Trophée Anonym’us : Michel Douard sous le feu des questions

Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 14 février 2017

Michel Douard sous le feu des questions

LES QUESTIONS DU BOSS

1- N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

Une souffrance mêlée de plaisir. Je suis un fainéant masochiste.

2- Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

Ophélie, mon épouse, parce que j’ai envie de l’épater. Et puis mon masochisme, aussi.

3- Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

Tant que c’est imprimé sur du papier recyclé, ça me va. En ce qui concerne l’auto-édition sur le web, je ne connais pas et je n’ai donc aucun avis sur la question. J’aimais bien l’idée d’auto-production dans la musique, rock notamment, mais est-ce comparable ?

4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

Côté lecteur, j’aime les livres en papier, mais si le numérique peut donner envie de lire à certains, ou permettre à d’autres de lire avec plus de confort, je suis d’accord. Côté auteur et éditeur, faudrait pouvoir continuer à gagner trois ronds…

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative. Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

Les réseaux sociaux, c’est formidable pour garder contact avec les gens formidables que l’on a rencontrés. Faire de la promo dessus, c’est un métier. Je me contente de me la péter un peu sans illusion quant à l’impact.

6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

Je suis un auteur âgé, mais tout neuf dans ce milieu. J’ai plus besoin de conseil que je ne peux en donner… Je me contente d’écrire ce que j’ai envie de lire sans penser à la masse des publications, trop heureux d’avoir (pour l’instant) trouvé un éditeur.

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

J’ai la chance d’avoir un éditeur (Pierre Fourniaud, la Manufacture de Livres) estimé de tous et capable de prendre des risques en publiant hors des sentiers battus. Cependant, j’entretiens avec lui des relations cordiales, mais à distance, et assez épisodiques en dehors des périodes de corrections etc. Cela tient au fait que je ne travaille pas à Paris et que je suis assez casanier.

8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.

Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

Ma bibliothèque est variée (aussi blanche que noire), mais les hommes y sont majoritaires, c’est vrai. C’est comme ça. Cela dit, je lisais Agatha Christie à l’adolescence et j’ai lu trois femmes au mois d’août : Aurore Py, Virginie Despentes et Pascale Fonteneau. Et je me suis régalé.

9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

Parce que tu me l’as proposé, que je me sentais honoré, et que je me voyais mal t’avouer que j’avais la trouille de le faire.

Les questions de Mme Louloute.

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

Il me reste au moins deux heures par jour. J’ai participé à trois salons en trois ans, ce n’est pas chronophage. Côté vie de famille, si les miens ne sont pas dans les parages, ça m’angoisse et je ne peux pas travailler.

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

Oui. Car on décharge nos idées noires sur nos pauvres héros, on se crée une vie parallèle. On a une soupape.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?

On va voir son libraire pour faire le tri (David chez Cultura à Chambray-les-Tours – 37)

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

A la Saint Glin-glin, range-le bien.

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?

Non.

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

Mets du piment plutôt.

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?

Idem. Le réel, ça va bien un moment.

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

Comme je l’ai dit, je n’ai participé qu’à trois salons… J’y allais en reculant, ne m’estimant pas légitime dans ce genre de rassemblement et inquiet d’avoir à tourner autour d’un cercle très fermé. Je me faisais des idées. Auteurs, éditeurs, blogueurs et journalistes : je n’ai rencontré que des gens ouverts, drôles et accueillants. Je n’ai pas d’anecdote, mais des souvenirs de bonnes parties de rigolade. Il y a cependant un malentendu récurrent à mon sujet : les gens pensent que j’ai vendu pas mal pour que mes deux romans soient réédités chez Pocket… je ne fais rien pour rétablir la vérité.

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us. 

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