Ces dames du noir 12 (épisode 2) : Papotages entre une éditrice et une bibliothécaire.

Bonjour à tous,

Allez, on retrouve Véronique Ducros, notre éditrice passionnée d’Au-delà du raisonnable

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Rappelez vous la semaine dernier notre entrevue se finissait comme cela :

GVL : Véronique, que recherches-tu chez les auteurs que tu vas éditer ?


VD : La singularité de leur place dans le paysage éditorial justement. Idéalement, cette singularité s’exprime autant par leur style que par l’angle choisi pour raconter l’histoire et aborder le sujet. Du noir humaniste, je dirais que c’est la tendance de notre catalogue. Dans des genres codifiés comme le roman policier ou le thriller, il est à la portée de beaucoup d’auteurs au savoir-faire très sûr d’exécuter avec aisance la recette du « bon polar », du « bon thriller »… La production de littérature française est pléthorique, inutile d’y ajouter un roman « de plus » au volume.

Et si vous n’avez pas lu la première partie, retrouvez là ICI

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 Et bien elle reprend comme cela !

Alors bonne découverte à vous ami(e)s lecteurs zé lectrices

 

GVL :Que pense-tu de l’évolution du roman noir/policier et thrillers en ce moment ?

VD : Aujourd’hui, le noir ouvre largement et sans cesse des frontières arbitrairement définies, dans un temps où la littérature dite « blanche » est plutôt en mode défense de son territoire. Le noir est une littérature qui portraitise les sociétés, les communautés humaines, leurs points de souffrance, leurs déviances et leur humanité. Actuellement, on trouve de plus en plus de romans écrits par des flics. Sans parler de leur valeur littéraire ni mettre tout le monde dans le même sac, j’y vois cependant une « droitisation » du polar, qui s’exprime dans une narration, un peu sale, un peu trash, de la violence autorisée, celle de la répression, de l’action et de la réaction. Une banalisation de l’extrême violence… C’est un effet de l’époque qui ne m’attire pas. L’extrême violence sociale, la guerre psychologique, la manipulation, la désinformation, la pollution, des mille violences ingrédients du polar s’exercent souvent sur les sans-voix, les sans-pouvoir, les victimes, y compris celles qui ont du sang sur les mains. Les thrillers focalisent sur le coupable et ses seules épaules, le roman noir dézoome davantage. Le talent de l’auteur et le souffle de son écriture font tout et explosent les barrières des genres sans les renier. Le Goncourt à Pierre Lemaître, ce n’aurait pas été envisageable il y a quelques années. C’est une bonne évolution.

  

GVL : Et quels sont tes écrivains préférés et cinq romans que tu nous conseilles ?

 VD : Pff il y en a trop… franchement, demain, je dirai autre chose et la semaine prochaine encore autre chose : Trumann Capote avec De Sang-froid, Robert Harris avec Fatherland, Jean Potocki avec Manuscrit trouvé à Saragosse, Carlos Ruis Zafon avec L’ombre du vent, Frédéric Dard et Dostoïevski… Et que crois-tu que je vais conseiller : tous les romans et auteurs du catalogue Au-delà du raisonnable 😉 Sans exception, ils sont tous uniques dans leur genre.

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  GVL : Peux-tu me dire comment tu vois l’avenir de ton métier en général ? Quelles évolutions ?

VD :  Des évolutions des pratiques qui ne changeraient pas le cœur de métier de l’éditeur mais pourraient améliorer l’équilibre de l’éco-système éditorial, j’en imagine sans mal. Si je vois l’avenir rose, on va assouplir les contraintes de la loi sur le prix unique du livre, mieux ventiler le prix du livre entre les partenaires de la chaîne économique du livre, notamment en créant des structures de diffusion adaptées aux tailles des structures éditoriales (distribuer rapporte plus que créer, je ne m’y ferai jamais, mais ce n’est pas comme si j’avais le choix). Voilà, on normaliserait tout ça en allant prendre les bonnes idées chez nos voisins européens, et en évitant les mauvaises idées… C’est un métier assez dur et je pense qu’il le sera toujours. Parfois, j’ai du mal à entendre certains libraires français se poser en champion de la gestion du risque : plus d’achat ferme et la faculté de retour de « produits » impérissables, y a pire.

GVL : L’avenir du livre en particulier ?

VD :  Au-delà du raisonnable n’est pas une industrie de l’édition. Je n’ai pas les moyens structurels de mener une étude sérieuse et surtout utile sur l’avenir du livre ou de l’objet livre (ce qui n’est sensiblement pas la même chose). Nous, on publie des histoires et les histoires existeront toujours ainsi que ceux qui les lisent. C’est vrai qu’il y a de moins en moins de lecteurs, mais, étrangement de plus en plus de gens qui écrivent. L’objet livre en lui-même est assez… accessoire, en ce qui concerne le roman. Je ne suis pas une fétichiste du papier. Je ne suis pas accro aux écrans. Je suis fan des œuvres de l’imaginaire qui racontent la réalité mieux qu’elle ne le fait elle-même. Films ou livres.

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GVL : Véronique, quelle est ta position par rapport au numérique ?

VD :     Quels que soient le support du texte –papier ou numérique – et la taille – grand format ou poche –, lire est une activité vitale, nourrissante, intemporelle, pacifique ! La technologie développe les supports, tant mieux, nous continuons à travailler l’imaginaire, les idées, l’ouverture au monde. Chaque fois qu’un lecteur, qu’il soit blogueur ou promeneur dans un salon, vient nous rencontrer, nous ne parlons jamais du support sur lequel il a lu ! Ce n’est pas un problème d’éditeur (la majorité d’entre nous maintenant, je crois, fait fabriquer ses titres en papier et en numérique, sauf gros blocage). C’est un problème pour ceux qui pensent les perspectives économiques à plus long terme. Les éditeurs centrés sur la création littéraire contemporaine produisent, perdre de l’énergie à lutter contre l’eau qui monte ne fait pas partie de mes combats.

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GVL : Dis moi…As-tu participé à des concours, des prix ; à organisation d’un salon? As-tu étais jurée ? Participé à des émissions radio, TV, interviews… Si oui pour qui, pour quel prix, quel média… et pourquoi ?

Véronique : Tous mes auteurs ont eu des prix, Laurence Biberfeld le prix Émile-Guillaumin et le prix roman France bleu des libraires indépendants catégorie Roman avec La meute des honnêtes gens ; Avec Ce que vit le rouge-gorge, elle a été finaliste du prix Hors Concours, créé cette année. C’est un super prix dédié à l’édition indépendante, celle qui n’a aucune chance de passer les sélections des grands prix historiques que se partagent les grosses maisons. Le Goncourt des indépendants. Elena Piacentini a remporté les prix Calibre 47 et Soleil noir avec Le cimetière des chimères, elle a été finaliste du prix des Lecteurs de Quais du polars/Vingt Minutes et celle du Grand prix de littérature policière avec Des forêts et des âmes, Gildas Girodeau a eu le prix virtuel du polar avec La paix plus que la vérité… Faut aller sur le site des éditions, sinon le lecteur va décrocher là ! L’organisation d’un salon, c’est un projet, mais encore lointain. Non, je n’ai jamais fait partie d’un jury. Pas de télé. Des interviews radio, presse, sites, blogs, institutionnels, des tas d’interviews… Une page dans Match, mon ancienne famille… Pourquoi participer, se montrer, communiquer ? Parce qu’on me le demande, parce que tout ce qui donne de la visibilité à notre catalogue est précieux, parce que c’est un plaisir de parler de ce que nous faisons avec plaisir. Parce qu’il n’y a pas que les blockbursters qui doivent tenir toute la place. Les excellents livres sont partout, chez les petits, les moyens et les grands éditeurs.

 

addr$GVL : Une anecdote à nous raconter ?

VD : Plutôt un coup de gueule.

 GVL : Cela tombe bien, c’était un question suivante.

Donc…Un coup de gueule à lancer ?

VD : Oui…

Au dernier salon du livre de Paris, Valérie Pécresse, nouvelle présidente de Région, est venue faire un speech devant la centaine d’éditeurs indépendants et le libraire du stand Île-de-France : «Le problème principal pour l’économie du secteur, c’est la vente en ligne des livres », dit-elle. C’est un problème pour les librairies physiques, qui sont une partie du secteur, celle qui a une vitrine. On nous dit que les livres achetés en ligne le sont par des clients qui ne les auraient pour la plupart pas achetés dans une librairie physique, c’est le cas certainement le cas comme pour un tas d’autres achats en ligne. Le secteur économique se porterait mieux si Amazon payait ses impôts à l’État français sur son chiffre d’affaires réalisé en France, il se porterait moins bien si Amazon ne vendait pas de livres. Les livres se vendent, sont lus, prêtés, rendus ou pas, rachetés, offerts, si on défiscalise le plus gros vendeur de France, c’est tous les libraires, les éditeurs, les auteurs, tout le secteur qui est maintenu faible économiquement. Faible tout court. Après cette phrase de la présidente de Région et sans écouter le reste, on a tous convergé vers le buffet pour aller se bourrer la gueule en laissant la nouvelle présidente de Région finir son laïus dans le vide. Mais, pour la première fois, il n’y avait pas de champagne, pas la moindre bouteille de pif sur le stand Île-de-France : la Région n’avait pas assez de budget. On n’avait été prévenus en réunion de préparation « D’ailleurs, si vous voulez amener une bouteille », nous avait-on dit. Sans rire.

 GVL : C’est ton dernier mot ?

VD : Ah ben non ! Pas « sans rire » ! Je ris tout le temps et, en plus, je n’ai jamais de dernier mot : après avoir dit mon dernier mot, je pense toujours trop tard à ce que j’ai oublié de dire, que je voulais absolument dire. Je me méfie du mot dernier comme de la peste. Alors, s’il te plaît, Geneviève, ne me torture pas. Le dernier mot, je te le l’offre bien volontiers.

GVL : Ok alors ces derniers mots seront pour te remercier, Véronique, pour ces petites confidences, pour le temps que tu m’as consacré et pour ton rire et tes sourires. Merci pour ce beau moment de partage.

Voilà ce petit interview est terminer. J’espère que comme moi, vous avez appréciez cette rencontre avec Véronique et que vous allez avoir la curiosité d’aller voir le catalogue des éditions d’Au-delà du raisonnable.

Avouez, avec un nom pareil, Au-delà du Raisonnable, ça  laisse entrevoir de belles choses et ça fait rêver.

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Au-delà du Raisonnable c’est ICI

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