Trophée Anonym’us : Olivier Chapuis sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 3 janvier 2017

Olivier Chapuis sous le feu des questions

LES QUESTIONS DU BOSS.
1- N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
L’écriture sans souffrance ne me semble pas possible, ou alors je m’y prends mal J’éprouve beaucoup de plaisir, mais je doute, j’angoisse à l’idée de ne pas arriver à ce que je veux, de ne pas trouver les bons mots, le bon ton, et que mon texte soit refusé par mon éditeur… Et ça remue intérieurement, l’écriture. Les auteurs qui disent n’éprouver que du plaisir mentent ou ne creusent pas assez profond en eux.
2- Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
Le besoin de me comprendre, de comprendre un peu le monde qui m’entoure et l’envie d’aller mieux – on peut dire que c’est une sorte de thérapie.
3- Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?
Ma voisine n’écrit pas  D’un côté, je trouve bien que tout le monde puisse écrire, c’est quand même important de savoir écrire dans notre société. D’un autre côté, il est de plus en plus difficile de trouver un éditeur et de creuser son trou dans le monde littéraire. Chacun croit avoir quelque chose de génial à raconter, et sincèrement chacun le pense, mais peu savent donner un ton, une forme originale à leurs histoires.
4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?
Les réseaux sociaux permettent aux auteurs de mieux se connaître entre eux, de s’organiser, de communiquer – à une certaine époque, du moins en Suisse romande, chacun écrivait dans son coin et se croyait meilleur que l’autre. Quant au numérique, pour avoir publié deux romans et un recueil de nouvelles sur ce support, je peux dire qu’en Europe, ce n’est pas le Pérou (si j’ose dire ) Les gens sont attachés au livre, dans les salons le numérique est difficile à présenter, bref je crois que l’avenir est dans le livre, le vrai.
5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative. Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
En Suisse, les auteurs sont obligés d’effectuer leur part de travail parce que les éditeurs n’ont pas les moyens de se battre sur tous les fronts. Prolonger le travail de l’éditeur est donc une évidence. De toute manière, l’écrivain qui écrit puis se tourne les pouces n’est plus crédible aujourd’hui.
6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
Persévérer, écrire, écrire encore, trouver un style, un ton, puis écrire encore, et lire, lire, lire. C’est tout ? Oui, pour le moment 
7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
En Suisse, la plupart des éditeurs sont directeurs de collections, chercheurs de fonds, attachés de presse et lecteurs de manuscrits en même temps. J’entretiens de très bonnes relations avec mes deux éditeurs suisses et mon éditeur français, mais je sais qu’avec d’autres ça ne fonctionnerait pas. J’en connais un qui accepte un manuscrit, effectue tout le travail avec son auteur, prépare le service de presse, la couverture, la quatrième, puis annonce que finalement le livre ne verra pas le jour faute d’argent… On a parfois envie de sortir le fusil à pompe 
8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
La femme est un homme comme les autres  Plus sérieusement, chacun a une part de violence en lui et l’extérioriser dans un texte, noir ou non, n’est pas une affaire de sexe. Femmes et hommes peuvent écrire des horreurs, nouer des intrigues, tuer quelqu’un. Ces dernières décennies, la femme a conquis le droit de vote (en 69 pour la Suisse), est sortie de sa cuisine et entamé des carrières professionnelles dignes de n’importe quel mec. Il est donc logique qu’une certaine égalité naisse aussi en littérature policière. Je lis peu de polars ou romans noirs, mais Mo Hayder a ma préférence – ou Ruth Rendell, dans un autre style.
9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
J’aime les concours littéraires, et l’idée de me retrouver autant avec des inconnus qu’avec des pontes du roman noir m’a surmotivé.
 
LES QUESTIONS DE MADAME LOULOUTE.
1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?
J’ai réglé le problème : je bosse peu en dehors de l’écriture, je n’ai pas de famille. Salons et dédicaces font partie du job d’écrivain et contribuent à nourrir mon écriture (mais pas mon estomac). Le reste de mon temps, c’est sport et écriture 
2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
Une pinte de Guinness et ça repart 
3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
Nulle part. C’est beaucoup trop, et ça rejoint ce que je disais à propos de tous les gens qui croient qu’ils ont une bonne histoire à raconter : vouloir écrire, c’est bien, mais vouloir publier à tout prix, est-ce vraiment nécessaire ?
4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.
S’il pleut à la saint Grégoire, ce livre restera dans les mémoires.
5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
L’écriture déshydrate, c’est une évidence 
6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
Trop de sel fait monter la pression sanguine
7- Lire aide à vivre. Et écrire ?
À survivre
8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
Comme tous les auteurs, ou presque , je suppose, j’ai vécu quelques galères lors de ces salons de brousse organisés dans des coins perdus, entre une zone industrielle et le parking de Conforama. Ce jour-là, un samedi, nous étions environ quarante écrivains, babas de n’avoir que quinze visiteurs durant la journée, dont quatre dames venues jouer au scrabble comme tous les samedis. Elles se sont installées au fond de la salle et ont commencé leur partie. À aucun moment elle n’ont levé le moindre œil sur nos livres, même pas en partant. Comme râteau littéraire, je n’ai jamais fait mieux…
Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.
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