Papote d’auteur : Miss Aline était avec Carl Pineau

Papote d’auteur : Aline était avec Carl Pineau.

 Souvenez-vous, il y a quelques semaines Aline mais aussi Ophélie nous proposaient leur avis sur le premier roman de Carl Pineau « L’arménien« 

Aujourd’hui Miss Aline, nous propose d’en savoir un peu plus sur notre auteur.

Pour rappel :

Ici l’accroche de Miss Aline sur l’Arménien

Là le Off de Oph toujours sur l’Arménien


Papote d’auteur : Aline était avec Carl Pineau.


 

Bonjour Carl, je vous remercie de m’avoir permis de découvrir « L’arménien ».  Vous avez gentiment accepté une interview et je vous en remercie.  C’est parti, à vous de jouer :

1- Comment et pourquoi en êtes-vous venu à l’écriture ?

J’ai toujours eu envie d’écrire. Enfant, je rédigeais des poèmes, vers l’âge de 12 ans, je me voyais remplir des pages avec des histoires inventées. Seulement, il m’a fallu très tôt gagner ma vie. Mais j’ai gardé ce rêve en moi, comme un objectif lointain. J’ai attendu mes quarante ans pour commencer à croire possible de le réaliser.

En même temps, cela m’a permis de vivre des expériences très diverses, de faire des rencontres passionnantes qui nourrissent aujourd’hui mes récits.

Quant au pourquoi, c’est difficile de répondre précisément… C’est un impératif intérieur. Une nécessité qui participe à l’équilibre. Est-ce l’envie de se dégager de la fuite inexorable du temps, sans doute un peu aussi… Le processus d’imagination m’extrait du quotidien, il me force à l’introspection, jusqu’à être parfois surpris par ce qui émerge. Ce sont ces instants magiques que je cherche à retrouver.

En plus d’une quête de partage avec des lecteurs.

2 – Un roman ça débute comment pour vous : une idée, un personnage, une fin ? Comment construisez-vous votre récit ?

Avant tout, j’envisage une intrigue par le prisme des personnages, il faut leur donner naissance et trouver leur voix intime. Une vérité humaine que j’essaie d’atteindre au plus près, avec un style que j’espère percutant et hyperréaliste.

L’Arménien repose aussi sur ma connaissance des nuits nantaises des années 80s’. C’est le vent de liberté qui a soufflé sur cette ville que je voulais faire revivre. Une liberté incroyable dans une époque où les radios propulsaient des nouveaux groupes musicaux au-devant de la scène.

Je suis parti du fait divers d’un meurtre sordide pour construire l’ébauche d’une histoire.

Après avoir imaginé les deux narrateurs, je les ai laissés évoluer presque en dehors de ma volonté. Au point que la fin n’est pas celle que j’avais envisagée au début de l’écriture, ni même lors d’une des premières versions.

Et je crois que c’est pour cette raison qu’elle surprend autant le lecteur.

3 –  Ecrire c’est n’importe où, n’importe quand ou vous avez des rituels, des moments/des lieux  précis pour le faire ?

En général, je médite avant de me mettre à mon bureau. C’est une façon d’écarter les pensées parasites du quotidien, de pénétrer l’instant de l’écriture, de me reconnecter à l’univers de mes personnages. Je me suis toujours arrangé un espace face à une vue dégagée, le fleuve Saint-Laurent au Québec, la ville de Bangkok en Thaïlande. Mais avec les années, j’ai aussi appris à me mettre dans une bulle pour être capable d’écrire partout.

Car s’il y a une autre chose que j’ai apprise, c’est qu’on ne peut pas prétendre aboutir un roman sans un travail régulier et constant. Pour ma part, je me fixe un objectif de mille à deux mille mots par jour. Ça parait simple, mais c’est parfois une torture…

4 – Racontez nous votre ressenti lorsque vous avez tenu en main votre roman terminé !

J’ai entamé la rédaction de l’Arménien en 2010, au Québec, dans la cadre de ma formation en  création littéraire à l’université Laval. Pour un des modules, nous devions produire deux mille mots par semaine. J’ai rédigé le premier jet complet en trois mois ! L’histoire sortait de moi comme si elle avait toujours été là.

Ensuite j’ai laissé reposer le roman plusieurs fois, m’y remettant par périodes de trois à quatre mois. C’est finalement cinq années de travail et de maturation pour aboutir à une version qui m’est apparue « livrable aux lecteurs.»

Lorsque j’ai tenu le livre en main pour la première fois, j’ai ressenti une sensation d’accomplissement, et en même temps de perte : « C’est fini, tu ne partageras plus la vie de Françoise, Bertrand et Luc… Tu ne pourras plus améliorer le texte. »

Mais j’avais aussi le sentiment d’avoir « réalisé le premier pas d’un rêve de gamin…»

Deux émotions contradictoires, vite emportées par le besoin de m’invertir dans le roman suivant…

5 –  Pourquoi choisir deux narrateurs, le coiffeur et la psy, pour L’arménien ?

 

J’avais envie de changer le point de vue du lecteur en sortant du « il omniscient » ou du « Je » de l’enquêteur qui raconte l’histoire. J’ai eu l’idée d’inventer deux personnages aussi dissemblable que possible pour apporter un regard croisé sur la victime. À partir de là, le travail littéraire a constitué a éloigner au maximum leur voix, de rendre le coiffeur plus voyou et la psy plus analytique. Tout en bâtissant une intrigue à rebondissement qui tienne le lecteur en haleine.

6 –  On dit souvent qu’un auteur laisse une part de lui dans ses romans. Quelle(s) part(s) de vous dans ce roman, dans l’un ou l’autre des personnages ?

 

Une chose est certaine, chacun d’eux m’est proche, ils m’ont accompagné pendant des années. J’avais souvent l’impression qu’ils étaient vivants, certes dans mon imagination, mais aussi vivants que des personnes réelles.

Je dirais que je suis un peu de chacun d’entre eux, pour avoir autant cherché à adopter leur voix au plus près, au point d’en être parfois un peu schizophrénique.

J’ai finalement passé plus de temps avec eux qu’avec beaucoup de mes proches.

Pour autant, je ne suis ni psychiatre, ni coiffeur…

Mais si je devais ouvrir encore plus cette porte intime difficile, je crois que je partage avec Françoise le gout de l’analyse psychologique et une propension à l’empathie.

La voix de Bertrand est celle qui m’a donné le plus de mal, mais j’aime son ironie grinçante, son cynisme débridé et sa faculté à l’autodérision.

Quant à Luc… Je suis d’origine arménienne, j’ai vécu ma jeunesse dans la banlieue nantaise, j’ai animé des soirées en discothèque…

Mais je suis vivant ! Et cette histoire n’est que pure imagination…

7– Pensez-vous que si les circonstances sont réunies tout un chacun est un assassin potentiel ?

 

Effectivement, c’est ce que je crois, et, d’une certaine manière, l’Arménien en est la démonstration. Dans « Malaise de la civilisation », Freud décrit les pulsions égoïstes et meurtrières de l’être humain sous le mince verni de l’éducation et de la peur de la répression.

En lisant l’Arménien, le lecteur découvre un florilège de personnages qui auraient tous eu un mobile pour assassiner Luc.

Et ce, pas parce qu’il est foncièrement mauvais ou détestable, mais simplement en fonction de leurs attentes, leurs ambitions et de ce qu’ils sont.

Bien sûr, cette caractéristique accentue l’intérêt de l’intrigue, mais cela démontre aussi que chacun porte un assassin potentiel. La seule différence réside dans le passage à l’acte. Ce sont ses actes plus que ses paroles ou ses pensées qui déterminent un individu.

Car si les personnages possédaient un mobile pour assassiner Luc, tout le monde ne l’a pas tué…

8-  Un indice sur votre prochain roman ?

Je finalise actuellement le Sicilien, l’opus 2 des Nuits Nantaises. Il devrait paraître en 2018. Je raconte cette fois l’histoire à travers la voix du principal suspect du meurtre d’une jeune fille. On y retrouvera l’inspecteur Brandt. Je souhaite écrire une trilogie des Nuits Nantaises.

Trois intrigues autonomes qui dérouleront une photo de notre société et de la délinquance sur les décennies 80, 90 et 2000.

J’achève aussi la reprise de Malecón, un thriller politico-financier situé entre Paris et Cuba, sur fond de scandale politico-financier, et du Panama Papers. Un travail d’écriture différent puisqu’il s’agit cette fois d’un narrateur au « il » omniscient. J’avais envie de m’essayer à un style plus neutre et distancié. Pour autant, le choix du narrateur omniscient me permet de rentrer dans la tête des personnages pour analyser et décrire leurs pensées.

9 – Un petit mot pour vos lecteurs ?

 

Merci à tous ceux qui ont lu l’Arménien. Merci pour vos retours de lecture. Merci pour vos magnifiques partages. Grace à vous, écrire ce roman est une des plus belles aventures de ma vie.

10 – Quelle question auriez-vous voulu que je vous pose ? Quelle est sa réponse ? Et à contrario quelle question n’aimez-vous pas que l’on vous pose ?

 

Vous avez posé la question la plus complexe du rapport entre l’auteur et ses personnages. Aucune réponse n’est satisfaisante, car elle contraint à une mise en lumière de l’ombre mystérieuse que chacun porte en Soi. Et en même temps, c’est une question passionnante…

On m’interroge peu sur la poésie. Elle tient pourtant une place importante dans ma vie. J’ai publié un recueil, « Le Silence Pèlerin » en 2005. Je vous offre un court poème qui évoque le chemin d’écriture :

Mes mains dans le sable

Étranglant impuissantes

Tant de fagots d’images

Et le temps laboureur

Dans chaque syllabe

Écrasé sur la page

Juste comme on meurt…

14 réflexions sur “Papote d’auteur : Miss Aline était avec Carl Pineau

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