Trophée Anonym’us : Lozère Esteban sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 20 décembre 2016

LES QUESTIONS DU BOSS.
1. N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
  • J’écris pour ne pas naître tel que je suis jour après jour. C’est assez illusoire, une quête perdue d’avance, un mouvement circonscrit, un poids mort et un acte de foi, qui révèlent aussi bien l’exiguïté de mon bocal que l’appel du large. Je n’invente rien, j’en suis incapable. Je trouve en l’autre mes propres carences, mes faiblesses. Je les mastique un moment et les recrache. C’est un effort et comme tout effort, il comporte sa part de souffrance. Mais tâte un peu les biceps après ça… Warf !
2. Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
  • Je viens de relire ma réponse à ta 1ère question. Au fond, je me demande si je n’écris pas aussi pour me confesser. J’avoue en toutes lettres l’étendue de mes insuffisances en tant qu’être humain. Je fais dans le glauque. La volonté joue là un rôle mineur. Il y a un ressort en moi qui se détend automatiquement dès que je rencontre une personne ou une situation. Dans la foulée de ce segment de vie, je cherche à alphabétiser l’émotion qui s’en dégage. J’essaie de rendre la vérité de cette émotion captive et disponible, pour que le lecteur lise comme il renifle le terroir remontant du fond d’une bouteille. Après, les mots viennent ou pas… ça ne fonctionne pas toujours très bien, mais ce mouvement s’enclenche en moi quoi qu’il en soit. Regarde le corps. Il absorbe, agite et se nourrit de son environnement. Imagine un peu ce que serait un corps sans trou du cul. J’ai la plume à l’endroit que la Nature a choisi pour moi. Pousser reste un effort, une souffrance nécessaire pour peu que la nécessité ait un sens. J’ai en ce moment même en tête le regard contrit du chiot qui ne peut s’empêcher de chier sur l’affreux tapis du salon. Ce chiot, c’est moi.
3. Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?
  • C’est un débat qui ne m’intéresse plus. J’ai longtemps considéré que la profusion créait la confusion. Qu’il y avait une certaine injustice à voir des textes sublimes disparaître sous l’avalanche des autobios de blaireaux. C’est un phénomène que l’on constate aussi, toute proportion gardée, sur un site comme Atramenta. Aujourd’hui, tout cela me laisse froid. Je m’en tape.
4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?
  • Formidable ! L’auteur à la papa est mort. C’est fini la gymnastique qui consistait à forcer le « was ist das » d’une maison d’édition pour être lu. Considère un site comme atramenta. C’est absolument génial pour quelqu’un qui cherche des lecteurs.
5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
  • Non. Je ne suis pas doué pour ça. Je me cache derrière mes textes. L’anonymat et l’absence me conviennent tout à fait. Bien sûr, il s’agit de savoir ce que l’on veut. Le site Atramenta est un débouché suffisant pour moi. J’y trouve des lecteurs et certains me font la grâce d’un commentaire. Pour les auteurs qui souhaitent « percer », on touche aux limites de la révolution internet. L’auteur est lu sur internet mais pour l’être davantage et tenter de ressembler à papa, il faut passer un temps fou à faire des grimaces de-ci de-là. Je suis très heureux de trouver quelques lecteurs sur Atramenta, sans avoir à faire le singe. C’est aussi en flagrant délit de contradiction que je participe à ce trophée, et que je me suis bêtement mis à cabotiner pour répondre à ton questionnaire. J’en fais des tonnes ici tout en dénonçant le poids du paraître et du faire-savoir. C’est scandaleux.
6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
  • L‘aventure d’écrire est solitaire, longue, ingrate et morne. Ce n’est qu’un point de vue et j’ai peut-être tort. Mais si je devais m’adresser aux jeunes, je leur dirais que s’ils veulent sortir leur museau du troupeau, qu’ils plaquent trois accords sur leur Stratocaster. C’est plus rentable.
7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
  • La vision de l’éditeur est intéressante. Il m’est arrivé plus d’une fois de reconsidérer des remarques que j’avais précédemment identifié comme d’insupportables coups de latte dans la gueule. Le bon éditeur te décolle la fiole de tes feuilles. Il me semble que ce rapport ne peut être que violent. Je me trompe peut-être… En tout cas, toute relation de cette intensité ne peut finir que dans le mur à plus ou moins long terme. En même temps, aucun éditeur n’a jugé bon de miser sur un de mes textes. Et les relations que j’ai pu nouer avec certains d’entre eux datent de la fin des années 90. Je n’ai plus rien soumis depuis.
8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
  • Ce débat ne m’intéresse pas. Dans le champ de la création, il me semble qu’il n’y a que des individus. Le genre, dans toutes ses acceptions, n’est qu’une vaste blague. Un texte est bon ou ne l’est pas. Le fait qu’il appartienne à telle « catégorie » ou qu’il soit écrit pas une femme ne change rien fondamentalement. Je ne crois pas en une écriture féminine distincte. Et si l’on constate l’arrivée de plus en plus nombreuse de femmes dans tous les secteurs, c’est qu’elles ont su faire un sort aux complexes que l’histoire avait noué autour de leurs possibles.
    Pour citer un auteur, j’aime beaucoup Virginie Despentes.
9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • Pour toi, boss. Et pour sortir un peu mes textes du seul site Atramenta. D’où la réponse au point 5, tendue d’une certaine hypocrisie. Je dis ne pas aimer faire le singe et la seconde d’après, j’en fais des tonnes dans mes réponses à ton questionnaire. C’est honteux…
LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.
1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?
  • Peu. D’autant que pour écrire, j’ai besoin d’une tension mentale assez forte dans un environnement calme. Tout le contraire de ce que je vis au quotidien.
2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • Catharsis. Pour avoir les idées claires, il s’agit sans doute de brûler ses angoisses dans le feu des personnages. Auteur ou lecteur, on cherche tous à tirer sur ce mégot. Enfin, je crois…
3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
  • Le boss et toi posez à peu près la même question au même moment, point 3. Pour faire court, je ne sais pas où l’on va et j’en ai rien à cirer.
4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.
  • A la Saint-Ivre, sort un placard de ton livre. Voir point 5.
5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Si tu as besoin de boire pour écrire, cesse d’écrire. A la tienne…
6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • Prends-le toi-même. Et laisse moi dîner en paix, Mme Louloute.
7- Lire aide à vivre. Et écrire ?
  • Je n’en sais rien. Au fond, toute activité est assez dérisoire. Vivre, c’est peut-être autre chose. Quelque chose qu’on aurait perdu de vue… Du coup, on fait mille brasses désordonnées, un peu comme un insecte en voie d’asphyxie.
8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
  • Fin des années 90. J’avais 20 ans et me prenais pour un génie. Un vrai petit con… Un éditeur local avait accepté de sortir mon bouquin à condition que je paie la maquette. Je devais le promouvoir au salon du livre d’une ville de 180 000 habitants environ, pour situer. J’ai passé la journée seul derrière un énorme pilier. Il y avait un monde fou mais personne n’est venu voir derrière le pilier. Ils étaient tous autour d’une scène aménagée pour que Pivot reçoive les auteurs de renom. Prise de pitié, une petite dame s’approcha soudain, à quelques minutes de la fin de cet épouvantable fiasco. Elle prit mon bouquin et l’ouvrit à la première page. Elle le tripota le temps d’une respiration et le reposa sur la table : « Mourir, ça ne prend qu’un r », finit-elle par me lâcher en s’éloignant. Aïe, j’eus mal…
Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.
  • Merci à vous.
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