Trophée Anonym’us : Maud Mayeras sous le feu des questions

 

Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 21 février 2017

Maud Mayeras sous le feu des questions

LES QUESTIONS DU BOSS

1- N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

S’il n’y avait que du plaisir dans l’écriture, je crois que nous n’y reviendrions pas… L’homme est masochiste, il aime gratter les cicatrices pour qu’elles continuent de saigner longtemps.
J’ai tendance à comparer l’écriture à un sport, il arrive parfois d’en ressortir lessivé, à plat, mais content.

2- Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

Qu’est-ce qui te pousse à boire une bière le soir avec tes potes plutôt qu’une fraise à l’eau ? L’instinct, l’envie d’y revenir, d’aller fouiller plus loin, de pousser les portes, de voir où cela va mener, de refaire le monde ou bien d’en inventer un.
J’ai ce principe qui me tient à cœur depuis des années : Nourrir les monstres sous les lits. Cela signifie « donne du grain à moudre à tes pulsions les plus mauvaises », mais aussi « affronte les monstres planqués, sache qu’ils existent, ne les nie pas et discute avec eux. ».

3- Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

Pas grand-chose. Tout est accessible aujourd’hui, tout le monde est photographe, tatoué, chanteur, écrivain, artiste. Tout le monde peut tenter l’aventure, bien entendu, mais si tu ne ressens pas ce truc au fond, cette chose qui te dévaste, si écrire ne te fais pas plus de mal que de bien, si tu fais ça pour avoir ton selfie avec Begbeider ou Moix, putain, arrête tout. Tout de suite.

4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

C’est un cercle vicieux, on rejoins ta précédente question. Les réseaux sociaux ont tout rendu accessible, la musique (avec MySpace), la photographie (Instagram), l’écriture (blogs innombrables). Tout n’est pas à jeter, loin de là, cela permet d’ouvrir d’autres portes aussi, mais c’est dangereux pour deux raisons à mon sens : on se noie dans ce flot d’information sans ordre d’importance, et on perd notre identité / intimité.

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

Je ne dirais pas que je prends en charge ma communication, j’ai cette chance d’avoir un soutien indéfectible de la part de la maison Anne Carrière. Cependant, je critique ce système de réseaux sociaux dont je suis moi-même addict. En effet, j’y passe des heures, je discute souvent, je ne ferme pas les portes. C’est risqué et cela prend beaucoup trop de temps. Mais ce contact est essentiel pour moi. Il me permet d’avancer, de corriger mon travail, d’apprendre, d’évoluer, de grandir.

6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

On rejoint toujours ce même flot insondable d’informations, de nouveaux venus, talentueux ou pas. Décourageant je ne sais pas, si ça brûle au fond de ton bide, tu continueras à écrire, pas de découragement possible.

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

Haha ! J’ai déjà entendu ça quelque part ! Heureusement, ce n’est pas mon cas, j’entretiens (étrange mais vrai) des relations très saines avec mon éditeur. Certes, il me pousse dans mes retranchements, il me pousse à bout, mais simplement dans le but de travailler mieux. On se creuse parfois la tête ensemble quand le récit couaque, ce sont des journées de brainstorming, mais jamais il ne m’impose ses idées, jamais sa méthode, jamais de diktat, juste de l’échange sain. Incredible, but true.

8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.

Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

Non seulement les femmes sont présentes, mais elles se défendent comme des lionnes. J’entends dire que nous sommes plus tordues, plus sournoises. Qu’on pince là où ça fait mal. En fait je crois que nous nous défendons avec nos armes, on nous a pas donné les muscles alors on fait dans le cérébral. On parle peu de braquage mais beaucoup de torture (mentale souvent).
Etre une femme, c’est manger des hamburgers, c’est insulter son chat, c’est regarder des films d’horreur en demandant encore. Les codes ont changé, Boss. Va falloir t’y faire !

9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

Je trouve le principe génial. Lire à l’aveugle des nouvelles écrites par des auteurs de tout bord. Découvrir sans à priori. Accepter et se faire pulvériser sur place. J’adore.

LES QUESTIONS DE MADAME LOULOUTE

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

C’est un puzzle complexe à 8658 pièces, j’ai construit les bords, c’est déjà pas mal. Il reste la place qu’on lui accorde. Ecrire, ce n’est que l’outil, penser c’est tout le temps.

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

On vit, on mange, on dort, on baise avec nos personnages. De la polygamie mentale. Ca te détraque un peu, forcément.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?

C’était mieux avant, ma bonne dame….

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

Le Livre de Jérémie, Jérémie T LeRoy/Laura Albert (et oui, une femme qui s’est fait passer pour un homme, pour entrouvrir les portes, la bougresse). Difficilement trouvable celui-ci. Une putain de pépite tranchante et abjecte. Chaque phrase fait mal et le récit possède une richesse incommensurable.

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?

J’associe l’alcool à la joie pure, l’écriture à la déchirure. Je ne choisis pas, mais je ne peux faire les deux simultanément

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

S’il-te-plait, c’est pour les chiens ?

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?

Ecrire aide à ne pas tuer sans mobile valable.

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

J’aime piquer la place des people dans la file d’attente pour aller faire pipi.

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

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