Deep winter de Samuel W. Gailey

 dwLe livre : Deep winter de Samuel W. Gailey. Traduit de l’américain par Laura Derajinski. Paru le 28 août 2014 chez Gallmeister dans la collection Noire.  23 €40 ; (314 p.) ; 21 x 14 cm.

dwRéédité en poche en 2016 toujours chez Gallmeister dans leur collection Titem

 4e de couv : 

Deep winter

Danny ne sait pas quoi faire du cadavre qu’il vient de découvrir le soir même de son anniversaire. Ce corps, c’est celui de Mindy, sa seule amie dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie. Depuis la tragédie survenue dans son enfance qui l’a laissé orphelin et simple d’esprit, tous les habitants de Wyalusing méprisent Danny, le craignent et l’évitent. Immédiatement l’adjoint du shérif, un homme violent et corrompu, le désigne comme l’assassin, et tout le monde se plaît à le croire. Mais Danny n’est pas prêt à se soumettre. En quelques heures, l’équilibre précaire qui régnait jusqu’ici chavire. Commence alors une chasse à l’homme au coeur des bois alentour. Le shérif, son adjoint et les frères de la victime qui viennent en renfort se lancent dans une course éperdue dont personne ne sortira indemne.

Capturant vingt-quatre heures d’une journée des plus noires dans l’Amérique des laissés-pour-compte, ce premier roman doté d’une puissance d’évocation à couper le souffle expose la violence qui gît sous l’eau qui dort.

Magnifiquement écrit et incroyablement dérangeant.
The New York times

dw L’auteur : Samuel W. Gailey  a grandi à Wyalusing au nord-est de la Pennsylvanie, population 379.  Deep Winter. Producteur et scénariste réputé, il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs. Il vit à présent à Los Angeles avec sa fille et sa femme, Ayn Carrilo-Gailey, également écrivain.

 

 

Extrait :
 « Sa mâchoire pendait, ouverte comme la porte cassée d’une boîte aux lettres – ça faisait trop mal d’essayer de la refermer. Et sa langue, à présent épaisse et boursouflée, emplissait sa bouche comme une saucisse gonflée. A chacun de ses pas, il sentait bouger quelques dents. Le vent soufflait plutôt fort dans les sous-bois, Danny courbait les épaules en se frayant un chemin dans la neige (…) (…) Danny tomba à genoux, écrasa la neige sous lui et se mit à pleurer. Ses larges épaules tressautèrent, agitées de violents frissons lorsqu’il laissa échapper ses sanglots. Il pleura pour la douleur qu’il éprouvait à la mâchoire. Il pleura pour Mindy, à jamais disparue. Il pleura d’être lent et idiot et différent des autres. Il ne voulait plus être là. Pas seulement à Wyalusing, mais sur terre, là où il se passait tant de choses horribles. Il aurait aimé être à nouveau avec ses parents. Au paradis, où on était censé être en sécurité et heureux, avec tous les autres anges »

Résumé et avis :

Danny, colosse orphelin et simple d’esprit depuis une tragédie advenue dans son enfance, retrouve le corps de Mindy, sa seule amie à Wyalusing en Pennsylvanie le soir de son quarantième anniversaire. Accusé de ce meurtre, toute la ville finit par le croire coupable. Une chasse à l’homme est alors lancée par le shérif, son adjoint et ses renforts.

 Deep Winter
C’est magnifique : histoire impeccable, écriture splendide, noirceur absolue sur le blanc de la neige, tout ça au service d’un premier roman maîtrisé de bout à bout. C’est grand. RTL
Avec ce bouleversant premier roman, remarquablement écrit, l’américain Samuel W. Gailey réussit un vrai coup de maître : signer un furieux thriller, âpre et sanglant, hanté de patibulaires rednecks et de paumés à la dérive, et construire les contours d’un étrange polar gothique.  LE FIGARO MAGAZINE
Le Bon et le Méchant. Tout les oppose. Leur affrontement donne sa profondeur à Deep Winter, premier roman de Samuel W. Gailey. LE MONDE DES LIVRES
Vingt-quatre heures haletantes au fin fond d’une Amérique déclassée. Réfrigérant ! DNA
En quelques heures, sous la neige, loin des hommes, la cruauté et l’innocence livrent l’ultime combat, chroniqué au noir, au sauvage et à l’instinct. TRANSFUGE

Après de telles critiques dithyrambiques, difficile pour moi de donner mon petit avis.

Samuel W. Gailey  plante son intrigue au nord-est de l’état de Pennsylvanie, dans une petite ville de WyalusingCette petite ville rurale sert de décor à son premier roman. Nous allons la découvrir sous la neige car nous sommes en hiver. Et à Wyalusing, les hivers sont rigoureux. Les température digne de la Sibérie.

A Wyalusing, il y a Danny Bedford, le simplet du village. Danny est tombé dans le lac gelé alors qu’il n’était d’un petit garçon. Son séjour dans l’eau glaciale a privé le cerveau de Danny d’oxygène laissant au gamin des lésions irréversibles. Et comme un malheur ne vient jamais seul ces parents sont morts alors qu’il voulait lui porter secours.

Il y a aussi le shérif Lester, un brin paternaliste et son adjoint Mike Sokowski. Un mec violent et brutal. Incapable patenté et corrompu. Il y a aussi son pote crétin, Carl et puis Bill Taggart, le policier d’état appelé en renfort.

A Wyalusing, il  y a  Mindy, serveuse au Friedenshutten et seule amie de Danny. Mais Mindy est retrouvée morte dans son mobilhome, son cadavre ensanglanté et à moitié nu.

 Alors à Wyalusing rien ne sera plus comme avant.

Et les prochains vingt quatre heure où nous allons suivre une incroyable chasse à l’homme va bouleverser non seulement la vie des protagonistes de ce roman mais aussi celle du lecteur que nous sommes.

Je vous le dit Deep winter de Samuel W. Gailey est un putain de roman.

Lire le début : 
1984
DANNY avait vu Mindy nue une fois auparavant, quand ils avaient tout juste huit ans. Il y avait longtemps de ça. Rien qu’eux deux, dans un champ de maïs derrière la salle de bowling de Pickett. Mindy s’était entièrement déshabillée et, frissonnant dans le froid de la nuit hivernale, elle avait attendu que Danny l’imite. Danny avait regardé son corps nu l’espace d’une seconde embarrassante, ses yeux parcourant tous les endroits que dissimulaient habituellement son jean à revers et sa chemise en flanelle. Elle avait la peau douce et lisse, ponctuée de quelques bleus et écorchures aux genoux et aux tibias. Il était curieux, bien sûr, mais ça ne semblait pas correct de regarder une fille quand elle était toute nue. Ça lui donna une sensation bizarre. Son estomac se serra, douloureux, comme quand il mangeait trop de bonbons au caramel salé. Lorsque Mindy lui dit que c’était à son tour de se déshabiller, l’esprit de Danny s’embrouilla encore plus que d’habitude. C’était une mauvaise idée, il le savait. Il allait avoir des ennuis, à tous les coups. Si oncle Brett l’apprenait, il enlèverait sa ceinture et lui collerait une bonne raclée sur l’arrière-train. Danny ne voulait pas que ça se produise, il ne voulait pas être à nouveau battu, aussi détala-t-il à toutes jambes entre les plants de maïs morts, ses pieds glissant sur des plaques de verglas, le visage et le cou griffés par les feuilles des épis secs, et il n’avait pas parcouru beaucoup de chemin qu’il déboucha soudain sur d’autres ennuis. Mike Sokowski et Carl Robinson l’interceptèrent avant qu’il n’atteigne la salle de bowling et lui flanquèrent une sacrée dérouillée. Sokowski était le plus mauvais des deux. Même à l’époque.
C’était donc la deuxième fois qu’il voyait Mindy nue. Son corps étendu sur le sol du mobil-home à côté de Danny comme une poupée de chiffon abandonnée. Il s’agenouilla près d’elle, les mains croisées et serrées sur ses cuisses comme s’il priait au pied de son lit. Le tapis fané était imprégné du sang qui s’échappait d’une plaie ouverte à l’arrière de son crâne, et quelques éclats de verre brisé étaient encore fichés dans son cuir chevelu. Les jambes de Mindy étaient tordues sous elle à un angle incongru – les bras pliés au-dessus de la tête, comme s’il venait de la trouver au milieu d’un étirement. Danny avait envie d’écarter la mèche blonde emmêlée qui lui couvrait à moitié les yeux – encore entrouverts d’un centimètre –, mais il avait peur de les regarder. Peur qu’ils soient différents. Différents de ses grands yeux habituels, écarquillés et joyeux.
Il jeta un regard à sa silhouette mince et inerte – ses jambes, son ventre, ses bras – et évita encore ses yeux. La bouche de Mindy était ouverte, comme surprise en plein bâillement. Ses deux jolies incisives blanches étaient cassées et lui donnaient l’air d’avoir des canines de vampire.
Danny se balança d’avant en arrière, des larmes et de la morve dégoulinaient sur ses lèvres, gouttaient de son menton comme l’eau d’un robinet au débit ralenti. Il attendait qu’elle se réveille. Il attendait qu’elle bouge, rien qu’un peu. Elle était peut-être juste rudement blessée. Mais Danny savait qu’elle était sans doute bien plus que blessée. Il n’avait encore jamais vu de cadavre – à part à la télé, mais il savait qu’à la télé c’était pour de faux. Ses parents étaient morts tous les deux, mais il n’avait pas pu les revoir avant qu’ils montent au paradis. Il n’avait jamais eu l’occasion de leur dire adieu.
— Tu vas t’en sortir, Mindy. D’accord ? Tu vas t’en sortir.
Dans sa large paume gauche, Danny serrait une petite figurine en bois, un rouge-gorge qu’il avait lui-même sculpté. Ses mains étaient plus grandes que la moyenne – pareilles à celles d’un joueur de foot américain. Mais Danny ne jouait ni au football ni à aucun autre sport de balle ou de ballon car il n’était pas doué.
T’es bien trop lent, nom de Dieu, et bien trop maladroit, répétait toujours oncle Brett.
Les longs doigts de Danny agrippaient l’oiseau en bois qui s’enfonçait dans sa paume moite et douce, au point de lui laisser des petites indentations en croissants de lune. Il baissa les yeux vers la figurine, la fit tourner plusieurs fois, toucha son bec, ses ailes, les plumes de sa queue, puis la posa près de la tête de Mindy, prenant garde de ne pas tacher l’oiseau dans le sang.
— Je l’ai fabriqué exprès pour ton anniversaire. J’espère qu’il te plaît.
Mindy ne répondit pas. Elle ne le remercia pas pour ce cadeau si original. Elle ne fit rien d’autre que rester étendue dans la flaque grandissante de son propre sang.
Sur le canapé, Danny saisit une vieille couverture bleu clair crochetée et la déposa sur Mindy. Il prit soin de la border, sous ses jambes et sous ses hanches, s’efforçant toujours de ne pas regarder ses grands yeux immobiles.
C’était la première fois que Danny entrait chez Mindy. Après toutes ces années, il avait enfin rassemblé le courage nécessaire pour parcourir les cinq kilomètres jusqu’à son mobil-home et pour frapper à sa porte – et voilà ce qui lui arrivait. Ce n’était pas censé se passer comme ça.
Il observa le salon et la cuisine du mobil-home autour de lui – la maison de Mindy. Ici, tout lui appartenait. Mais ce n’était absolument pas ce qu’il avait imaginé. Très souvent, il ne savait plus combien de fois, Danny avait rêvassé à la maison de Mindy. À l’aspect qu’elle aurait, de l’intérieur. À l’odeur qu’elle dégagerait. L’endroit où Mindy mangeait ses céréales, où elle regardait ses feuilletons télé, où elle se brossait les cheveux. Il était passé devant son mobil-home des douzaines de fois, ralentissant l’allure dans l’espoir qu’elle sorte la tête et l’invite à entrer. Ils auraient bu un soda ensemble, ils auraient mangé des cookies ou des biscuits apéritif, ils auraient discuté comme sont censés discuter les amis. Mais ça ne s’était jamais passé ainsi car Danny restait renfermé, mangeait ses repas en solitaire, n’allait pas au carnaval de la ville ni au défilé du 4 Juillet. Il laissait les gens tranquilles car c’est ainsi qu’il fallait faire. Il était différent de tous les autres, en ville. Il le serait toujours – il l’avait accepté. La plupart des gens le dévisageaient ou traversaient la rue s’ils le voyaient arriver sur le trottoir. Mais Mindy était toujours gentille avec lui. Elle ne se moquait pas de lui, elle ne lui donnait pas l’impression d’être idiot. Elle le traitait comme une vraie personne.
Danny avait imaginé un intérieur entièrement rose. D’adorables murs roses, des rideaux roses, des meubles roses. Un peu comme là où devait vivre Barbie. Mais tout n’était pas rose, et ça ne ressemblait pas à une maison de Barbie. Il y avait des trucs de filles qu’il n’avait pas dans sa chambre. Des fleurs en plastique dans des pots avec des faux papillons et des fausses coccinelles sur des feuilles en toc. Quelques flacons de vernis à ongles rouge et violet étaient posés sur une desserte pliante à côté d’un fauteuil inclinable. Une image de l’océan et d’un soleil couchant était accrochée au-dessus du canapé. Des piles de magazines féminins s’étalaient sur la table basse et une bibliothèque était appuyée contre le mur, chargée de livres qui devaient sans doute parler de filles et des trucs qu’elles faisaient. Beaucoup de livres, surtout des poches. Danny n’avait pas de livres dans sa chambre.
Les genoux de Danny commençaient à le faire souffrir d’être agenouillé depuis si longtemps, mais il ne pouvait pas bouger. Il refusait de bouger. Il voulait être à côté de Mindy, au cas où elle se réveillerait.
Tu n’aurais pas dû venir ici, Danny.
Danny leva les yeux et inspecta un instant le mobil-home, mais il était seul avec Mindy. Personne d’autre. Il ne s’attendait pas à voir quelqu’un car il savait d’où venait la voix. Ça faisait très, très longtemps qu’il ne l’avait pas entendue parler dans sa tête. D’habitude, la voix voulait juste l’aider quand il avait des problèmes, quand il avait peur, et elle ne demandait jamais rien en échange. Il attendit, au cas où la voix dans sa tête ajouterait quelque chose. Il attendit, au cas où elle lui dirait quoi faire, chez qui aller pour trouver de l’aide, mais elle n’ajouta rien.
Danny était si distrait par la voix dans sa tête qu’il laissa son regard descendre vers les yeux de Mindy. Grave erreur, mais c’était trop tard. Il fut incapable de se détourner une fois qu’il eut regardé dans ses grands yeux bleus. Ils le dévisageaient et le clouaient sur place, mais l’étincelle avait disparu et des petites perles de sang s’accrochaient aux longs cils. Mindy n’était plus là. Elle ne travaillerait plus jamais au Friedenshutten. Elle ne lui servirait plus ses œufs, ni son bacon, ni ses patates frites, elle ne lui poserait plus de questions, elle ne lui donnerait plus l’impression d’être unique.
Un gémissement rauque s’échappa de Danny. Partant des profondeurs de son ventre et remontant jusqu’à sa bouche, glissant entre ses lèvres sèches et gercées, dans le silence total du mobil-home. Il n’avait encore jamais entendu pareil son sortir de lui. Son cœur était bizarre aussi, comme un ballon de baudruche sur le point d’éclater, et son cerveau s’obscurcit. Il faisait souvent de son mieux pour ne pas pleurer. Oncle Brett disait que les vrais hommes ne pleurent jamais comme des bébés. Mais le son qui sortit de son corps lui évoqua les braillements d’un petit veau perdu quand il n’arrive pas à retrouver sa maman. Le gémissement s’amplifia jusqu’à ce que son corps tout entier soit secoué de violents et puissants sanglots.
Danny pleura longtemps aux côtés de Mindy, il attendit qu’elle se réveille. Il attendit qu’elle se lève et qu’elle sourie à nouveau.
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