « adultes ». Il ne s’agit pourtant pas du tout d’un livre érotique. Il traite en effet de la dépendance, des addictions…

Avec le recul, je pense que l’utilisation d’un pseudo était une erreur et m’a plutôt desservi. Il m’est par exemple arrivé de me présenter en dédicaces et que deux tables aient été installées.

Pour le reste, je mets actuellement la touche finale à un roman d’anticipation dystopique. Une sorte d’hommage (en toute humilité) à l’oeuvre de G. Orwell, 1984. Avis aux éditeurs !

9 – Un petit mot pour vos lecteurs ?

Un remerciement, évidemment. Rien n’est plus agréable que de recevoir un petit mot d’une lectrice ou d’un lecteur ayant été touché par nos mots. Alors, à tous, du fond du coeur, merci !

Pour la petite histoire, lors d’une séance de dédicaces au Furet de Lille, j’ai rencontré une jeune femme qui, intriguée par la couverture de mon livre s’est décidée à le prendre me précisant qu’elle n’avait plus le goût de lire depuis quelques années alors qu’elle avait été une grosse lectrice. Quelques jours plus tard, elle m’envoyait un message de remerciement car, grâce à mon roman, elle avait retrouvé le goût de la lecture ! Je crois que c’est le plus beau compliment qu’on puisse recevoir et même si le succès n’est pas toujours au rendez-vous, c’est pour ce genre de rencontres qu’il faut continuer.

10 – Quelle question auriez-vous voulu que je vous pose ? Quelle est sa réponse ?

Euh… L’interview me semble assez exhaustive et j’avoue que c’est cette dernière question qui me pose problème. J’ai été tenté d’aller voir ce que mes confrères vous avaient répondu mais m’en suis finalement gardé. Je vais donc profiter de cet espace de liberté pour émettre un voeu : si l’avenir semble s’orienter vers une progression du numérique, occasionnant des difficultés considérables pour bon nombre d’acteurs de la chaîne du livre, souhaitons que le livre « papier » reste au centre de l’intérêt des lecteurs. Que seraient les salons du livre, les dédicaces sans ce support incontournable ?

J’ajouterais pour conclure que rien ne remplace le conseil et le professionnalisme d’un libraire.

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Le mystère Fulcanelli – Henri Loevenbruck


Le livre: Le mystère Fulcanelli, Henri Loevenbruck, paru le 05 octobre 2013, aux éditions Flammarion, 21 €

Réédité en poche chez J’ai lu le 8 octobre 2014 8€  ; (507 p.) ; 18 x 12 cm 

4ème de couverture:

Un meurtre dans une vieille église de Séville… Un assassinat dans une bibliothèque parisienne… Un ancien manuscrit dérobé… Le lien entre ces affaires : Fulcanelli, le nom d’un mystérieux alchimiste du XXe siècle. Depuis près de cent ans, chercheurs et historiens tentent de découvrir qui se cache derrière cet énigmatique pseudonyme. En acceptant de mener l’enquête, Ari Mackenzie, ancien commandant des services secrets, plonge dans les milieux ésotériques du siècle dernier. Mais on ne pénètre pas les mystères de la pierre philosophale sans en payer le prix !

L‘auteur:  Doit-on encore présenter Henri Loevenbruck ?  Après une jeunesse partagée entre le 11e arrondissement de Paris et l’Angleterre, Henri Lœvenbruck fait une khâgne au lycée Chaptal à Paris, une maîtrise d’anglais à la Sorbonne, puis se lance dans le journalisme et la musique. Il publie son premier roman en 1998 aux éditions Baleine, sous le pseudonyme de Philippe Machine. Sa trilogie de La Moïra (publiée entre 2001 et 2003) se vend à 300 000 exemplaires toutes éditions confondues et est traduite en douze langues. Il se lance ensuite dans le thriller avec les éditions Flammarion où il rencontre à nouveau le succès, notamment avec la série d’Ari Mackenzie, vilain petit canard des Renseignements généraux, dans laquelle il dénonce notamment les dérives de grandes ONG en Afrique.

Dans les années 1990, Henri Lœvenbruck chantait et jouait de l’orgue Hammond dans divers groupes de rock parisiens. Début 2008, après avoir écrit des chansons pour d’autres artistes (comme Kelks), il décide de remonter sur scène pour présenter une douzaine de chansons « à texte ». En 2009, il participe, en tant que traducteur et choriste, à l’album Molly Malone – Balade irlandaise de son ami Renaud. En 2009, il a enregistré un mini LP, en collaboration avec Vincent-Marie Bouvot. De 2013 à 2015, il rejoint le groupe de rock Freelers, qui fait de nombreux concerts dans des festivals en France, et au sein duquel il joue du clavier et de l’orgue Hammond.

Il est membre de La Ligue de l’Imaginaire.

En juillet 2011, il a été nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Extrait:
« Oui. C’était ça ! C’était forcément ça ! Car ce qu’il venait de découvrir, il n’aurait pu le voir sur aucune copie de ce tableau. Comment n’y avait-il pas songé plus tôt ?
Dans un élan d’émotion incontrôlable, il sentit les larmes monter à ses paupières, comme une libération tant attendue, une délivrance. Soudain, tout prenait sens. Toutes ses recherches, toutes ses convictions, ses hypothèses… tout s’éclairait.
La main tremblante, il chercha le carnet dans sa poche. Ses doigts, trempés de sueur, glissèrent sur la surface de cuir. Mais avant que de pouvoir s’en saisir, tout à coup, il entendit un bruit. Là, juste derrière lui. Un frottement, à quelques centimètres à peine. Et ce fut comme si les battements de son cœur s’étaient arrêtés.
L’homme eut tout juste le temps de se retourner.
La lame du couteau pénétra brusquement dans la chair de sa poitrine. Un souffle. Sa bouche se figea dans une grimace de stupeur. L’émotion dans son regard se mua en incompréhension, puis l’incompréhension en anéantissement. Retenu par la lame enfoncée dans son cœur, il était déjà tel un cadavre pendu au gibet.
— Toi ? marmonna-t-il d’une voix rauque, les yeux trempés de larmes.
À peine eut-il reconnu le visage de son bourreau que la vie le quitta.
Le couteau ressortit d’un coup sec. Le corps s’effondra lourdement sur le sol, alors que le sang, déjà, se répandait sur le tissu blanc de sa chemise, écho troublant à l’hémorragie du Christ qui, à quelques mètres de là, suffoquait sur sa croix pour l’éternité.
Le meurtrier, avec des gestes sûrs, sans émoi, essuya doucement la lame souillée, la rangea à sa ceinture, puis s’accroupit à côté du cadavre de sa victime et prit le carnet dans sa poche.
Quand il sortit de l’église de la Santa Caridad, le sourire sur son visage était celui de Judas. Mais celui-là n’éprouvait nul repentir et n’irait point se pendre. »

Le OFF de OPH

«  Tous les ingrédients ludiques du mystère étaient là : c’était comme ouvrir un vieux coffre au trésor »

Cette phrase est le parfait reflet de ce que j’ai ressenti à chacun des tomes de la trilogie d’Ari Mackenzie (Le rasoir d’Ockham, les Cathédrales du vide)

Dans le Mystère Fulcanelli Henri Loevenbruck nous emmène une fois encore dans une chasse au trésor. Pas un trésor physique, mais un trésor propre à chacun de ses lecteurs. Car si une énigme est bien « dévoilée », c’est bien sur nous même que l’auteur nous invite souvent à réfléchir.
Il utilise d’ailleurs dans chacun des trois tome l’expression V.I.T.R.I.O.L ( Visita Interiora Terrae Rectificando Occultum Lapidem: visite l’intérieur de la Terre et en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée, phrase ô combien symbolique…),terme emprunté à la franc-maçonnerie, qui invite chacun d’entre nous à l’introspection.

Rassurez-vous, vous saurez tout sur le Mystère Fulcanelli à la fin du roman. Néanmoins, au delà du mythe, Henri nous invite à voyager dans le temps, à aller à la rencontre de l’art et de l’ Histoire. D’ésotérisme en hermétisme sans oublier une dose de religion, tous les ingrédients d’une quête y sont!

J’ ai donc retrouvé avec un immense plaisir Ari et sa fameuse MG, Lola, Krystov et Iris Michotte, pour une nouvelle enquête passionnante, empreinte de mystère.

Comme pour chacun des tomes précédents, j’ai aimé cette plume délicate qui m’a embarquée et une fois n’est pas coutume, régalée en références historiques, culturelles, en informations liées à l’art et plus particulièrement, ici, sur les « vanités ». J’ai été bluffée une fois encore par la richesse des recherches et des références.
Et d’ailleurs si le cœur vous en dit, il existe ICI un documentaire fort intéressant pour aller plus loin:

Une lecture comme je les aime qui , non seulement divertit ,mais surtout, ouvre les chakras et enrichit.

Les romans « ésotériques » d’Henri vous invitent non seulement aux voyages (géographiques, temporels, culturels), mais aussi à la découverte de vous même si tant est que vous soyez réceptifs aux indices.

Outre les aspects culturels, il y a un certain nombre de passages qui m’ont touché parce que criant de vérité, tant sur notre société que sur les rapports humains:

 « une librairie qui meurt, ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un livre qui se ferme, à jamais. »

« Il n’y a rien de tel que le fric et le cul pour détruire même les plus belles histoires d’amitié. C’est dans la nature humaine […] les gens sont fondamentalement égoïstes, question de survie.»

« On ne peut pas juger un couple de l’extérieur, Lola. On ne doit jamais. L’intimité, par définition, c’est quelque chose qui ne se partage pas avec les autres. Méfie toi des gens qui savent toujours mieux que toi ce que tu devrais faire dans ta vie amoureuse. »

Une fois encore du grand Loevenbruck 😊. Un auteur qui m’a touché par son écriture, sa sensibilité ( Nous rêvions juste de liberté), et sa gentillesse lors de notre rencontre.

Je quitte avec regrets Ari, Lola, Krystov et Iris…  mais pas Henri puisque très bientôt j’attaquerai l’intégrale de la trilogie : La Moïra.