Rencontre avec Leila Slimani à la Griffe Noire

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Vous n’avez pas pu passer à coté du dernier roman de Leïla Slimani, une chanson douce.

Non, cela a été un des romans de la rentrée littéraire de septembre. Et en plus il a remporté le prix Goncourt en novembre.

Aussi, je l’ai acheté. Non pas parce qu’il a le Goncourt, non je l’ai acheté avant car son intrigue me plaisait.

leilaChanson douce

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Alors quand la Griffe Noire a proposé une rencontre avec cette auteure que je ne connaissais pas, je n’avez pas lu son premier roman   » Dans le jardin de l’ogre » qui lui aussi avait eu les éloges de la presse, j’ai prix ma fin d’apres-midi pour m’y rendre.

J’ai vraiment bien fait car cette jeune femme de 35 ans est surprenant.

Mère de deux enfants et féministe revendiquée, Leïla Slimani est née, le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc,  d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain.

Elle a reçu une éducation progressiste.

«Nos parents nous ont toujours dit, à mes sœurs et à moi, que notre corps nous appartenait, qu’on avait le droit d’en disposer comme on voulait,. Et, en même temps, qu’on n’avait pas le droit de se promener avec un homme. Allez comprendre.»

Avec beaucoup de pudeur, elle évoque la place qu’avait la religion au sein des différentes générations de sa famille.

« Chacun pratiquait de manière intime sa religion. Ma grand-mère était catholique et, en même temps, elle respectait l’islam, elle a même fait le pèlerinage à La Mecque. À Noël, mon grand-père musulman se déguisait en Père Noël, juché sur un âne. Et il jurait en arabe pour le faire avancer« , glisse-t-elle.

A la question , comment vous ai venu l’idée de Chanson douce ?

Notre auteur nous confie  être une «grande lectrice de faits divers». Elle a découvert  un entrefilet  dans la presse . Une nounou portoricaine avait, aux Etats-Unis à New York,  assassiné les enfants qu’elle gardait. Et elle n’avait jamais su expliquer son geste. « Je n’avais plus qu’à transposer l’histoire à Paris. »

 

« Chanson douce raconte le rapport de la nouvelle bourgeoisie française à la lutte des classes, cela parle de l’opacité de la folie humaine, J’en profite aussi pour revenir sur quelques souvenirs d’enfance. « 
« J’ai grandi au Maroc, qui est un pays où on a encore des nounous à domicile, mais aussi des gens qui travaillent et vivent chez vous. Cette façon d’être à la fois des intimes et des étrangers, cette place à l’écart, m’a beaucoup interrogée. Souvent, j’ai assisté à des situations qui m’ont brisé le cœur. Je voulais explorer ce terreau d’humiliation possible, sans dire que c’est une explication possible du meurtre – je n’y crois pas.»
« On ne sais  pas grand-chose de la vie de nos nounous. On ne veut pas qu’elle apporte ses problèmes, et éventuellement sa douleur chez nous, qu’elle les fasse peser sur nos enfants. Mais en même temps, on ne peut pas s’empêcher d’installer une intimité avec cette femme qu’on paie aussi pour aimer nos enfants ! Il y a forcément de l’affection dans cette relation, c’est ce qui crée tant d’ambiguïtés. »
 » Ce qui est sûr, c’est que les parents infligent parfois, sans le vouloir et sans le voir, beaucoup de cruauté à la personne qui garde leurs enfants. »
« L’écart de niveau de vie entre la famille et la nounou peut nourrir le sentiment d’une grande injustice, une colère et même une haine d’une grande violence. »

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A la question, peut-on dire que vous être une auteur féministe? Leila Slimani répond oui avec grande conviction.

« L’inégalité entre les homme et les femmes est la première des inégalités. De celle-ci découlent toutes les autres »
« Je suis née au Maroc. J’y suis retournée comme journaliste. Ma liberté que j’ai gagnée ici, je ne me sentais pas de la perdre en retournant vivre là-bas. »
« Etre un homme au Maroc, c’est très compliqué, et être une femme, c’est compliqué puissance dix. »
« Aujourd’hui, je ne veux pas avoir peur parce que je porte une jupe dans la rue, parce que je monte seule dans un taxi ou parce que je fume une cigarette pendant le ramadan. Il y a une intrusion constante des autorités dans l’intimité des femmes, une immense confusion entre vie privée et vie publique. Je n’ai pas envie d’élever mon enfant dans un pays où vous pouvez aller en prison parce que vous avez avorté ou parce que vous êtes homosexuel. »
« Aujourd’hui aussi on France, on fait peser le poids de nos traditions au femme. On culpabilise une mère qui veux garder son indépendance financière en travaillant. « 
« Cette histoire témoigne aussi de la souffrance des mères à laisser leurs enfants. On occulte cette souffrance. Pour que les femmes aillent travailler à l’extérieur, il faut que des gens gardent leurs bébés »
« Et puis, à partir du moment où l’on est mère, on n’est plus jamais entièrement quelque part. On se sent tout le temps incomplète et jamais à sa place. Et on se trouve culpabilisée par des gens dont on n’imaginait pas qu’ils nous feraient ressentir pareil sentiment. Ma propre mère me demande : « Il est avec qui, ton fils ? » Et quand je lui réponds : « Avec son père », elle m’assène un « Oh, le pauvre, tu l’as laissé tout seul ! » Pourtant, elle a été l’une des premières femmes médecins du Maroc, j’ai beaucoup de souvenirs où elle n’était pas à la maison mais elle l’a complètement oublié ! »

 

Bientôt devrait sortir un nouvel ouvrage de Leïla Slimani : Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc aux éditions Les Arènes.

Une enquête sur la sexualité des jeunes au Maroc et le malaise d’une société écartelée entre le sexe dans le mariage accepté socialement, et les pratiques sexuelles hors mariage ou hors la loi qui sont niées, notamment la prostitution, l’homosexualité, le tourisme sexuel. L’auteure dévoile la volonté des jeunes Marocaines de libérer leur corps de cette soumission sociale et de sortir des tabous.

« Alors que j’étais en promotion au Maroc, une femme est venue vers moi et c’est confié à moi, avec une parole libérée. Elle m’avait jamais parler de sexualité avec quelqu’un m^me pas ses amies. Nous sommes rentrée en intimité l’une l’autre, nous racontons, nous écoutons sans nous connaître »
« Au Maroc, une femme n’a pas le droit d‘avoir des relations sexuelles hors mariage : elle doit être soit vierge, soit mariée, c’est tout. Mes parents étaient progressistes, ils nous ont toujours dit, à mes sœurs et à moi, que notre corps nous appartenait, qu’on avait le droit d’en disposer comme on voulait. Et, en même temps, qu’on n’avait pas le droit de se promener avec un homme ! Allez comprendre… Moi, il m’est arrivé, à 17 ans, de me faire arrêter par des flics, parce que j’étais dans une voiture avec un garçon ! Et on te traite de prostituée. »
« les filles qui vivent dans des bleds paumés sont en situation de danger constant. Elles ne peuvent pas déposer plainte si, par exemple, on les a violées ou violentées. Comment peut-on être une personne à part entière quand votre corps ne vous appartient pas ? Il appartient à votre père puis à votre mari. Il faut revendiquer le droit de n’être la femme de personne. »
« Les féministes marocaines se battent pour l’éducation, le travail, l’avortement. C’est trop dangereux d’aborder le problème de la sexualité. Tout de suite, on les accuse de vouloir transformer le pays en bordel. »
Alors oui, je suis une écrivaine féministe et je suis féministe, peut-il en être autrement »

 

L’après midi c’est terminer autour d’un verre de vin et de quelques petits fours et d’une scéance de dédicaces et de photos

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Convaincue par ces propos, j’ai acheté aussi le premier roman de Leïla. J’en ai profité pour faire signé mon exemplaire de Chanson douce et pour en acheter un autre pour une amie. En plus, vous pourriez vous aussi lire bientôt cette auteure car vous pourrez gagner son premier roman sur notre blog pour son proche anniversaire.

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