Avis D’Expert, saison 2 : Affaire n° 3 : L’ Affaire du courrier de Lyon.

Voilà le saison 2 de nos Avis d’Expert se poursuit.

Et Cathie ne pouvait pas passer à coté de cette grande affaire criminelle.

Aussi pour son troisième dossier, elle vous présente :

Affaire n° 3 : L’ Affaire du courrier de Lyon.

L’affaire du courrier de Lyon reste la plus mémorable erreur judiciaire de l’histoire de la justice française . Avec son incroyable série de coïncidences, elle démontre la fragilité des témoignages humains.

 

   Acte 1 : contexte politique.

 

Durant la décennie révolutionnaire, le brigandage revêt une signification fortement politique. Que l’on songe à la « Grande Peur » de l’été 1789 ou à la guérilla royaliste qui ensanglante les bocages de l’Ouest et les montagnes du Midi à partir de 1793. La confusion qui règne dans l’ancien royaume de France favorise une agitation dont les racines ne sont pas toutes politiques, loin s’en faut. Déserteurs fuyant la conscription, victimes des crises sociales, ouvriers au chômage ou orphelins affamés, tous trouvent refuge dans les bandes de brigands tels ceux d’Orgères qui « chauffaient » les pieds de leurs victimes, essentiellement des paysans, pur leur faire avouer où ils cachaient leurs économies. Cependant, l’affaire du courrier de Lyon démontre que le brigandage est également lié au milieu criminel parisien.

 

Acte 2 : Les faits.

 

  Le 8 floréal an IV ( 27 avril 1796), dans la cour des messageries de la poste de la rue Saint-Martin, les convoyeurs de la malle à destination de Lyon chargent, outre les lettres et mandats habituels,  une dizaine de boîtes de la Trésorerie nationale contenant la solde des armées d’Italie du général Bonaparte, soit 7 millions de livres en assignats et 80 000 en numéraire. La malle est conduite par le « courrier » Escoffon et Nanteau, son postillon. Un seul passager, un certain Laborde. Curieusement, la malle n’a pas d’escorte, malgré l’importante somme d’argent transportée.

Après un premier arrêt au relais de Lieusaint, où le postillon Nanteau est remplacé par Audebert, la malle-poste reprend sa route. Mais elle n’arrivera jamais au relais de Melun. Le lendemain, on retrouve, dans les environs de Lieusaint, les cadavres des deux postillons et la voiture délestée de son argent. Aucune trace de Laborde.

   Acte 3 : L’enquête.

 

  L’enquête, confiée au juge de paix de Melun, repose presque entièrement sur les témoignages recueillis le long du parcours, notamment auprès des aubergistes. La veille, quatre cavaliers ont été aperçus à l’auberge de la Chasse à Montgeron, également à Lieusaint. Tout les désigne comme étant les coupables du vol et du crime. Le cheval du postillon étant retrouvé à Paris, la police interroge alors les loueurs de chevaux et apprend que quatre montures ont été laissées dans une auberge le 9 floréal par un homme dont le signalement correspond à l’un des cavaliers qui a laissé son nom, Étienne Courriol. Ce dernier aurait logé avec Madeleine Bréban, sa maîtresse, chez un certain Richard au domicile duquel on retrouve des objets prouvant qu’il était le receleur de la bande. Courriol est finalement arrêté à Château-Thierry avec, dans ses bagages, 1 million de livres en assignats !!

 

A Château-Thierry, Courriol logeait chez Gouhier, un transporteur, lequel logeait également un individu du nom de Charles Guénot. Dans un premier temps, celui-ci n’est pas suspecté mais ses papiers d’identité sont confisqués et il est prié de se tenir à la disposition des autorités. Suite à la convocation de Daubanton, juge de paix du Pont-Neuf, Charles Guénot se rend à Paris le 22 floréal (11 mai). Sur le Pont-Neuf, il rencontre Joseph Lesurques, un ami d’enfance, natif, comme lui, de Douai. Guénot lui demande de bien vouloir l’accompagner chez le juge de paix, service auquel Lesurques consent bien volontiers.

C’est alors que se produit un extraordinaire rebondissement : alors que les deux hommes se présentent dans les locaux du juge de paix Daubanton, désormais chargé de l’affaire, et  patientent dans l’antichambre, les deux servantes d’une auberge de Montgeron, venues témoigner sur l’affaire du courrier de Lyon, s’écrient qu’elles reconnaissent Guénot et Lesurques comme faisant partie du groupe des quatre cavaliers qui se sont arrêtés à l’auberge la veille de l’attaque. Elles sont formelles et, plus tard, elles reconnaîtront également Courriol. Immédiatement appréhendés, Guénot et Lesurques sont confrontés aux autres bandits précédemment arrêtés qui affirment connaître les deux hommes ; non pas qu’ils déclarent que Lesurques les a aidés à attaquer la malle-poste ( crime qu’ils continuent de nier), mais il se trouve que Lesurques a jadis été convié à dîner chez Richard en même temps que Courriol. Il n’en faut pas plus pour convaincre le juge.

Lesurques a beau clamer que tout cela n’est qu’un épouvantable malentendu et que le procès lui permettra de prouver son innocence, tous les indices l’accablent : des témoins l’ont identifié ; il connaît Guénot et le sieur Richard chez qui il a déjeuné avec Courriol ; ses papiers d’identité ne sont pas en règle ; de plus, il mène une vie oisive depuis qu’il a quitté sa famille pour venir s’installer à Paris ; selon ses dires, il se serait enrichi en vendant des biens nationaux, ce qui ne plaide pas en sa faveur.

Acte IV : Le procès .

 

Un premier procès se déroule du 15 au 18 thermidor an IV ( 2 au 5 août 1796) devant le Tribunal criminel de Paris. Le premier jour, on fait comparaître un à un tous les témoins et le résultat est accablant : neuf d’entre eux sont catégoriques sur la présence de Guénot, Courriol, Bruer et Bernard ; Lesurques est formellement identifié par huit témoins qui n’ont pas oublié ses cheveux blonds. Seul Richard n’est pas reconnu.

La deuxième journée est consacrée à la défense. Lesurques garde toujours espoir, d’autant que son avocat, maître Guéroult, a retrouvé un bijoutier du Palais-Royal qui atteste la présence de Lesurques dans sa boutique le 8 floréal pour l’achat d’une cuillère. L’alibi est irréfutable. En effet, le bijoutier Legrand présente son livre de comptes qui mentionne bien, à la date du 8 floréal, l’achat d’une cuillère par le sieur Lesurques. Plusieurs personnes, qui se trouvaient dans la boutique de Legrand ou dans les environs, attestent avoir vu Lesurques au Palais-Royal le jour où on l’accuse de s’être trouvé à Montgeron. Malheureusement, Daubanton remarque que le livre est raturé et qu’une main malhabile a rajouté la date du 8 floréal… rendant l’alibi irrecevable ; car pour le juge, il ne fait aucun doute que Legrand et les autres témoins à décharge ont été achetés par Lesurques, d’autant que, le lendemain,  Legrand revient sur sa déclaration.

Le troisième jour, d’autres témoignages rendent l’affaire encore plus confuse. Quand l’accusateur public prononce son réquisitoire, il charge particulièrement Lesurques qui aggrave son cas par une subordination de témoins, très mal vue par la Cour.

Le quatrième jour, le président Gohier déclare que les débats sont clos. Alors que les jurés se sont retirés pour délibérer, Madeleine Bréban, la maîtresse de Courriol, demande à être reçue par le président du Tribunal auquel elle affirme que, si Courriol a bien participé à l’attaque, tous les autres sont innocents. Mais il est trop tard !

Acte V : Verdict et recours.

 

A huit heures du soir, le chef du jury, un dénommé Robillard, donne le verdict : Courriol, Lesurques, Bernard sont reconnus coupables et condamnés à mort. Richard est reconnu coupable et condamné à 24 ans de travaux forcés. Quant à Guénot et Bruer, ils sont acquittés. Jugement qui ne satisfait pas les personnes troublées par les véhémentes manifestations d’innocence de Lesurques, à commencer par sa femme qui obtient que l’affaire soir portée devant le Tribunal de cassation. Car entre-temps, nouveau rebondissement : Courriol, qui a fini par avouer sa culpabilité, clame l’innocence de Lesurques et que, selon ses dires, les témoins auraient été abusés par son extraordinaire ressemblance avec le véritable coupable, un certain Dubosc, toujours en fuite.

L’affaire bénéficie d’un grand retentissement mais le Tribunal de cassation ne peut se prononcer que sur la procédure et en aucun cas sur le jugement rendu. De nouveaux recours sont tentés auprès des membres du Directoire, puis auprès du conseil des Cinq-Cents qui nomme une commission chargée d’étudier l’embarrassante affaire. Mais rien n’y fait car la Justice n’entend pas se déjuger et le pouvoir exécutif ne veut pas mettre à mal la séparation des pouvoirs, un des acquis les plus importants de la Révolution. Ainsi, le 9 brumaire de l’an V, Lesurques est guillotiné aux côtés de Courriol et de Bernard. Une ultime fois, Courriol affirme sur l’échafaud : « Lesurques est innocent » !!

Acte VI : Les vrais coupables.

 

  Le juge Daubanton, malgré l’acharnement dont il a fait preuve à l’encontre de Lesurques, est un homme honnête. A peine l’exécution des coupables a-t-elle eu lieu qu’il éprouve des doutes, repensant aux affirmations réitérées de Courriol. Aussi, se fait-il un devoir de reprendre l’enquête. En quelques mois, il retrouve le mystérieux passager de la malle-poste, le sieur Laborde, dont le vrai nom est Durochat, purgeant une peine de prison pour un tout autre délit. Interrogé, l’homme avoue sa participation à l’attaque de la malle-poste de Lyon et donne le nom de ses complices, deux petits voyous du nom de Roussi et Vidal, le sieur Courriol et…le Dubosc en question, bandit qui avait l’habitude de se travestir et de se coiffer d’une perruque blonde pour commettre ses forfaits!

Retrouvé et arrêté, Dubosc nie toute participation à l’affaire. Évidemment, les témoins à nouveau interrogés, n’osent plus se prononcer. C’est alors que se produit un nouveau rebondissement : à la demande de Daubanton, un buste de Lesurques se trouve dans la salle du tribunal où se déroule le procès. Le président ordonne alors de poser la perruque blonde qui coiffe le buste sur la tête de Dubosc dont les cheveux sont bruns. Voyant Dubosc devenu blond, les témoins n’ont plus d’hésitation : c’est bien Dubosc, et non Lesurques, qu’ils ont vu à Montgeron.

Reconnus coupables,  seuls Dubosc, Laborde allias Durochat et Vidal sont guillotinés, ce qui, aux yeux de la justice, n’innocente ni ne réhabilite Lesurques, bien que son innocence ne fasse plus de doutes. Quant à Roussi, de son vrai nom Béroldy, resté introuvable au moment du procès, ne sera retrouvé qu’en 1803 en Espagne où il s’est reconverti dans le commerce de l’huile d’olive. A la demande de la France, il sera extradé, jugé et exécuté. Mais jamais le procès Lesurques ne sera rouvert, et jamais celui qui fut victime d’une flagrante et révoltante erreur judiciaire ne sera réhabilité !!!

 

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4 réflexions sur “Avis D’Expert, saison 2 : Affaire n° 3 : L’ Affaire du courrier de Lyon.

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