Trophée Anonym’us : Marie Delabos, sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 24 janvier 2017

Marie Delabos, sous le feu des questions

LES QUESTIONS DU BOSS

1- N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

La souffrance arrive seulement lorsque, persuadée d’avoir écrit un chapitre génial la veille, je m’aperçois en le relisant que c’est bon à jeter.

2- Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

Quelque chose qui veut sortir absolument, qui nécessite de prendre une forme concrète, qui donne envie de connaître la suite.

3- Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

C’est l’heure du DIY ( do it yourself) dans tous les domaines, y compris artistique. Tout le monde s’improvise artiste, écrivain ou musicien, parce qu’on lui permet de le faire. Parce qu’aujourd’hui, les ateliers d’écriture pullulent et qu’on peut faire un livre soi-même sur internet, même gratuitement. Il y a une désacralisation de pas mal de métiers, mais, au fond, ça ne change pas grand chose, si ça permet à chacun de s’exprimer, tant mieux.

4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

Pour moi, c’est un changement positif, l’important lorsqu’on écrit est d’être lu, peu importe la forme. Je suis pour que l’écriture circule et j’aime bien l’idée que la toute puissance des éditeurs soit remise en question, à condition que les droits des auteurs soient respectés.

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

Bien entendu, c’est le seul moyen d’être un peu visible lorsqu’on est pas connu. Cela dit, c’est difficile de trouver l’équilibre entre l’envie d’être lue et le refus de transformer son livre en produit marketing.

6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

Je crois que la part de chance est importante, comme pour toute création, il faut tomber au bon endroit au bon moment, être conscient que, même si le livre est bon, il ne sera peut être pas publié et que, s’il n’est pas bon, il le sera peut être. Donc il faut le tenter, quoiqu’il arrive.

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

Je manque d’éléments pour répondre à cette question.

8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.

Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

En Angleterre, c’est aussi une affaire de femme depuis longtemps, comme en politique. Peut être parce que les Anglais sont moins attachés aux stéréotypes. Peut être aussi que les femmes écrivaient des polars depuis longtemps, mais qu’on ne les publiait pas. Aujourd’hui, il y a des femmes chefs d’entreprise et des femmes qui écrivent des polars…peut être les mêmes?

9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

Parce que tu décolles les étiquettes, tu mélanges les boîtes, tu joues au Memory, ça me plaît. Seul le contenu importe, pas l’emballage. Le lecteur goûte, apprécie, se fait sa propre idée sans être parasité par une belle jaquette ou une photo flatteuse. Ca remet des pendules à l’heure. Et je suis joueuse, j’aime les défis.

LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

Oui, toujours. Elle s’insinue lorsqu’on ne l’attend pas, elle surgit parfois au bout d’un long silence, déclenchée par un mot, une image, un endroit, une odeur. Chez nous, tout le monde écrit, chacun à sa manière, chacun à son rythme, mais toujours curieux du regard de l’autre, de son avis. Un texte peut en entraîner un autre, réveiller une envie de s’y remettre.

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

Bien sûr, puisque tout passe dans le personnage. C’est étonnant comme il peut être jubilatoire de transférer son côté obscur dans une fiction, parce qu’on sait qu’on peut en revenir, qu’il n’y aura pas de conséquences, quoique.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?

Je serai tentée de répondre : au pilon! Mais , au fond, ce n’est pas grave, si ça permet à chaque lecteur d’y trouver son bonheur. Ce qui est plus embêtant, selon moi, c’est que parmi ces 560, beaucoup ne seront pas lus, voire pas vus, étouffés par de plus connus, par de plus promus. Çà, c’est dommage, parce qu’une fois le moment passé, il est trop tard, les livres sont oubliés alors qu’ils auraient pu avoir une chance à un autre moment de l’année.

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

« Extrêmement fort et incroyablement près » de Jonathan Safran Foe. Coup de foudre pour le thème et pour la forme. Traité un peu à la Faulkner dans la liberté du style et le côté immédiat, très instinctif du personnage, qui révèle l’histoire par bribes suggestives. Pour la forme, inattendue, qui fait penser à Apollinaire lorsque le texte se transforme en dessin ou se réduit à l’essentiel jusqu’à laisser quelques pages presque vierges au centre du livre. Et l’histoire bien sûr, qui flotte entre un réel ultra violent et un imaginaire foisonnant.

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?

Non, quoique, en ce qui me concerne, l’alcool n’aide pas.

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

Les couleurs de la musique, ou la musicalité des couleurs, rythmes, lignes, finalement on en sort pas.

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?

Peut empêcher de mourir.

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

Une femme, l’année dernière, qui avait lu « La falaise » avant qu’on se rencontre et dont l’histoire ressemblait à celle du livre, me dit «  Je ne pleure pas, c’est comme ça. Je ne sais pas pleurer, je n’ai jamais pleuré…jusqu’à ce que je lise votre livre. »

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

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