Ces dames du noir 12 (épisode 1) : Papotages entre une éditrice et une bibliothécaire.

Souvenez vous, il y a 6 mois je buvais un verre avec Véronique Ducros, la fondatrice des Éditions Au-delà du raisonnable. Et nous avions eu une petite conversation qu’il nous a fallu interrompre.

Installées devant nos verres, je fais à Véronique une proposition indécente…

– « J’aimerai, Véronique, que tu sois une de mes dames du noir ? »

-« Tu m’expliques ? Une de tes dames du noir… »

« oui, c’est un sorte d’interview, plutôt un entretien, tu vois, plus une conversation entre une bibliothécaire et une éditrice par exemple !

-« Ok me dis Véronique, tu veux quoi ? »

-Ben tout, enfin comment t’es venu l’idée de créer une maison d’édition, quand est-elle née, Pourquoi s’appelle-t-elle ainsi ? Et qui es tu ? enfin tout cela, tout cela…..

Et Véronique d’embrayer.

Et ça donner ça une petite conversation entre elle et moi

Mais comme nous n’avions pas fini notre papotages, nous aimerions vous en faire profiter maintenant .

Allez c’est parti pour le 2e opus :

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GVL :       Pourrais-tu te présenter brièvement. D’où viens-tu ?

Véronique Ducros :       Je suis née à Toulouse. Ensuite, je n’ai pas arrêté de bouger mais je vis à Paris depuis plus de vingt-cinq ans. Je sais et je sens mieux où je suis que d’où je viens.

 

GVL :  Quelle place avait la lecture dans ton milieu familial.

VD : Une activité régulière de mes parents qui lisaient des choses différentes, mon père des essais, des biographies, ma mère de la littérature française, allemande… Moi enfant, des bibliothèques : des roses, des vertes, des rouge et or puis vers à la pré-adolescence des Frison-Roche, des Barjavel, Le Grand Meaulnes et L’Arrache-cœur… J’en ai toujours lu des tonnes. Je me souviens avoir lu trois fois de suite Les Mal-Partis, de Jean-Baptiste Rossi, le vrai nom de Japrisot que l’allais tant aimer plus tard.

 

GVL : Comment appréhendait-on le livre chez toi ?

VD :     Deux chaînes de télé, pas d’ordi… on appréhendait rien : il y avait des maisons où il y avait des livres et d’autres non. Dans la mienne, il y en avait, il en arrivait par la poste quand nous habitions la campagne. On les prenait ou on ne les prenait pas, moi je les prenais. Lire, c’était comme marcher pour aller d’un point à un autre, se mettre à table pour se nourrir.

 

GVL :    Quelle a été ta formation ? 

VD :    Foutraque : bac philo-latin-grec, étudiante à sciences-po dilettante, et danseuse professionnelle. Puis libraire deux ans chez France Loisirs, avec une voix au comité de lecture et des tas de fiches de lecture à mon actif… Ensuite, j’ai été pigiste dans un nombre incalculable de canards, avant de me poser définitivement à Paris Match. Lorsque j’en suis partie, j’étais secrétaire générale de la rédaction, chef d’édition pour faire simple.

 

GVL   Ton boulot, vocation ou bien ?

–       Non, c’est le fruit d’un questionnement à un moment de ma vie : j’ai choisi de quitter mon journal et obtenu de bonnes conditions de départ. À partir de là, j’avoue que la liberté m’a rendue ivre, avec le sentiment que je pouvais tenter ce que je voulais. Donc je me suis posé la question, luxueuse : qu’est-ce que tu veux ? Paf, tu te réponds et paf ! tu le fais ! Elle est pas belle la vie ? J’ai fait bien attention à ne pas aller me faire décourager par mes futurs confrères éditeurs : les obstacles, on ne les saute jamais mieux que lorsqu’on y est obligé. Passer de Lagardère Active à one-man-company, c’est l’aventure professionnelle qui m’attirait le plus.

 

GVL :     Pourquoi le polar ?

VD :   Encore une histoire de liberté. En presse écrite, la tendance, depuis de (trop) nombreuses années, est au raccourcissement des textes, à l’abandon des longues enquêtes, du travail de fond et d’analyse journalistique, à la couverture de l’événement dans l’immédiateté, sans recul. Les patrons de presse ne sont plus les patrons, ce sont les groupements d’industries et leurs annonceurs. Bref tous les champs de l’écrit se sont rétrécis et l’auto-censure règne en maître. La littérature est un art, et comme tous les arts un média libre, et la littérature qui parle du versant noir monde, c’est le polar… Je sens que là, on va chipoter sur la définition de polar, ce que c’est que la littérature noire… C’est de la littérature !

 

GVL :     Tu lis tous les jours du polar ? Sous qu’elle forme ?

VD :   Je lis tous les jours (et les nuits) et je ne lis que des romans noirs ! Non, je fais des exceptions, mais ce n’est pas le sujet. Et comme – tu vois ? je le savais ! (voir ci-dessus) – ça peut paraître réducteur, je tiens à préciser que, pour moi, très peu de choses n’entre pas dans cette catégorie du  “noir” : les autofictions, le récit sentimental, la chick-lit…, on a si vite fait le tour des nombrils. Je lis des livres papier, grand format ou poche, et les manuscrits que je reçois sont pour la plupart des PDF, je les lis sur tablette.

 

GVL : Combien par semaine, par moi, par an…

VERONIQUE  :   Trois, quatre par semaine, je dirai… hors la lecture des manuscrits qui nous sont envoyés aux éditions – un demi-millier par an (mais moins d’un tiers est sélectionné pour une lecture intégrale par un comité de lecture de quatre personnes).

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GVL : Comment on décide de devenir éditrice ?

VD : Je cherche les livres que je rêve de lire avant tout le monde. La lectrice Alpha ! Ensuite, je me projette le plaisir des futurs lecteurs qui vont le découvrir, je les envie d’avoir encore ce plaisir devant eux. Je suis une lectrice à la fois exigeante et enthousiaste, bon public. Tu vois, je ne cache rien, je te livre la réponse avant d’y appliquer le bel habit de la démarche intellectuelle qui va bien. Tu apprécies ? Ou tu veux que je te joue la version Saint-Germain-des-Prés ? Plus sérieusement, participer à la résonance d’une œuvre littéraire avec son époque est passionnant. J’ai décidé depuis l’enfance de ne faire que des boulots passionnants (je n’ai pas toujours réussi, mais j’ai toujours essayé)…

 

GVL : C’est quoi le métier d’éditrice ?

VD : Souvent, on se gargarise avec cette idée que les éditeurs sont des passeurs. Mais dans la chaîne du livre nous le sommes tous un peu, entre l’auteur et le lecteur, tout au long du chemin, diffuseurs, journalistes, bibliothécaires et libraires. Les vrais passeurs pour moi ce sont les bibliothécaires et les libraires qui parlent des livres et persuadent avec pertinence des lecteurs dont ils connaissent les goûts. L’éditeur, c’est plutôt un défricheur, un maïeuticien… et un gestionnaire (il le faut).

 

GVL : Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?

VD : C’est la direction littéraire, la maïeutique, la taille du diamant. C’est le travail éditorial en duo auteur-éditeur, répondre à ce besoin-là, si l’œuvre ou l’auteur le demande. C’est une phase durant laquelle ce duo a conscience du chemin qu’il fait parcourir au roman vers le lecteur.

 

GVL : Comment on décide d’éditer tel titre plutôt que tel autre ?

VD :  Dans le cas de la direction d’une petite structure éditoriale comme Au-delà du raisonnable, c’est hyper simple. Mon réflexe, mon envie et mon prime enthousiasme ne sont pas parasités par les raisonnements marketing, stratégiques et financiers. Le stade de la lecture de manuscrits est le stade du flair. Si tu savais comme c’est bon !

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Ensuite bien sûr, nous menons une réflexion sur la cohérence avec notre ligne éditoriale. La construction du catalogue exige que nos titres défendent un esprit singulier. Chaque éditeur indépendant développe la richesse du paysage éditorial. Il le développe à la condition que ses livres soient bien diffusés et bien distribués. Et pour qu’ils le soient, il faut convaincre un bon diffuseur. Ce sont eux qui nous choisissent, pas nous. Et accroche-toi quand tu débarques de nulle part et que tu apprends en faisant. Et, enfin ! Au-delà du raisonnable travaille à partir du 1er janvier avec Harmonia Mundi (ici les limites de l’écrit, tu ne me vois pas danser d’excitation !!!). Le 5 janvier 2017, sort Aux vents mauvais, d’Elena Piacentini qui poursuit sa série qui monte, qui monte, qui monte. Le succès de ses polars se confirme, celui-ci est le septième, nous allons reprendre les premiers qui sont épuisés. Pocket nous suit, bref, ce programme 2017 va être un vrai bonheur pour moi : un nouveau Laurence Biberfeld, une fable de politique-fiction jouissive, à la Frédéric Dard, un thriller de Gildas Girodeau, un polar caustique de François Thomazeau, l’occasion aussi de remettre en vente un ou deux petits bijoux de nos débuts, sortis à l’époque dans l’indifférence générale. Un chouette projet de livre photo, et, j’espère un nouvel auteur étranger… Ah, mais je déborde sur 2018, là…

 

GVL : Que recherches-tu chez les auteurs que tu vas éditer ?


VD : La singularité de leur place dans le paysage éditorial justement. Idéalement, cette singularité s’exprime autant par leur style que par l’angle choisi pour raconter l’histoire et aborder le sujet. Du noir humaniste, je dirais que c’est la tendance de notre catalogue. Dans des genres codifiés comme le roman policier ou le thriller, il est à la portée de beaucoup d’auteurs au savoir-faire très sûr d’exécuter avec aisance la recette du « bon polar », du « bon thriller »… La production de littérature française est pléthorique, inutile d’y ajouter un roman « de plus » au volume

 

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Voilà c’est fini pour ce premier opus, mais vous êtes surement comme moi et vous être impatient de connaître la suite. Alors à très vite sur collectif polar pour notre deuxième épisode Au-delà du Raisonnable où Véronique tiendra encore la vedette.

Et puis pour vous faite patienter, vous pouvez demain, si vous êtes à Paris allez à la rencontre de notre éditrice et d’une de ces auteurs , Elena Piacentini. Elles seront toutes les deux présentent pour la sortie nationale du 7e opus des aventures du commandant Léoni.

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Elena Piacentini, une voix singulière !
Son septième roman « aux vents mauvais » (Éditions Au-delà du Raisonnable) sortira en librairie le jeudi 5 janvier 2017.

Alors à très vite !

 

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7 réflexions sur “Ces dames du noir 12 (épisode 1) : Papotages entre une éditrice et une bibliothécaire.

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