Merde à Vauban de Sébastien Lepetit

Le livre : Merde à Vauban de Sébastien Lepetit. Paru le 4 juillet 2013 chez Nouveaux Auteurs. 18€95 ; 21 x 14 cm.

Réédité le 8 mai 2017 chez Flamant noir éditions. 19€50 ; (398 p.) ; 22 x 14 cm.

La 4e de couv :

Besançon, mai 2008. Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire et professeur d’histoire donne une conférence pour promouvoir la candidature du réseau Vauban au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lendemain matin, on le retrouve mort au pied de la citadelle. Meurtre ou suicide ? Affaire privée ou coup porté à la candidature de la ville ? Fabien Monceau, jeune lieutenant de police parisien juste nommé à Besançon va mener l’enquête aux côtés du commissaire Morteau, un Franc-Comtois chevronné et bourru. Une enquête difficile menée de main de maître par un duo explosif.

L’auteur :   Sébastien Lepetit, alias Saint-Fromond, 43 ans est  originaire de Bretagne et vit en Franche-Comté depuis une dizaine d’année.. Amoureux des pierres, des bâtisses et de leur histoire, c’est sur les sentiers de montagne ou de forêt qu’il s’en va cueillir au calme les pensées et les sensations qui deviendront l’âme de ses romans. . Dans ses romans, les lieux où vivent les personnages ont une place particulière,… au point d’en devenir également des personnages à part entière. Il aime lire Umberto Eco, Pierre Magnan, Peter Tremayne, Anne Perry, et tant d’autres.

 

Conseils aux lecteurs

Ce roman s’appréciera encore mieux s’il est accompagné de quelques dés de comté affiné en cave pendant au moins dix-huit mois et d’un petit verre de vin d’Arbois ou, mieux encore, de vin jaune.

EXTRAITS 1 :
— Monsieur Monceau !… Félicitations. Vous êtes affecté à… Besançon.
Fabien était comme K.-O. Il avait serré les mains tendues et était descendu de l’estrade sous les applaudissements
 polis et quelques rires diffi cilement contenus. Besançon !
Mais où était-ce, Besançon ? Là-bas, dans l’Est ! Fabien avait beau réfléchir, il n’arrivait pas à visualiser Besançon sur une carte. C’était là-bas, vers l’Allemagne ou vers la Suisse,  même pas en Alsace. Tout ce que cela évoquait chez lui, c’était le froid, une ville morte, coupée de la civilisation, perdue au loin, à la fi n d’une ligne de chemin de fer. Où c’est, Besançon ? se répétait-il, Est-ce que quelqu’un sait où , Besançon ?

 

Résumé et avis : 

Pierre-Jean Montfort, adjoint au maire de la ville de Besançon, est retrouvé mort après avoir donné une conférence pour promouvoir la candidature des sites Vauban au patrimoine de l’Unesco. Non loin du lieu du crime, une inscription intrigue les policiers : Merde a Vauban. Fabrice Monceau, jeune lieutenant fraîchement nommé, va aider le commissaire Morteau dans son enquête.

Nous avons là le point de départ d’une enquête classique, un Whodunit de toute beauté, le lecteur disposant des mêmes indices que l’enquêteur et donc des mêmes chances que lui de résoudre l’énigme. Un roman à énigme qui va nous amener a exploré la bonne société franc-comtoise, ses mœurs, ses travers et ses bassesses aussi. La vie des édiles de provinces, des notables respectés et établis. Nous allons nous prendre au jeu et explorer toutes les hypothèses afin de les éliminer une à une. Surtout que l’affaire se corse, puisque d’autres élus vont eux aussi être assassinés.

Mais Merde à Vauban, ce n’est pas que cela. C’est aussi une plongée au cœur de la capitale comtoise. Et tout au long de ces pages, nous allons découvrir l’histoire mais aussi le patrimoine de cette belle ville de Besançon. Et c’est le commissaire Morteau en personne qui va nous servir de guide.

Et puis c’est aussi ses personnages qui font la truculence de ce roman. Et que dire de nos deux héros ? D’abord le lieutenant Fabien Monceau, un jeune officier fraîchement promu, un jeune loup qui a les dents longues. Et puis Fabien c’est un homme qui plait aux femmes, il est sûr de lui, il sait ce qu’il veut. Persuadé d’être affecté dans une brigade parisienne ce jeune homme est dépité de devoir faire ses classes à Besançon. Et pour sa première enquête c’est le patron qui le prend sous son aile.Le patron parlons-en. Un vieux commissaire, qui n’a plus rien à prouver. Lui il a refusé toutes les promotions. Pas question de quitter sa région pour accéder à un grade supérieur. Il aime son département, sa ville et compte bien y finir sa carrière. Morteau est un flic qui vit seule depuis que sa femme est partie. Enfin seul, pas tout à fait, il y a flocon. Alors il est plutôt bourru, et puis il est enclin à la bouteille et adore la bonne chair.Ainsi Le vieux briscard commissaire et un jeune lieutenant parisien se lancent dans une enquête policière dans la bourgeoisie provinciale, sur les traces d’un tueur insaisissable  Bref un duo détonant et pourtant c’est deux-là vont devoir s’entendre pour mener à bien cette difficile affaire. Vous l’aurez compris, Merde à Vauban, est un bon roman policier qui nous fait passer un peu plus qu’un bon moment de lecture.

EXTRAIT 2 :

Le Phoque ! Il ne se souvenait plus de quand on l’avait affublé de ce surnom ridicule. Il le devait à sa moustache, épaisse et tombante, et à son embonpoint qui, selon ses collègues, lui donnait un air de phoque. Mais il savait aussi que lorsqu’il avait un tantinet abusé du Pontarlier ou du vin blanc, il avait l’œil un peu  vitreux. C’était surtout à cela qu’il devait son surnom, mais personne n’aurait osé le lui dire, ni au commissariat,  ni au Petit Mont d’Or. Au début, ça l’avait agacé et il avait répliqué assez vertement. Mais on ne lutte pas contre un  sobriquet. Ses collègues et ses amis de comptoir évitaient simplement de le prononcer devant lui. Puis, peu à peu, les habitués du Petit Mont d’Or avaient de nouveau lâché le mot, d’abord par accident puis, comme il ne réagissait  plus, le surnom s’était imposé dans les conversations. Il était donc naturellement revenu aussi au commissariat.

 

 Extrait : » Encore une emmerdeuse ! Le train n’était pas parti depuis cinq minutes qu’elle avait déjà pris son téléphone. Elle était assise trois rangées devant Fabien Monceau et il ne voyait d’elle que ses cheveux, une coiffure sans doute très à la mode avec tellement de mèches noires,, brunes, blondes et même rousses qu’il était impossible de savoir quelle était sa couleur d’origine. Et elle parlait, elle parlait, elle parlait. Juste au-dessus de sa tête, il y avait un autocollant avec un téléphone aux yeux fermés qui sommeillait, mais le symbole devait être trop compliqué pour qu’elle le comprenne. Même l’annonce du contrôleur qui demandait aux passagers d’aller passer leurs coups de fil sur les plates-formes entre les voitures n’avait pas semblé la concerner. Elle continuait à débiter sans fin des banalités sans intérêt. Et mademoiselle avait une haute idée de sa personne, visiblement, puisque si on en croyait les confidences qu’elle chuchotait à haute voix, un certain Philippe, sans doute privé de l’élémentaire bon sens qui pousserait n’importe quel homme à fuir pareille engeance, la regardait régulièrement avec une insistance qui la mettait mal à l’aise. Visiblement, il ne fallait pas désespérer, puisque quelque chose pouvait la mettre mal à l’aise…D’un geste rageur, Monceau plia le journal gratuit qu’il avait attrapé au vol à la sortie du métro et dont il n’avait pas encore réussi à lire le moindre mot, et se leva. Il posa calmement la main sur l’épaule de la terrifiante séductrice et lui demanda poliment d’avoir la gentillesse de bien vouloir parler plus bas, voire d’aller terminer son appel téléphonique en dehors du wagon, car il était fort gênant pour lui d’entendre ses confidences et il avait la sensation d’être indiscret. Elle s’était tue et le regardait d’un air médusé, le téléphone toujours collé à l’oreille, sans doute par crainte que celle-ci ne tombât si elle l’en écartait. Monceau n’était pas beaucoup plus vieux qu’elle, mais sa coupe de cheveux très classique et ses vêtements, un pantalon de toile noire avec un pull à col roulé en fine laine noire et une veste noire assortie à son pantalon tranchaient nettement avec le look branché de la demoiselle. Il émanait de son visage émacié une autorité qu’il se plaisait à cultiver.- Oh ! Euh ! oui… Excusez-moi… répondit-elle avec un reflet de mépris dans l’oeil qui semblait tout au contraire dire : «Qu’est-ce qu’il me veut, ce con ?»Monceau retourna à son siège sous le discret regard reconnaissant de ses voisins plus timides. À peine était-il assis que la Circé de banlieue reprenait à peine plus bas : «Excuse-moi, il faut que je parle plus bas parce qu’il paraît que je gêne… Ouais… Ouais ben, tu sais, y en a toujours des comme ça. Enfin ! Où j’en étais ? Ah ! oui. Philippe… Oh ! je te jure, j’étais trop mal…» « 

 

 

Un mot de l’auteur

« Bien sûr, en choisissant pour titre «Merde à Vauban», je trouvais plaisante l’idée de faire de Léo Ferré, l’auteur de cette inoubliable chanson, un auxiliaire involontaire de la police. Dans le même temps, je voulais également écrire un roman policier inhabituel et placer l’intrigue dans une ville trop peu connue, sans doute l’une des plus belles, Besançon. J’ai pour habitude de donner aux lieux où se déroulent mes romans une grande importance, au point d’en faire un personnage majeur de l’histoire et que celle-ci ne puisse s’envisager ailleurs. Je n’avais pas envie d’en faire un roman noir, ni un polar sanglant, et c’est sans doute pour cela que les premiers lecteurs de «Merde à Vauban» y ont décelé «un humour discret mais toujours présent». Mais surtout, je tenais absolument à écrire un roman policier cohérent, avec une intrigue réaliste et un dénouement sans artifice.Tout cela a donné naissance à «Merde à Vauban». Si en le lisant, vous avez passé un bon moment, avez eu envie de goûter au vin jaune pour accompagner votre comté, si vous avez appris des choses sur Vauban ou sur la Franche-Comté, et surtout si vous avez été étonné par la chute de cette intrigue, vous disant quelque chose comme «Bon sang, mais c’est bien sûr !», alors je serai un auteur heureux. » Sébastien Lepetit. 

 

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6 réflexions sur “Merde à Vauban de Sébastien Lepetit

  1. J’ai découvert les romans de Monsieur Lepetit, alors que je venais d’arriver en retraite en Franche-Comté. Ma libraire m’avait conseillé la lecture de cet « auteur régional »(dixit). Depuis je bénis cette dame. Comment ne pas se prendre d’affection pour ce commissaire bourru, amoureux de sa région, fou de sa ville, pour ce héros à la mauvaise foi attendrissante, au regard vrillant, à la parole à la fois rare et précieuse, pour cet homme qui porte sur les autres un regard sans concession mais toujours humain.
    Et puis, quel marcheur que ce Commissaire Morteau! J’ai mis mes pas dans les siens et j’ai découvert avec Merde à Vauban cette belle cité bénie par les dieux et le Doubs. On entre dans des quartiers peu fréquentés, dans des lieux magiques, on ressent la présence des siècles passés et la trépidante vie d’aujourd’hui. On côtoie des gens sympathiques, froids ou odieux. On s’amuse des travers de nos contemporains, on déguste avec bonheur et sans modération des mets et des vins,
    bref, on vit…
    Quant à « l’enterrement à Ornans » revu par Monsieur Lepetit, c’est un pur délice.J’ai décidé cet été (et j’ai déjà commencé) de suivre l’itinéraire du commissaire Morteau et de son adjoint durant leur enquête: que du bonheur…
    Merci à vous, Monsieur, de ces instants charmants qui mêlent avec art le talent de distraire et celui, plus rare de l’écriture sans concession.

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