Les poches d’octobre-novembre : Episode 3


Hello chers lecteur zé chères lectrices.

« Les conseils du mois d’une fan de polars et de thrillers »

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Cette fois c’est la fin des titres parus en poche, en octobre et novembre, que je vous propose de retrouver ici.

Et comme il y en a un certain nombre, j’en ai fait 3 épisodes.

Vous pouvez bien entendu retrouver l’épisode 1 des poches d’octobre-novembre ICI

L’épisode 2  des poches de novembre là 

Et maintenant  c’est parti pour le troisième et dernier opus.

 


n1    Herron, Mick /La maison des tocards
Actes Sud . Babel. Babel noir, n° 166

River Cartwright vient d’être recruté au MI5 mais, à cause d’une erreur dont on l’accuse à tort, il se retrouve écarté et relevé de ses fonctions. Lorsqu’un innocent se fait enlever et que les terroristes informent qu’il sera décapité, River décide de montrer sa vraie valeur. Il a quarante-huit heures pour sauver le jeune homme.
Ce roman d’espionnage singulier, peuplé d’une galerie de personnages hauts en couleur, bouscule avec humour et irrévérence les codes du genre. Peuplé de personnages savoureux, ce roman d’espionnage atypique et rythmé revisite avec humour les codes du genre, et brosse un portrait sans concession de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui.

 


n2Barrière, Michèle / Innocent breuvage : une aventure de Quentin du Mesnil et du Dr François Rabelais
Le Livre de poche. Policier, n° 34309

Août 1536, à Valence. Alors que Charles Quint et François Ier sont en guerre, l’aîné des fils de François Ier meurt brutalement après avoir bu. L’échanson est accusé d’empoisonnement et son ami Quentin, pour le défendre auprès du roi, cherche l’appui de François Rabelais. Avec un carnet de recettes modernisées de Bartolomeo Scappi.
Un nouveau roman historique et gastronomique de Michèle Barrière qui nous entraîne à la suite de François 1er avec Rabelais dans les parages. Nous sommes presque certains de faire bondance avec de tels personnages. Et comme à son habitude l’auteur nous propose un carnet de recettes de la Renaissance en fin d’ouvrage. De quoi nous régaler une seconde fois !


n3Miller, Jax / Les infâmes
J’ai lu. Thriller

Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans l’Oregon, protégée par le FBI. Elle souffre d’avoir dû abandonner ses enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère. En apprenant la disparition de sa fille, elle quitte son anonymat pour partir à sa recherche.

Prix Transfuge du meilleur polar étranger 2015, grand prix des lectrices de Elle 2016 (policier).
Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux Jax Miller nous offre un périple qui tourne vite à l’odyssée. Une putain de belle réussite.

Ma chronique sur Les infâmes

 


n4Khara, David S. / Atomes crochus
J’ai lu. Policier

« Le plus terrible avec la vengeance c’est qu’elle se déguste seul. »

Aéroport de Fort Worth, Dallas. Deux voyageurs essoufflés viennent de rater leur vol pour Paris et se le reprochent mutuellement : Enzo Meazza, un criminel en col blanc tout juste sorti de prison, et Janet Livingston-Pierce, ingénieur en déplacement professionnel. L’avion explose quelques secondes après son décollage…À peine remis du choc, ils sont pris pour cible par des hommes armés. Pourquoi en ont-ils après eux ? Leur commanditaire serait-il le mystérieux Griffon traqué par le FBI depuis des années ? Une seule certitude : Janet et Enzo n’auraient jamais dû se rencontrer…
David Khara nous offre un roman inédit en format poche, alors pourquoi s’en priver surtout quand on connait le succès de ses précédents titres. Il est un auteur incontournable du thriller français. Après sa trilogie, Le Projet Bleiberg, Le Projet Shiro et Le Projet Morgenstern, il nous entraîne, avec Atomes crochus, dans une nouvelle enquête au rythme effréné.


n5Ellory, Roger Jon /Les assassins
Le Livre de poche. Thriller, n° 34299

New York, quatre meurtres en quinze jours, quatre modes opératoires différents. Personne ne fait le rapprochement entre eux, sauf John Costello, documentaliste au City Herald. Ces meurtres ressemblent à d’anciens crimes commis par des tueurs célèbres. Karen et Ray l’aident à enquêter sur ce tueur en série.
R. J. Ellory poursuit son exploration du mal américain, interrogeant cette fois notre fascination pour les monstres.

 

 

 

 


n6Gordon, David / Polarama
Actes Sud . Babel. Babel noir, n° 165

Darian Clay, coupable d’avoir assassiné et dépecé quatre femmes, attend son exécution dans le couloir de la mort. Il demande à Harry Bloch, écrivain aux ambitions contrariées, de rencontrer les femmes avec qui il a établi une correspondance depuis la prison afin d’écrire des scénarios érotiques qui le mettent en scène. En échange, Clay s’engage à faire des révélations sur ses crimes

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David Gordon vit à New York. Il a travaillé dans le cinéma, la mode, l’édition et la presse pornographique. Polarama est son premier roman. Tout à la fois polar satirique et enquête littéraire, Polarama est un thriller aussi mauvais genre que déjanté


n7Parsons, Tony / Des garçons bien élevés
Points

Sept étudiants privilégiés d’une riche école privée deviennent amis. Vingt ans plus tard, ils meurent égorgés les uns après les autres. L’enquêteur Max Wolfe, insomniaque et amoureux des chiens, suit la piste du tueur en série, des bas-fonds de Londres aux hautes sphères du pouvoir.
Tony Parsons signe là son premier roman policier. Une intrigue puissante et un personnage principal charismatique. Un récit trépidant Ancien journaliste de punk rock, ayant côtoyé les Clash ou les Sex Pistols. Tony Parsons est la nouvelle révélation du polar anglais.

 


n8Qiu, Xiaolong / Mort d’une héroïne rouge
Points. Policiers

Shanghai, 1990. Deux copains qui partent à la pêche retrouvent sous leur bateau le cadavre d’une jeune femme. L’inspecteur Chen, qui pend la crémaillère avec ses amis, est dérangé pour cette affaire de meurtre. Mais il découvre que la victime s’appelle Hongying, alias Héroïne rouge : il s’agit d’une très jolie travailleuse modèle de la nation.
C’est avec Mort d’une héroïne rouge que j’ai découvert l’univers de Xiaolong, Qiu il y a maintenant quinze ans dans la première enquête de Chen, le plus célèbre des inspecteurs chinois. Cette amorale histoire chinoise nous fait découvrir les déroutantes mœurs du Céleste Empire à l’heure communiste.

« Des livres comme celui-ci, fins, érudits, on n’en a pas lu cinquante sur la Chine d’aujourd’hui. En y ajoutant l’excellent suspense, on obtient de quoi passer deux ou trois soirées passionnantes. » Elle


n9King, Stephen / Mr Mercedes
Le Livre de poche, n° 34296

Midwest, 2009. Dans l’aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d’un job font la queue devant un salon de l’emploi. Soudain, une Mercedes fonce sur la foule, causant huit morts et quinze blessés dans son sillage. Le chauffard, lui, a disparu dans la brume, sans laisser de traces. Un an plus tard, Bill Hodges, flic à la retraite qui n’a pas su résoudre l’affaire, reste obsédé par ce massacre. Une lettre du « tueur à la Mercedes » va l’empêcher de sombrer dans la dépression qui le guette
Délaissant le fantastique, Stephen King se glisse avec une jubilation contagieuse dans le moule du polar. Revenu de tout mais toujours tenace, son inspecteur Bill Hodges rejoint les figures emblématiques du roman noir américain.


 

n10Commère, Hervé / Le deuxième homme
Pocket. Thriller, n° 15843

Paul vit depuis quelque temps avec Norah, mais il se rend compte qu’il ne connaît pas vraiment sa compagne dont la famille a été décimée dans un incendie. Ayant lui-même subi la douleur de grandir sans père, il décide de faire plaisir à la jeune femme en lui organisant des retrouvailles avec son passé. C’est là qu’il découvre la photo du premier mari de Norah, le parfait sosie de Paul.
Un roman implacable et glaçant sur la façon dont un couple peut se construire et en retour détruire chacun des individus qui le compose… Avec une plume magnifique et une finesse d’orfèvre des mots, Hervé Commère joue à dépeindre l’enfer mental, et s’inscrit dans la tradition de la grande littérature noire.


Voilà, vous avez toutes les cartes en main pour bien finir l’année.

Tout pour prévoir, choisir et offrir vos petites étrennes si comme moi vous faites vos cadeaux en début d’année.

Passez un super réveillon.

Chanter, danser, buvez, aimez et à minuit fêtez la nouvelle année.

Profitez et célébrez la vie.

Et moi je vous dit à l’année prochaine pour de nouvelles aventures livresques et polardesques

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Deep winter de Samuel W. Gailey


 dwLe livre : Deep winter de Samuel W. Gailey. Traduit de l’américain par Laura Derajinski. Paru le 28 août 2014 chez Gallmeister dans la collection Noire.  23 €40 ; (314 p.) ; 21 x 14 cm.

dwRéédité en poche en 2016 toujours chez Gallmeister dans leur collection Titem

 4e de couv : 

Deep winter

Danny ne sait pas quoi faire du cadavre qu’il vient de découvrir le soir même de son anniversaire. Ce corps, c’est celui de Mindy, sa seule amie dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie. Depuis la tragédie survenue dans son enfance qui l’a laissé orphelin et simple d’esprit, tous les habitants de Wyalusing méprisent Danny, le craignent et l’évitent. Immédiatement l’adjoint du shérif, un homme violent et corrompu, le désigne comme l’assassin, et tout le monde se plaît à le croire. Mais Danny n’est pas prêt à se soumettre. En quelques heures, l’équilibre précaire qui régnait jusqu’ici chavire. Commence alors une chasse à l’homme au coeur des bois alentour. Le shérif, son adjoint et les frères de la victime qui viennent en renfort se lancent dans une course éperdue dont personne ne sortira indemne.

Capturant vingt-quatre heures d’une journée des plus noires dans l’Amérique des laissés-pour-compte, ce premier roman doté d’une puissance d’évocation à couper le souffle expose la violence qui gît sous l’eau qui dort.

Magnifiquement écrit et incroyablement dérangeant.
The New York times

dw L’auteur : Samuel W. Gailey  a grandi à Wyalusing au nord-est de la Pennsylvanie, population 379.  Deep Winter. Producteur et scénariste réputé, il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs. Il vit à présent à Los Angeles avec sa fille et sa femme, Ayn Carrilo-Gailey, également écrivain.

 

 

Extrait :
 « Sa mâchoire pendait, ouverte comme la porte cassée d’une boîte aux lettres – ça faisait trop mal d’essayer de la refermer. Et sa langue, à présent épaisse et boursouflée, emplissait sa bouche comme une saucisse gonflée. A chacun de ses pas, il sentait bouger quelques dents. Le vent soufflait plutôt fort dans les sous-bois, Danny courbait les épaules en se frayant un chemin dans la neige (…) (…) Danny tomba à genoux, écrasa la neige sous lui et se mit à pleurer. Ses larges épaules tressautèrent, agitées de violents frissons lorsqu’il laissa échapper ses sanglots. Il pleura pour la douleur qu’il éprouvait à la mâchoire. Il pleura pour Mindy, à jamais disparue. Il pleura d’être lent et idiot et différent des autres. Il ne voulait plus être là. Pas seulement à Wyalusing, mais sur terre, là où il se passait tant de choses horribles. Il aurait aimé être à nouveau avec ses parents. Au paradis, où on était censé être en sécurité et heureux, avec tous les autres anges »

Résumé et avis :

Danny, colosse orphelin et simple d’esprit depuis une tragédie advenue dans son enfance, retrouve le corps de Mindy, sa seule amie à Wyalusing en Pennsylvanie le soir de son quarantième anniversaire. Accusé de ce meurtre, toute la ville finit par le croire coupable. Une chasse à l’homme est alors lancée par le shérif, son adjoint et ses renforts.

 Deep Winter
C’est magnifique : histoire impeccable, écriture splendide, noirceur absolue sur le blanc de la neige, tout ça au service d’un premier roman maîtrisé de bout à bout. C’est grand. RTL
Avec ce bouleversant premier roman, remarquablement écrit, l’américain Samuel W. Gailey réussit un vrai coup de maître : signer un furieux thriller, âpre et sanglant, hanté de patibulaires rednecks et de paumés à la dérive, et construire les contours d’un étrange polar gothique.  LE FIGARO MAGAZINE
Le Bon et le Méchant. Tout les oppose. Leur affrontement donne sa profondeur à Deep Winter, premier roman de Samuel W. Gailey. LE MONDE DES LIVRES
Vingt-quatre heures haletantes au fin fond d’une Amérique déclassée. Réfrigérant ! DNA
En quelques heures, sous la neige, loin des hommes, la cruauté et l’innocence livrent l’ultime combat, chroniqué au noir, au sauvage et à l’instinct. TRANSFUGE

Après de telles critiques dithyrambiques, difficile pour moi de donner mon petit avis.

Samuel W. Gailey  plante son intrigue au nord-est de l’état de Pennsylvanie, dans une petite ville de WyalusingCette petite ville rurale sert de décor à son premier roman. Nous allons la découvrir sous la neige car nous sommes en hiver. Et à Wyalusing, les hivers sont rigoureux. Les température digne de la Sibérie.

A Wyalusing, il y a Danny Bedford, le simplet du village. Danny est tombé dans le lac gelé alors qu’il n’était d’un petit garçon. Son séjour dans l’eau glaciale a privé le cerveau de Danny d’oxygène laissant au gamin des lésions irréversibles. Et comme un malheur ne vient jamais seul ces parents sont morts alors qu’il voulait lui porter secours.

Il y a aussi le shérif Lester, un brin paternaliste et son adjoint Mike Sokowski. Un mec violent et brutal. Incapable patenté et corrompu. Il y a aussi son pote crétin, Carl et puis Bill Taggart, le policier d’état appelé en renfort.

A Wyalusing, il  y a  Mindy, serveuse au Friedenshutten et seule amie de Danny. Mais Mindy est retrouvée morte dans son mobilhome, son cadavre ensanglanté et à moitié nu.

 Alors à Wyalusing rien ne sera plus comme avant.

Et les prochains vingt quatre heure où nous allons suivre une incroyable chasse à l’homme va bouleverser non seulement la vie des protagonistes de ce roman mais aussi celle du lecteur que nous sommes.

Je vous le dit Deep winter de Samuel W. Gailey est un putain de roman.

Lire le début : 
1984
DANNY avait vu Mindy nue une fois auparavant, quand ils avaient tout juste huit ans. Il y avait longtemps de ça. Rien qu’eux deux, dans un champ de maïs derrière la salle de bowling de Pickett. Mindy s’était entièrement déshabillée et, frissonnant dans le froid de la nuit hivernale, elle avait attendu que Danny l’imite. Danny avait regardé son corps nu l’espace d’une seconde embarrassante, ses yeux parcourant tous les endroits que dissimulaient habituellement son jean à revers et sa chemise en flanelle. Elle avait la peau douce et lisse, ponctuée de quelques bleus et écorchures aux genoux et aux tibias. Il était curieux, bien sûr, mais ça ne semblait pas correct de regarder une fille quand elle était toute nue. Ça lui donna une sensation bizarre. Son estomac se serra, douloureux, comme quand il mangeait trop de bonbons au caramel salé. Lorsque Mindy lui dit que c’était à son tour de se déshabiller, l’esprit de Danny s’embrouilla encore plus que d’habitude. C’était une mauvaise idée, il le savait. Il allait avoir des ennuis, à tous les coups. Si oncle Brett l’apprenait, il enlèverait sa ceinture et lui collerait une bonne raclée sur l’arrière-train. Danny ne voulait pas que ça se produise, il ne voulait pas être à nouveau battu, aussi détala-t-il à toutes jambes entre les plants de maïs morts, ses pieds glissant sur des plaques de verglas, le visage et le cou griffés par les feuilles des épis secs, et il n’avait pas parcouru beaucoup de chemin qu’il déboucha soudain sur d’autres ennuis. Mike Sokowski et Carl Robinson l’interceptèrent avant qu’il n’atteigne la salle de bowling et lui flanquèrent une sacrée dérouillée. Sokowski était le plus mauvais des deux. Même à l’époque.
C’était donc la deuxième fois qu’il voyait Mindy nue. Son corps étendu sur le sol du mobil-home à côté de Danny comme une poupée de chiffon abandonnée. Il s’agenouilla près d’elle, les mains croisées et serrées sur ses cuisses comme s’il priait au pied de son lit. Le tapis fané était imprégné du sang qui s’échappait d’une plaie ouverte à l’arrière de son crâne, et quelques éclats de verre brisé étaient encore fichés dans son cuir chevelu. Les jambes de Mindy étaient tordues sous elle à un angle incongru – les bras pliés au-dessus de la tête, comme s’il venait de la trouver au milieu d’un étirement. Danny avait envie d’écarter la mèche blonde emmêlée qui lui couvrait à moitié les yeux – encore entrouverts d’un centimètre –, mais il avait peur de les regarder. Peur qu’ils soient différents. Différents de ses grands yeux habituels, écarquillés et joyeux.
Il jeta un regard à sa silhouette mince et inerte – ses jambes, son ventre, ses bras – et évita encore ses yeux. La bouche de Mindy était ouverte, comme surprise en plein bâillement. Ses deux jolies incisives blanches étaient cassées et lui donnaient l’air d’avoir des canines de vampire.
Danny se balança d’avant en arrière, des larmes et de la morve dégoulinaient sur ses lèvres, gouttaient de son menton comme l’eau d’un robinet au débit ralenti. Il attendait qu’elle se réveille. Il attendait qu’elle bouge, rien qu’un peu. Elle était peut-être juste rudement blessée. Mais Danny savait qu’elle était sans doute bien plus que blessée. Il n’avait encore jamais vu de cadavre – à part à la télé, mais il savait qu’à la télé c’était pour de faux. Ses parents étaient morts tous les deux, mais il n’avait pas pu les revoir avant qu’ils montent au paradis. Il n’avait jamais eu l’occasion de leur dire adieu.
— Tu vas t’en sortir, Mindy. D’accord ? Tu vas t’en sortir.
Dans sa large paume gauche, Danny serrait une petite figurine en bois, un rouge-gorge qu’il avait lui-même sculpté. Ses mains étaient plus grandes que la moyenne – pareilles à celles d’un joueur de foot américain. Mais Danny ne jouait ni au football ni à aucun autre sport de balle ou de ballon car il n’était pas doué.
T’es bien trop lent, nom de Dieu, et bien trop maladroit, répétait toujours oncle Brett.
Les longs doigts de Danny agrippaient l’oiseau en bois qui s’enfonçait dans sa paume moite et douce, au point de lui laisser des petites indentations en croissants de lune. Il baissa les yeux vers la figurine, la fit tourner plusieurs fois, toucha son bec, ses ailes, les plumes de sa queue, puis la posa près de la tête de Mindy, prenant garde de ne pas tacher l’oiseau dans le sang.
— Je l’ai fabriqué exprès pour ton anniversaire. J’espère qu’il te plaît.
Mindy ne répondit pas. Elle ne le remercia pas pour ce cadeau si original. Elle ne fit rien d’autre que rester étendue dans la flaque grandissante de son propre sang.
Sur le canapé, Danny saisit une vieille couverture bleu clair crochetée et la déposa sur Mindy. Il prit soin de la border, sous ses jambes et sous ses hanches, s’efforçant toujours de ne pas regarder ses grands yeux immobiles.
C’était la première fois que Danny entrait chez Mindy. Après toutes ces années, il avait enfin rassemblé le courage nécessaire pour parcourir les cinq kilomètres jusqu’à son mobil-home et pour frapper à sa porte – et voilà ce qui lui arrivait. Ce n’était pas censé se passer comme ça.
Il observa le salon et la cuisine du mobil-home autour de lui – la maison de Mindy. Ici, tout lui appartenait. Mais ce n’était absolument pas ce qu’il avait imaginé. Très souvent, il ne savait plus combien de fois, Danny avait rêvassé à la maison de Mindy. À l’aspect qu’elle aurait, de l’intérieur. À l’odeur qu’elle dégagerait. L’endroit où Mindy mangeait ses céréales, où elle regardait ses feuilletons télé, où elle se brossait les cheveux. Il était passé devant son mobil-home des douzaines de fois, ralentissant l’allure dans l’espoir qu’elle sorte la tête et l’invite à entrer. Ils auraient bu un soda ensemble, ils auraient mangé des cookies ou des biscuits apéritif, ils auraient discuté comme sont censés discuter les amis. Mais ça ne s’était jamais passé ainsi car Danny restait renfermé, mangeait ses repas en solitaire, n’allait pas au carnaval de la ville ni au défilé du 4 Juillet. Il laissait les gens tranquilles car c’est ainsi qu’il fallait faire. Il était différent de tous les autres, en ville. Il le serait toujours – il l’avait accepté. La plupart des gens le dévisageaient ou traversaient la rue s’ils le voyaient arriver sur le trottoir. Mais Mindy était toujours gentille avec lui. Elle ne se moquait pas de lui, elle ne lui donnait pas l’impression d’être idiot. Elle le traitait comme une vraie personne.
Danny avait imaginé un intérieur entièrement rose. D’adorables murs roses, des rideaux roses, des meubles roses. Un peu comme là où devait vivre Barbie. Mais tout n’était pas rose, et ça ne ressemblait pas à une maison de Barbie. Il y avait des trucs de filles qu’il n’avait pas dans sa chambre. Des fleurs en plastique dans des pots avec des faux papillons et des fausses coccinelles sur des feuilles en toc. Quelques flacons de vernis à ongles rouge et violet étaient posés sur une desserte pliante à côté d’un fauteuil inclinable. Une image de l’océan et d’un soleil couchant était accrochée au-dessus du canapé. Des piles de magazines féminins s’étalaient sur la table basse et une bibliothèque était appuyée contre le mur, chargée de livres qui devaient sans doute parler de filles et des trucs qu’elles faisaient. Beaucoup de livres, surtout des poches. Danny n’avait pas de livres dans sa chambre.
Les genoux de Danny commençaient à le faire souffrir d’être agenouillé depuis si longtemps, mais il ne pouvait pas bouger. Il refusait de bouger. Il voulait être à côté de Mindy, au cas où elle se réveillerait.
Tu n’aurais pas dû venir ici, Danny.
Danny leva les yeux et inspecta un instant le mobil-home, mais il était seul avec Mindy. Personne d’autre. Il ne s’attendait pas à voir quelqu’un car il savait d’où venait la voix. Ça faisait très, très longtemps qu’il ne l’avait pas entendue parler dans sa tête. D’habitude, la voix voulait juste l’aider quand il avait des problèmes, quand il avait peur, et elle ne demandait jamais rien en échange. Il attendit, au cas où la voix dans sa tête ajouterait quelque chose. Il attendit, au cas où elle lui dirait quoi faire, chez qui aller pour trouver de l’aide, mais elle n’ajouta rien.
Danny était si distrait par la voix dans sa tête qu’il laissa son regard descendre vers les yeux de Mindy. Grave erreur, mais c’était trop tard. Il fut incapable de se détourner une fois qu’il eut regardé dans ses grands yeux bleus. Ils le dévisageaient et le clouaient sur place, mais l’étincelle avait disparu et des petites perles de sang s’accrochaient aux longs cils. Mindy n’était plus là. Elle ne travaillerait plus jamais au Friedenshutten. Elle ne lui servirait plus ses œufs, ni son bacon, ni ses patates frites, elle ne lui poserait plus de questions, elle ne lui donnerait plus l’impression d’être unique.
Un gémissement rauque s’échappa de Danny. Partant des profondeurs de son ventre et remontant jusqu’à sa bouche, glissant entre ses lèvres sèches et gercées, dans le silence total du mobil-home. Il n’avait encore jamais entendu pareil son sortir de lui. Son cœur était bizarre aussi, comme un ballon de baudruche sur le point d’éclater, et son cerveau s’obscurcit. Il faisait souvent de son mieux pour ne pas pleurer. Oncle Brett disait que les vrais hommes ne pleurent jamais comme des bébés. Mais le son qui sortit de son corps lui évoqua les braillements d’un petit veau perdu quand il n’arrive pas à retrouver sa maman. Le gémissement s’amplifia jusqu’à ce que son corps tout entier soit secoué de violents et puissants sanglots.
Danny pleura longtemps aux côtés de Mindy, il attendit qu’elle se réveille. Il attendit qu’elle se lève et qu’elle sourie à nouveau.

La vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot


 

Collectif Kris
xmbLe livre : La vallée des ombres de Xavier-Marie Bonnot. aru le 3 novembre 2016 chez Belfond.  18€ ; (301 p.) ; 23 x 14 cm.

 

4ème de couv

René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au cœur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise. Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986. René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?
J’ai peur. J’ai toujours eu peur. C’est peut-être pour cela que je suis dangereux.

bonnotL’auteur : Né en 1962, Xavier-Marie Bonnot est écrivain et réalisateur de films documentaires. Il remporte avec son premier roman, La Première Empreinte (L’Écailler du Sud, 2002), le prix Rompol et le prix des Marseillais. Le Pays oublié du temps (Actes Sud, 2011) a été récompensé par le prix Plume de cristal et Premier homme (Actes Sud, 2013) par le prix Lion noir. Il est désormais traduit dans le monde entier. Après La Dame de pierre (Belfond, 2015), La Vallée des ombres est son huitième roman.

chronique-de-lecteurs

Le petit résumé et le petit avis de Kris :

LA VALLEE DES OMBRES – Xavier-Marie Bonnot

René Vasseur est légionnaire. Après vingt ans d’absence, il revient au pays car les jours de son père sont comptés et il souhaite être là pour son départ. En vérité, il souhaite découvrir le coupable de la mort de son frère, assassiné vingt ans plus tôt lors d’un mouvement de grèves.

Une vallée bien sur, un village, une usine, une atmosphère. Les non-dits, les rivalités qui commencent dès l’école et les jalousies, une famille où chacun accumule ses rancœurs et ces haines dont on ne connaît pas toujours les origines. Le sujet est traité avec justesse et on y retrouve ces taiseux qui ne trahiront jamais les leurs.
Je me suis retrouvée dans ce monde ouvrier dont on ignore bien souvent la droiture et la fidélité à la parole donnée.
Les personnages m’ont ramenée de nombreuses années en arrière et m’ont particulièrement touchée. Si vous cherchez une histoire prenante et pleine de sensibilité, ce livre est pour vous.

L’auteur a mis de ses tripes dans ce roman et ça se sent bien.

 

Lire ICI le début de la vallée des ombres.

Les poches d’octobre-novembre : Episode 2


Hello chers lecteur zé chères lectrices.

J’espère que Noël vous a comblé(e)s

Que vous avez été gâté(e)s à la hauteur de vos espérances.

Que ces moments de partages vous ont apporté plaisir et bonheur.

Aussi pour vous remettre de toutes ces diverses émotions, je vous propose de retrouvez une nouvelle fois,

« Les conseils du mois d’une fan de polars et de thrillers »

banniere-coups-de-coeur (1)

Cette fois c’est la suite des titres parus en poche, en octobre et novembre, que je vous propose de retrouver ici.

Et comme il y en a un certain nombre, j’en ai fait 3 épisodes.

Vous pouvez bien entendu retrouver l’épisode 1 des poches d’octobre-novembre ICI

Allez c’est parti pour le deuxième.


novLoubière, Sophie / Black coffee
Pocket. Thriller, n° 15842. 8€50
Narcissa, Oklahoma, juillet 1966. Un jour de grand beau temps, un homme fut pris d’un coup de folie. Il égorgea une femme enceinte dans une maison et poignarda une petite fille dans le jardin. Il blessa grièvement une mère de famille et son fils, puis il repartit en boitant, couvert de sang, au volant d’une Ford Mustang jaune. C’était un dimanche après-midi. Et personne n’a rien vu.
Quarante-cinq ans plus tard, une Française au comportement étrange va bientôt réveiller les démons du passé. Lola Lombard voyage seule avec ses deux enfants et cherche son mari volatilisé trois ans plus tôt sur la Route 66.                               Un jeu de piste à la recherche d’un mari disparu et d’un tueur en série sur la mythique route 66, à travers les Etats américains et sur plus de quarante ans.
Sophie Loubière nous convie à une exploration inédite de la mythique Route 66 à travers l’histoire envoûtante d’une Française perdue dans l’immensité américaine…

 


novColize, Paul / Un parfum d’amertume
Pocket. Thriller, n° 16188. 6€95
Antoine Lagarde est un homme comblé. Rien ne manque à sa réussite : financière, professionnelle, sexuelle, paternelle et familiale. Son fils adore papa, ce héros au coeur fidèle. Ses associés le vénèrent. Ses innombrables conquêtes féminines succombent à son charme. De surcroît, Antoine est un fils attentionné qui effectue des visites régulières chez son père, ingénieur retraité et hypocondriaque compulsif. Jusqu’ici, rien ne paraît devoir troubler son existence. Sauf qu’un beau jour, il retrouve papa Lagarde assassiné ! Tout bascule ! Une annotation sur une carte à jouer entraîne Antoine sur une piste qui le mène vers l’enfer…
Réédition d’un des premiers polars du grand Paul Colize. Paru à l’époque chez Krakoen éditions sous le titre Le valet de coeur. A ne pas louper si vous ne connaissez pas encore

novJames, Bill / Le big boss
Rivages /Rivages-Noir; 10€
Mandy, 13 ans, a été abattue en pleine rue. Alors que Desmond Iles est persuadé qu’elle a été victime d’une balle perdue lors d’un règlement de comptes entre gangs, Harpur pense que la jeune fille, qui servait de mule à des trafiquants de drogue, a été tué intentionnellement.
«Bill james bouleverse par son talent à montrer les bleus de la vie, à saisir l’ambiguïté de ses personnages, à traquer le mensonge et les faux-semblants des individus et d’une société aux abois.» Michel Abescat, Le Monde.                           Bill James est une des grandes voix du roman noir britannique contemporain. Dans ce nouvel opus de la Saga Harpur et Iles, Bill James campe un baron de la drogue de manière terriblement drôle et caustique, sans oublier ses usual suspects, les hauts gradés de la police.

novBunker, Edward / Aucune bête aussi féroce
Rivages / Rivages-Noir, n° 127 Bibliothèque des 30 ans. 9€50
Un homme sort de prison. Il tente de devenir honnête. En liberté conditionnelle, Max Dembo essaie de reprendre une existence normale. Mais la réinsertion est une gageure quand on sort de prison. Rejeté par la société, il est aussi irrésistiblement attiré par les bas-fonds de Los Angeles, milieu où il a toujours vécu. Violent, incontrôlable, il replonge dans la criminalité. Et la vie criminelle reprend ses droits. A travers ce personnage, l’analyse psychologique d’un homme en marge de la société légale.
Premier volet de la célèbre « trilogie de la bête ». paru il y a une quinzaine d’année, Bunker nous Il plonge dans les bas-fonds de Los Angeles Il évoque à travers ce roman son passé de taulard, dont il s’est sorti grâce à l’écriture. Monument de la littérature carcérale, hyperréaliste, en partie autobiographique, aucune bête aussi féroce est également un modèle d’analyse de la psychopathologie criminelle. Ce roman, qui a fait connaître Edward Bunker, a été adapté au cinéma sous le titre le récidiviste, avec Dustin Hoffmann.

 


novNozière, Jean-Paul : Les enquêtes de Slimane                                                        Réunit 2 titres : Un regrettable incident et Bogart et moi
Rivages : Rivages-Noir. 8€90
Fils de Harki Rmiste, Slimane Rahali, enquêteur privé occasionnel, survit dans son camping-car avec son chien Bogart. Dans un regrettable accident, il recherche une jeune fille disparue, adepte comme lui du VTT. Confronté à une bande locale de chasseurs, il se heurte à un certain Létrier, sorte de seigneur local. Bogart et moi l’emmène ensuite dans la fournaise provençale, résoudre un mystère en échange d’un moteur neuf car son C25 citroën rend l’âme. il accepte d’enquêter sur les circonstances de la mort d’Enrique Almeida.Là aussi, l’omerta règne, mais Slimane est patient…
Si vous ne connaissez pas Jean-Paul Nozière et son détective Slimane alors foncez chez votre libraire acheter ce titre. Car comme moi vous allez aimé le monde désenchanté que vous propose cet auteur trop peu lu à mon goût. Allez, moi j’y retourne, obligée.

novLehane, Dennis / Ce monde disparu
Rivages /Rivages-Noir. 8€90
1943, le monde est en guerre mais la mafia prospère aux Etats-Unis. Joe Coughlin laisse sa place à son second Dion Bartolo après avoir régné sur le trafic d’alcool en Floride. Dès lors, il opère comme conseiller occulte pour les gangsters Meyer Lansky et Lucky Luciano. Mais un jour, un gardien de prison est porteur d’un message pour lui : il apprend que quelqu’un veut sa mort.
Dennis Lehane est le créateur de la série Kenzie et Gennaro et l’auteur primé de Mystic River et de Shutter Island. Quatre de ses romans ont été adaptés au cinéma par Ben Affleck, Clint Eastwood et Martin Scorsese. À l’apogée de son talent de conteur, il signe un livre mélancolique et subtil, peuplé de fantômes, qui marque la fin d’un monde.

novManzor, René / Les âmes rivales
Pocket. Best, n° 15421. 6€95
En 1975, dans l’Etat de Louisiane et dans la pénombre d’une église une fillette de 12 ans, supplie un prêtre de l’aider : un homme étrange, qui se dit son ami, la suit partout. Mais elle est la seule à le voir, personne ne la croit ! Le prêtre ne trouve pas les mots…  Il n’arrive pas à la rassurer et elle s’enfuit. Dix ans plus tard, à New York, Cassandre tombe follement amoureuse. La peur revient : cet homme mystérieux, le fantôme qui la hante depuis son enfance, n’acceptera jamais de rival… Non, il ne supportera pas d’avoir un rival.  Mystère, amour et émotions fortes… Ce premier roman d’un réalisateur français adopté par Hollywood est un coup de maître. A travers ce thriller surnaturel, il révèle une plume au rythme vif, une grande sensibilité et un univers mystérieux. Émotion et frissons assurés

 

 


novArnaldur Indridason / Opération Napoléon
Points. Policiers, n° 4430. 8€10
En 1945, un bombardier allemand s’écrase dans un glacier islandais avec des soldats américains à bord. Les expéditions pour retrouver l’avion restent vaines jusqu’à ce que le glacier fonde, en 1999. Les forces spéciales de l’armée des Etats-Unis envahissent les lieux et réduisent au silence deux Islandais en randonnée. Kristin, la soeur de l’un d’entre eux, veut découvrir la vérité.
On ne présente plus Arnaldur Indridason connu pour les enquêtes du commissaire Erlendur et de ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oli.                       Avec ce texte, l’auteur prend quelque liberté. Et les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

novShoham, Liad / Oranges amères
10-18. Domaine policier, n° 5124
A Petah Tikva, petite ville paisible d’Israël, la monotonie du quotidien est rompue lorsqu’une femme signale la disparition de son mari, un journaliste d’investigation local. L’officier de police Anat Nachmias se lance alors à sa recherche, sous le regard amusé de ses supérieurs. Bientôt, le jeune et séduisant publicitaire Iso Dolev décide de s’intéresser lui aussi à cette disparition.
Une mystérieuse disparition, une enveloppe blanche envolée, des règlements de compte sur fond de corruption : un thriller fascinant et cette nouvelle intrigue brillamment menée. Avec ce troisième roman publié en France, Liad Shoham confirme son statut de maître du polar israélien voire international

 


 

Trophée Anonym’us : Lozère Esteban sous le feu des questions


ano

Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 20 décembre 2016

LES QUESTIONS DU BOSS.
1. N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
  • J’écris pour ne pas naître tel que je suis jour après jour. C’est assez illusoire, une quête perdue d’avance, un mouvement circonscrit, un poids mort et un acte de foi, qui révèlent aussi bien l’exiguïté de mon bocal que l’appel du large. Je n’invente rien, j’en suis incapable. Je trouve en l’autre mes propres carences, mes faiblesses. Je les mastique un moment et les recrache. C’est un effort et comme tout effort, il comporte sa part de souffrance. Mais tâte un peu les biceps après ça… Warf !
2. Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
  • Je viens de relire ma réponse à ta 1ère question. Au fond, je me demande si je n’écris pas aussi pour me confesser. J’avoue en toutes lettres l’étendue de mes insuffisances en tant qu’être humain. Je fais dans le glauque. La volonté joue là un rôle mineur. Il y a un ressort en moi qui se détend automatiquement dès que je rencontre une personne ou une situation. Dans la foulée de ce segment de vie, je cherche à alphabétiser l’émotion qui s’en dégage. J’essaie de rendre la vérité de cette émotion captive et disponible, pour que le lecteur lise comme il renifle le terroir remontant du fond d’une bouteille. Après, les mots viennent ou pas… ça ne fonctionne pas toujours très bien, mais ce mouvement s’enclenche en moi quoi qu’il en soit. Regarde le corps. Il absorbe, agite et se nourrit de son environnement. Imagine un peu ce que serait un corps sans trou du cul. J’ai la plume à l’endroit que la Nature a choisi pour moi. Pousser reste un effort, une souffrance nécessaire pour peu que la nécessité ait un sens. J’ai en ce moment même en tête le regard contrit du chiot qui ne peut s’empêcher de chier sur l’affreux tapis du salon. Ce chiot, c’est moi.
3. Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?
  • C’est un débat qui ne m’intéresse plus. J’ai longtemps considéré que la profusion créait la confusion. Qu’il y avait une certaine injustice à voir des textes sublimes disparaître sous l’avalanche des autobios de blaireaux. C’est un phénomène que l’on constate aussi, toute proportion gardée, sur un site comme Atramenta. Aujourd’hui, tout cela me laisse froid. Je m’en tape.
4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?
  • Formidable ! L’auteur à la papa est mort. C’est fini la gymnastique qui consistait à forcer le « was ist das » d’une maison d’édition pour être lu. Considère un site comme atramenta. C’est absolument génial pour quelqu’un qui cherche des lecteurs.
5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
  • Non. Je ne suis pas doué pour ça. Je me cache derrière mes textes. L’anonymat et l’absence me conviennent tout à fait. Bien sûr, il s’agit de savoir ce que l’on veut. Le site Atramenta est un débouché suffisant pour moi. J’y trouve des lecteurs et certains me font la grâce d’un commentaire. Pour les auteurs qui souhaitent « percer », on touche aux limites de la révolution internet. L’auteur est lu sur internet mais pour l’être davantage et tenter de ressembler à papa, il faut passer un temps fou à faire des grimaces de-ci de-là. Je suis très heureux de trouver quelques lecteurs sur Atramenta, sans avoir à faire le singe. C’est aussi en flagrant délit de contradiction que je participe à ce trophée, et que je me suis bêtement mis à cabotiner pour répondre à ton questionnaire. J’en fais des tonnes ici tout en dénonçant le poids du paraître et du faire-savoir. C’est scandaleux.
6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
  • L‘aventure d’écrire est solitaire, longue, ingrate et morne. Ce n’est qu’un point de vue et j’ai peut-être tort. Mais si je devais m’adresser aux jeunes, je leur dirais que s’ils veulent sortir leur museau du troupeau, qu’ils plaquent trois accords sur leur Stratocaster. C’est plus rentable.
7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
  • La vision de l’éditeur est intéressante. Il m’est arrivé plus d’une fois de reconsidérer des remarques que j’avais précédemment identifié comme d’insupportables coups de latte dans la gueule. Le bon éditeur te décolle la fiole de tes feuilles. Il me semble que ce rapport ne peut être que violent. Je me trompe peut-être… En tout cas, toute relation de cette intensité ne peut finir que dans le mur à plus ou moins long terme. En même temps, aucun éditeur n’a jugé bon de miser sur un de mes textes. Et les relations que j’ai pu nouer avec certains d’entre eux datent de la fin des années 90. Je n’ai plus rien soumis depuis.
8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
  • Ce débat ne m’intéresse pas. Dans le champ de la création, il me semble qu’il n’y a que des individus. Le genre, dans toutes ses acceptions, n’est qu’une vaste blague. Un texte est bon ou ne l’est pas. Le fait qu’il appartienne à telle « catégorie » ou qu’il soit écrit pas une femme ne change rien fondamentalement. Je ne crois pas en une écriture féminine distincte. Et si l’on constate l’arrivée de plus en plus nombreuse de femmes dans tous les secteurs, c’est qu’elles ont su faire un sort aux complexes que l’histoire avait noué autour de leurs possibles.
    Pour citer un auteur, j’aime beaucoup Virginie Despentes.
9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • Pour toi, boss. Et pour sortir un peu mes textes du seul site Atramenta. D’où la réponse au point 5, tendue d’une certaine hypocrisie. Je dis ne pas aimer faire le singe et la seconde d’après, j’en fais des tonnes dans mes réponses à ton questionnaire. C’est honteux…
LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.
1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?
  • Peu. D’autant que pour écrire, j’ai besoin d’une tension mentale assez forte dans un environnement calme. Tout le contraire de ce que je vis au quotidien.
2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • Catharsis. Pour avoir les idées claires, il s’agit sans doute de brûler ses angoisses dans le feu des personnages. Auteur ou lecteur, on cherche tous à tirer sur ce mégot. Enfin, je crois…
3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
  • Le boss et toi posez à peu près la même question au même moment, point 3. Pour faire court, je ne sais pas où l’on va et j’en ai rien à cirer.
4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.
  • A la Saint-Ivre, sort un placard de ton livre. Voir point 5.
5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Si tu as besoin de boire pour écrire, cesse d’écrire. A la tienne…
6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • Prends-le toi-même. Et laisse moi dîner en paix, Mme Louloute.
7- Lire aide à vivre. Et écrire ?
  • Je n’en sais rien. Au fond, toute activité est assez dérisoire. Vivre, c’est peut-être autre chose. Quelque chose qu’on aurait perdu de vue… Du coup, on fait mille brasses désordonnées, un peu comme un insecte en voie d’asphyxie.
8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
  • Fin des années 90. J’avais 20 ans et me prenais pour un génie. Un vrai petit con… Un éditeur local avait accepté de sortir mon bouquin à condition que je paie la maquette. Je devais le promouvoir au salon du livre d’une ville de 180 000 habitants environ, pour situer. J’ai passé la journée seul derrière un énorme pilier. Il y avait un monde fou mais personne n’est venu voir derrière le pilier. Ils étaient tous autour d’une scène aménagée pour que Pivot reçoive les auteurs de renom. Prise de pitié, une petite dame s’approcha soudain, à quelques minutes de la fin de cet épouvantable fiasco. Elle prit mon bouquin et l’ouvrit à la première page. Elle le tripota le temps d’une respiration et le reposa sur la table : « Mourir, ça ne prend qu’un r », finit-elle par me lâcher en s’éloignant. Aïe, j’eus mal…
Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.
  • Merci à vous.

Trophée Anonym’us , Nouvelle 16/27 : Javel


vendredi 23 décembre 2016

Nouvelle anonyme N°16 – Javel

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Vous le savez, depuis 4 mois maintenant, le mardi c’est le jour du Trophée anonym’us.

Et oui, depuis 16 semaines votre blog s’est associé avec cette fantastique initiative qui consiste à demander à des auteurs connus, reconnus ou amateurs d’écrire une nouvelle anonymement. Aussi, un jury de lecteurs, départagera et votera à l’aveugle ces 27 nouvelles en course. Effectivement il y a 27 compétiteurs cette année.

Pour en savoir plus sur le Trophée Anonymu’s c’est Ici

Allez place à la seizième nouvelle

Javel

Hé, mon ami, on va continuer à chercher, dèh ! Tchoko-tchoko je vais le retrouver, ton fils.

Je n’aurais pas dû dire ça. À l’instant où j’ai vu Narcisse hocher la tête, se servir en silence un autre thé, j’ai réalisé que c’était une erreur. Pourtant, tandis que je marchais vers sa maison, passant tête baissée devant maquis bondés et enseignes de coiffure, j’avais étudié chaque mot. Pesé le pour et le contre. Entretenir l’espoir d’une issue heureuse ainsi que je le faisais depuis des semaines. Ou aider mon ami à accepter. À réaliser, doucement, que peut-être on ne retrouverait jamais Roméo. Qu’aucun des gamins ne dirait plus rien, à présent. Qu’il était trop tard.

Oui, peut-être aurais-je dû lui dire tout cela.

Mais je n’y suis pas parvenu.

Le soleil vertical écrasait nos ombres sur la terre de sa cour. Derrière lui se tenait sa femme, encadrée dans la porte, droite et muette dans son boubou. Cette vision de Narcisse ruiné par la peine, assis sur son petit banc sous le manguier, pour moi c’était trop. Insupportable. On vient du même village, on a grandi dans les mêmes rues du quartier, dansé le coupé-décalé dans les mêmes boites d’Abidjan, dragué les mêmes filles. Il a toujours tout réussi mieux que moi. Quand, le soir, j’enfilais mon uniforme d’agent de sécurité et que j’entamais ma nuit de gardiennage, je l’imaginais en train de vérifier l’état de sa fortune avant de quitter le bureau et de rejoindre sa famille nombreuse. Ou l’une de ses maitresses dans l’entrer-coucher qu’il louait secrètement à Yopougon. Oui, pour moi, Narcisse avait Dieu dans sa poche. Il ne pouvait rien lui arriver. Le voir comme ça, ça me rongeait le cœur.

Alors non, je n’ai pas réussi à lui dire autre chose.

Peut-être aurais-je dû lui rappeler de quoi on parlait. Revenir en arrière. Lui remettre en mémoire ce jour, où, lui et moi, on avait fait la connaissance des microbes. Oui, j’aurais dû commencer par là. Par cette première fois qu’il avait l’air d’avoir oubliée.

Bien sûr avant, il y avait eu les rumeurs, les premiers incidents dans les rues d’Abobo. Mais c’est un soir, au maquis, qu’on a compris de quoi il s’agissait. Un de ces soirs comme les autres, autour d’une bière et d’une table bricolée aux pieds enfoncés dans le sable. Bonne ambiance, bonne musique. On parlait des enfants de Narcisse, il vantait la réussite de Sylvia, l’index levé pour souligner ses mots : Sciences économiques ! Sourire dentifrice, fier comme un ministre. À l’époque, le petit Roméo, il l’évoquait seulement en avalant sa Castel au goulot.

Lui, je le tiens à l’œil ! Il traine trop, je ne voudrais pas il gagne affaire.

Pas plus inquiet que ça, son ventre de comptable pressant le rebord de la table. J’aimais ces moments avec lui, l’impression d’être quelqu’un d’important. Comme si sa fortune, je la partageais un peu. Les clients tout autour nous dévisageaient, sans doute qu’ils nous enviaient, nous prenaient pour des sortes de businessmans. La serveuse venait d’apporter deux nouvelles bouteilles. Elle rinçait les verres quand Narcisse lui a lancé : hé, petite sœur, tu es belle, on dirait princess…

Mais il n’a pas eu le temps de finir sa tirade. Failli tomber de sa chaise tellement il a sursauté.

À l’autre bout de la terrasse, un cri violent.

On s’est retournés d’un coup.

Là-bas, un homme se tortillait dans la terre en se tenant l’avant-bras. Autour de lui, un petit groupe lui lançait des insultes en nouchi. Échange de regards avec mon ami. Une bagarre, imaginais-je. Rien de plus. Jusqu’à ce que la serveuse mette d’autres mots sur ce qui venait de faire irruption dans le maquis. La voix terrorisée.

Les microbes ! C’est les microbes, kèh !!

Accélération, à peine le temps de réaliser. Les agresseurs, une marée de violence entre les tables, la poussière dans leur sillage. Combien ? Dix, douze peut-être. Armés de machettes qui fendaient l’air, de couteaux rafistolés. Une hache, même, trainée dans le sable et projetée en avant pour faire exploser les chaises. Des fous.

Et tellement jeunes.

Mon Dieu, ai-je réalisé. C’est des gamins !

Le plus petit de la bande, pas plus haut que sa lame de sabre, moins de dix ans à vue d’œil. Une horde de gosses déchainés, habillés de rien, jeans et shorts crasseux, terrorisant les clients et les encerclant avant même qu’on les voie arriver. Donne l’argent ! beuglaient-ils. Donne l’argent, là ! Les femmes effrayées leur jetaient billets et bijoux qu’ils fourraient dans leurs poches trouées avant de se précipiter sur la prochaine victime. Les hommes tentaient de s’interposer, mais les armes des microbes volaient plus vite que leurs coups de pieds. Le sang des plus téméraires giclait dans la terre pendant que d’autres prenaient la fuite sur les motos garées dans la rue.

Mais Narcisse, lui, cloué sur place par la rapidité de l’attaque, il n’avait pas bougé.

J’étais tout près de la sortie, j’ai vu quatre gamins fondre sur lui. Les lames brandies vers sa gorge. Donne grosse montre, là ! Sinon tu vas mourir… Même avec trois têtes de plus, Narcisse tremblait. Il m’a jeté un œil paniqué, les mains en avant comme deux boucliers dérisoires. Seigneur, mon ami d’enfance allait se faire embrocher ! Poussée d’adrénaline, regards à droite, à gauche. Faire quelque chose. Au hasard, j’ai empoigné une chaise en plastique. Et je l’ai balancée dans le dos des microbes.

Deux sont tombés à terre, leurs machettes à trois mètres.

Profitant de l’instant de stupeur, Narcisse a couru vers moi. Un gamin a jeté son couteau, entaille rouge vif au mollet.

On a détalé dans les cris des morveux.

Peut-être aurais-je dû expliquer encore une fois d’où venaient ces monstres. Comment en quelques mois ils s’étaient emparés de nos quartiers. Narcisse ne se rendait plus compte, l’inquiétude avait gommé toute lucidité en lui.

Au début, on avait assisté sans réagir à la prolifération des microbes. Les gosses faisaient irruption dans les soirées, sur les marchés. De moins en moins discrets, ils dérobaient en plein jour téléphones portables et francs CFA. Toujours plus violents, les lames rouillées jaillissaient sous les mentons, tranchaient les chairs à la moindre résistance, abandonnant blessés et traumatisés dans la poussière. D’autres groupes sont apparus, l’épidémie est sortie des limites d’Abobo pour se répandre sur tout Abidjan comme une mauvaise gangrène. À Yopougon, à Attécoubé, et même à Cocody. En plus des faits-divers, des noms ont commencé à émerger. Les noms des chefs de gangs, pour entretenir le climat de tension qui montait. Et notamment celui de Pythagore. Le plus dangereux, à ce qu’on disait. On le prétendait protégé par quelque féticheur à coup de sortilèges et sacrifices. Pythagore, un mot qui faisait frémir nos femmes rien qu’à l’entendre. Ils étaient partout et moi, je voyais mon quartier devenir un coupe-gorge, les honnêtes citoyens qui n’osaient même plus sortir de chez eux le soir.

Mon Dieu, ça me faisait mal de constater ça.

Surtout qu’on savait que ces microbes, ils ne sortaient pas de nulle part. Que c’étaient les enfants de la crise qui avait hissé Alassane Ouattara jusqu’au palais présidentiel. Quand les combats avaient explosé après les élections, quand les militants avaient pris les armes pour évincer Laurent Gbagbo, le commando invisible avait recruté à tour de bras. Expérience, âge, origine, on n’était pas regardant. Les mineurs étaient les bienvenus, on les armait sans retenue. Sauf que personne ne se demandait ce qu’il adviendrait de tous ces gosses nourris à la violence une fois Ouattara au pouvoir. Passée la crise et ses trois mille morts, il aurait fallu bien plus que le maigre programme de l’ONU pour les réinsérer dans la société.

Voilà d’où venaient les microbes.

Et à présent, tout le monde passait à la caisse, pro-Ouattara autant que pro-Gbagbo. C’était devenu un vrai business, on racontait que les microbes se faisaient jusqu’à cent mille francs CFA par nuit.

J’aurais dû dire à Narcisse que son fils, je le cherchais depuis des semaines. Que j’avais fait tout mon possible, fouillé chaque quartier. Que maintenant, il fallait peut-être arrêter. C’est terrible de dire une chose pareille à un père, mais c’est bien ce qu’il fallait faire : l’aider à se résigner. Mon Dieu, j’avais pourtant mis toute mon énergie pour trouver le gamin. C’est pour lui que j’avais intégré le comité de vigilance.

Je me souviens du soir où Narcisse m’a annoncé la nouvelle. Dans son salon, les doigts plongés dans un atiéké poulet. Sa femme si vivante réduite au silence, la gorge serrée. Les autres enfants, assis par terre, osant à peine lever les yeux de leurs assiettes. Mon ami a attendu un moment avant d’évoquer le sujet. Et d’une voix éteinte, il a dit ces mots :

C’est Roméo. Ça fait un mois il n’est pas rentré à la maison.

Ce n’était plus le même homme, un peu voûté, un peu perdu. Sa réussite, son orgueil, tout cela avait disparu dans un gouffre d’inquiétude. Parce que les anciens amis de Roméo répandaient une rumeur. À force de trainer dans les rues, il se disait qu’il avait rejoint les microbes. La bande de Pythagore. On savait que d’autres gosses avaient fait cela, attirés par l’argent facile, par la drogue. Oui, c’était possible. Cette pensée m’a traversé l’esprit comme une balle de pistolet. Je revoyais l’enfant, à deux ans, cavalant dans la cour et s’étalant par terre alors qu’on se moquait de lui. Il se relevait toujours avec le sourire, du sable partout sur le visage, et il repartait de plus belle. Il faisait rire tout le monde à l’époque. J’essayais de l’imaginer à la place de ces petites terreurs avec leurs machettes. Seigneur ! Ça me faisait tellement de peine. J’enrageais en moi-même, tout cela devait s’arrêter.

Alors j’ai promis à Narcisse et à son épouse.

Mon ami, on est ensemble. Je vais le retrouver, dèh ! Vrai-vrai je vais retrouver Roméo.

Et je me suis juré de faire ce qu’il fallait pour ça. Mon Dieu, je ne pouvais pas laisser ces terreurs continuer comme ça. Ce quartier, il était à nous, il fallait qu’on le reprenne. Pour nos femmes, pour nos enfants. Pour Roméo.

Alors je suis allé voir le comité de vigilance.

Plusieurs fois je les avais rencontrés, dans cette rue au bord de laquelle s’alignaient revendeurs de puces de téléphones et cybercafés pris d’assaut par les brouteurs. Quatre gars baraqués, patrouillant et jetant des regards sur les côtés, dans les ruelles étroites et boueuses qui se faufilaient entre les murs de parpaings. On traque ces monstres, là, qui terrorisent les honnêtes gens, disaient-ils. On est équipe de désinfection, quoi !

J’ai intégré le groupe de Moussa, ce type qui, une fois, avait fait la sécurité sur un parking avec moi. Un costaud, nerveux comme un serpent. Du soir à l’aube, on sillonnait les recoins d’Abobo. Sifflets en bouche pour se signaler auprès les habitants, armés avec ce qu’on trouvait, on passait de maison en maison pour rassurer les familles. On était populaires, les gens disaient En voilà au moins qui prennent les choses en main ! Pas comme cette police d’incapables qui ne protège que les intérêts du pouvoir ! Parfois on attrapait un microbe, on le tabassait un peu pour se défouler avant de le ficeler et de le remettre aux policiers.

Mais moi, pendant toutes ces nuits de patrouille, je n’avais qu’un visage en tête. Celui de Roméo. Certain qu’il était quelque part, dans un de ces quartiers qu’on écumait. Comme une obsession : trouver le fils de mon meilleur ami. Le tirer de cette horreur dans laquelle il s’était fourré. Je posais des questions, je donnais son nom dès que je pouvais, j’interrogeais ceux qu’on tenait. Il y en avait bien un qui allait me dire où il pouvait être.

J’aurais dû expliquer à mon ami que Pythagore, c’était notre dernier espoir. Que si le chef des microbes ne nous avait rien dit quand on a mis la main dessus, alors aucun autre ne le ferait. Oui, plus que tout c’est cela que j’aurais dû dire. Parce qu’en entendant ce nom, j’ai vraiment cru que j’étais tout prêt du but.

C’était un soir de saison sèche, l’air lourd et poisseux. Une rue pleine de poussière, chichement éclairée par deux lampadaires grésillant. C’est là que les cris ont éclaté, à deux cents mètres de nous. On s’est mis à courir vers la petite baraque, les sifflets rugissants. Sous la tôle de son toit, il y avait cette femme qui gémissait en se tenant la cheville au milieu de ses seaux en vrac. À côté d’elle, un robinet fuyait dans une ravine sale. La blessure était bénigne, heureusement.

C’est les microbes qui ont fait cela ? a demandé Moussa.

Oui. Ils… Ils étaient quatre… Seigneur, faut mettre Javel sur eux !

Elle nous a indiqué vers où ils étaient partis. Mais avant qu’on se lance à leur poursuite, elle a ajouté :

Attendez. Dans le groupe, là, il y avait… Il y avait celui qu’on appelle Pythagore !

Échanges de regards. Sourire sur le visage de Moussa.

On a détalé dans la nuit, déterminés comme jamais, suivant le halo de la lampe-torche. On a croisé un gars debout sous l’ampoule jaune de sa bicoque. Tu as vu bande de microbes ? Par là ! a-t-il répondu, le bras tendu. Plus loin on a repéré deux gosses qui se disputaient un téléphone au pied d’un bouquet de palmiers chétifs, leurs lames abandonnées au sol. On les a agrippés avant qu’ils s’enfuient. Je me souviens de leur visage, les yeux injectés de sang. Drogués, ça se voyait.

C’est toi, Pythagore ? ai-je lancé.

Sourires en coin. Moussa a asséné une baffe. Tu sais, on va vous chicoter, ô !

Le plus petit a râlé en nouchi : Hé, l’est pas là, Pythagore !

C’est où qu’on le trouve ?

Ils ont hésité, peut-être la peur. Puis le petit a dit :

Dans… Dans Le Trou, dèh !

Une sorte de cratère coincé entre deux lotissements, un gouffre effondré sur une de ces terres impropres à la construction. Des falaises ocre et boueuses tout autour.

C’est ça qu’ils appelaient Le Trou.

On est arrivés par le haut, Moussa a éclairé le fond à la torche. Un endroit sinistre. Des monceaux de poubelles jetées dans le ravin par les habitants du coin. De la verdure aussi, des arbres tordus qui se frayaient un chemin entre les immondices. Des morceaux de bâche en lambeaux. Jamais les policiers ne se risquaient là-dedans. Trop sale, trop dangereux. On s’est regardés avant de se lancer. Puis on a contourné la fosse, sifflets muets, le long des talus en équilibre. Un sentier glissant s’enfonçait vers le fond, aménagé par les gosses à même la falaise. On le tient, grognait Moussa dans la descente, avec seulement le chant des grenouilles et des insectes autour de nous. Arrivés en bas, on a avancé au hasard, les pieds pris dans un mélange de boue et de déchets.

Et dans le halo de la torche, on a repéré l’abri. Juste devant.

Une bâche noire tendue de travers entre des piquets de bois. Des tissus sales qui pendaient de partout. On a marché encore, les pas mal assurés, la respiration lourde. Mon cœur, trop rapide. Mais pas de peur. L’excitation. Moussa a tiré la bâche d’un seul geste. Et révélé la silhouette assise sur les planches. Immobile, éblouie par la torche.

Pythagore… ai-je murmuré.

Le microbe ne disait rien, les yeux explosés, le regard vide. Il réagissait à peine à la lumière. Sûrement drogué par toutes sortes de substances. En le voyant comme ça, j’ai deviné qu’il n’était pas en état de parler. Que je n’obtiendrais rien de lui à propos du fils de mon ami. Pas à ce moment-là, en tout cas.

Moussa l’a toisé, de la rage partout sur son visage noyé dans la nuit.

Maintenant, tu vas payer…

Il allait le frapper avec le couteau qu’il avait pris en main. Mais j’ai arrêté son geste.

Attends. On va le remonter, ou bien ?

Je ne voulais pas qu’il le blesse. Pas encore.

On s’est regardés, hésitants. Et finalement on a attrapé Pythagore par le bras pour le ramener là-haut. Sur la terre ferme. Trainé dans la pente alors que ses tongs glissaient dans la boue.

C’est là que j’ai vu ce qui l’attendait.

Juchées au sommet des murs ocre, des formes humaines se détachaient dans le noir. Dix-quinze personnes. Des adultes. Des curieux attirés par notre expédition. Oui, c’étaient les habitants du quartier. Ils nous observaient monter vers eux, espérant apercevoir la face de celui qui terrorisait leurs familles. Et plus on avançait, plus leurs paroles nous parvenaient. Ils se chauffaient les uns les autres, Pythagore, Pythagore, le nom du chef de gang était dans toutes les bouches. Je suis arrivé au sommet en dernier. Et j’ai découvert tous ces types prêts à en découdre, avec leurs armes de fortune entre les mains. La lumière jaune d’un lampadaire éclairait timidement ce petit monde sur le point d’exploser.

Alors j’ai réalisé ce qui allait se passer.

Et que je ne pouvais rien contre ça.

J’aurais dû mettre un terme aux espoirs de mon ami. Lui dire que Pythagore n’avait pas eu le temps de parler avant de se faire lyncher. Que la trace de Roméo avait sans doute disparu avec lui.

Toute la nuit le cadavre du chef a circulé dans les rues du quartier, son corps mutilé brandi comme un trophée sous les cris de joie. À présent il y avait des vidéos qui tournaient sur YouTube, des photos sur Facebook qui seraient bientôt censurées. Tout cela, Narcisse l’avait vu, comme ces gens qui fêtaient la mort du démon. Mais tout de même, il avait espéré que je revienne de mon expédition avec une piste. Au moins une information, un petit quelque chose qui allait lui permettre de revoir son fils. Je le jure devant Dieu, j’aurais donné n’importe quoi pour ça. Pour pouvoir lui annoncer qu’on avait retrouvé Roméo.

Mais ce n’était pas le cas.

Je ne lui ai pas raconté comment ça s’est passé. Je n’ai pas parlé de ces images qui me hantent encore aujourd’hui. La première pierre balancée par une femme, déchirant un bout de peau sur l’épaule noire. La machette de Moussa plantée dans le dos nu. Le mutisme effrayant du gamin, à terre, n’essayant même pas de se défendre. Le coup de couteau dans la cuisse. Puis le déluge de violence qui s’était abattu sur ce corps livré à la meute. Les cris, les insultes, les crachats, les coups de pieds, les coups de poing.

Non, tout ça, je ne l’ai pas décrit à Narcisse.

Je n’ai pas raconté non plus ce que moi, j’ai fait, après la lapidation, alors que le cadavre était vautré dans la terre au pied de tous ces citoyens repus. Le marteau dans ma main, les doigts serrés autour du manche. Comment j’ai frappé. Dieu me pardonne, mais oui, j’ai frappé ! Une fois, deux fois, trois fois, comme un fou j’ai frappé cette tête. Écrasé le nez, défoncé les yeux alors que les miens s’étaient remplis de larmes.

Pour faire disparaître au plus vite ce visage. Ne laisser aucune trace.

Non, bien sûr, je n’ai pas dit ce que j’ai fait quand j’ai reconnu Roméo. Quand, dans la lumière du lampadaire, j’ai réalisé qu’on s’était trompés, que celui qu’une foule entière venait d’exécuter n’était pas ce fou qui se faisait appeler Pythagore.

À Narcisse, alors qu’il me servait du thé sous le manguier dressé dans sa cour, alors que son épouse effondrée me regardait comme l’ami de toujours, j’ai dit à la manière d’un lâche :

On va continuer à chercher, dèh ! Tchoko-tchoko je vais le retrouver, ton fils.

 

Au fait, c’est un de ces auteurs participants qui l’a écrite  : 

Maud Mayeras – Olivier Chapuis – Danielle Thiery – Ghislain Gilberti – Marie Delabos – Colin Niel – David Charlier – Dominique Maisons – Sandra Martineau – Marie Van Moere – François Médéline – Ellen Guillemain – Cicéron Angledroit – Valérie Allam – Stéphanie Clémente – Gaëlle Perrin-Guillet – Anouk Langaney – Patrick K. Dewdney – Florence Medina – Michel Douard – Benoit Séverac – Loser Esteban – Jeremy Bouquin – Armelle Carbonel – Jacques Saussey – Yannick Dubart – Nils Barrelon.

Oui Mais qui ?

Horrora Borealis de Nicolas Feuz


Les lectures de Marie No
ob_8533c1_horrora-borealisLe livre :  Horrora Borealis de Nicolas Feuz. Paru le 18 octobre 2016  chez TheBookEdition.com.  11€ ; 307 pages ; 11×17 cm

 

4e de couv :

Tout ce sang qui coule aux pieds de Walker. La question n’est pas de savoir qui est ce cadavre avec une balle dans la tête. Non. La bonne question est : qu’est-ce qui s’est passé en Laponie ? Les souvenirs sont flous, mais ce qui est sûr, c’est que de longue date, Walker ne croit plus au Père Noël. Et vous ? Vous y croyez encore ?

 

 

nfL’auteur : Nicolas Feuz est né Neuchâtel en 1971. Procureur de la République suisse et auteur de thrillers, Nicolas Feuz a étudié le droit à l’Université et obtenu le brevet d’avocat, avant d’;être élu en 1999 comme juge d’instruction, puis en 2008 comme président du collège des juges d’instruction, et enfin en 2011 comme procureur de la République helvétique. Il s’est lancé dans l’;écriture de romans noirs en 2010. Horrora Borealis est son septième roman noir.

– Emorata a obtenu le prix du meilleur polar indépendant au Salon du Livre de Paris 2015 et sélection prix du Quai des Orfèvres 2015. – Les Bouches a été sélectioné pour prix du Quai des Orfèvres 2016. On dit de Nicolas FEUZ dans les médias : « Le Maxime CHATTAM suisse » (l’Express) ou « Le roi du polar helvétique » (France 3)

Extrait :
– Walker, répétait inlassablement la voix, qu’est-ce qui s’est passé en Laponie ?
La question récurrente l’énervait au point qu’il n’arrivait plus à réfléchir.
« La Laponie…. »
L’endroit était si lointain dans son esprit.  Pourquoi étaient-ils partis là-bas ? Qui en avait eu l’idée à l’origine ?  La destination était singulière. Inhabituelle même.  Les touristes ne s’y pressaient guère. Il fallait vouloir partir là-bas. Il fallait la volonté d’affronter l’air glacial du cercle polaire. Ce n’était pas évident.
Les souvenirs de Walker étaient dispersés et confus dans son esprit. Quelque chose de grave s’était passé en Laponie. De très grave, même. Il ne pouvait le nier. Quelque chose qui avait bouleversé à jamais le cours de sa vie.

 

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Le résumé et l’avis de Marie Noëlle:

Une chose est certaine, Walker allait mourir. Mais Comment ? Quand ? et surtout Pourquoi ?
Il se retrouve au milieu de festivaliers au bord du lac de Neuchâtel dans un bain de sang avec un Finlandais à ses côtés. Tout se bouscule dans sa tête, il sait, il ne sait plus, que de questions auxquelles il ne peut répondre ou ne veut répondre.
La Laponie, là où tout a basculé, là où il s’est passé quelque chose de grave.
Qu’est-ce qui s’est passé en Laponie ?

 

HUM, HUM comment dire ? ha oui voilà, Nicolas Feuz est un manipulateur hors normes ! je me suis laissée embarquer et manipulée etj’aime pas ça à la base. Mais là au secours, quelle histoire de « dingue »avec une chute magistrale qui m’a laissé sans voix.

Dans cette histoire tout est mesuré, pensé, machiavélique ; tellement bien qu’à la fin je me posais encore des questions. Résultat, j’ai relu le livre en me disant que j’avais raté des détails. Au final OUIIIII tout est à sa place, bien pensé, bien décrit, vrai…J’en suis encore troublée.

Vous l’aurez compris, voilà le dernier bébé de Nicolas Feuz : Horrora Borealis que je recommande vivement sans langue de bois.

Devoir sur table !


Devoir sur table !

Au début du mois dernier, June me proposer ce défi.

Mais comme j’étais en pleine révision pour le concours de bibliothécaire exceptionnelle, je n’ai pas vu passé ce devoir sur table.

Maintenant que mes épreuve professionnelles sont terminé, je vais prendre le temps de répondre à ces quelques questions.

Professeur:  JUNEANDCIE

Épreuve de bibliophilie appliquée. Durée :2h

Sujet : A travers les dix questions suivantes, décrivez et développez votre bibliothèque idéale. Puis passez le sujet à vos petits camarades. 

 

1. Avant d’avoir une bibliothèque, il faut avoir une maison (ou un appartement) où la mettre. Où serait la maison/l’appartement de tes rêves? 

Alors la maison idéale serait située en bord de mer et forcément qui dit mer, pour moi ça évoque la bretagne et sans doute l’océan atlantique. Mais si on m’offre une maison bretonne avec vue sur la mer Manche, je prends aussi !

De préférence une maison contemporaine ou alors rénover avec goût. Les maison bretonne traditionnelle manque d’ouverture et de luminosité.

Quelque chose dans ce genre là

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2. Maintenant que tu as la maison, où est la bibliothèque? 

Alors, j’ai toujours voulu pouvoir associé polar et pinard. Aussi je rêverai d’une cave qui recélerait des casiers à vin et des étagères à livre.

Maintenant, ce retrouver à la cave pour bouquiner ça fait pas rêver et surtout ça risque d’être trop sombre.

Alors la bibliothèque sera placé au Nord afin que les livres ne souffrent pas d’un trop plein de lumière et au dessus de la cave qui serait, elle, apparente.

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Ou encore la cave au milieu de la bibliothèque.

Des choses dans ce goût là ! Quelque chose entre la vinothèque et la bibliothèque, donc !

3. Quel type d’étagères utiliserai tu?

Ce qui génial c’est que le terme bibliothèque désigne à la fois le meuble et la pièce sans oublié le lieu !

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Je rêve bien sur d’une grande pièce lumineuse même si la lumière est l’ennemi du papier et donc du livre.

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Pour l’ameublement, comme June, je répondrai Simple, moderne, épuré mais joli. Sans doute dans des teintes claires. Blanc, lin, gris. Mais aussi du noir.

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j’aime bien aussi quand c’est déstructuré.

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4. Cite trois meubles que tu voudrais absolument voir dans cette bibliothèque (en dehors des étagères bien sûr).

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Un canapé confortable, une table basse et des fauteuils

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5. Quel serait ton système de rangement idéal, si tu n’avais pas à te préoccuper de la pénibilité?

J’aime bien le classement par couleur !

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Cela me change du classement alpha numérique que je pratique toute la sainte journée dans mon boulot.

Un classement géographique peut aussi être envisagé.

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Cette bibliothèque est parfaite pour accueillir la littérature américaine

Ou aussi par genre !

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Il va mon falloir quelques-unes comme celle-ci pour tous mes polars !

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 Ou encore un certain nombre de celle-ci pour mes livres de SFFF

6. Quels sont tes indispensables pour égayer tes étagères?

 Je n’en ai pas !

Les livres se suffisent à eux même.

Bon peut-être y aurait-il des photos. Des photos de mes loulous…

Et peut-être ma collection de phares bretons et d’autres coins de France.

C’est sur il y aurait des trucs de-ci de-là mais pas d’objets fétiches

7. Si ton budget était illimité, quel livre de luxe ajouterai tu à tes étagères?

 Je ne sais pas.

Je ne suis pas bibliophile.

Mais peut-être cette collection original chez Hetzel des Jules Verne.

Peut-être quelques titres ornés d’illustrations de Riou et Montaut.

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8. Quel serait LE fauteuil de lecture que tu voudrais absolument avoir?

 Une méridienne ou un fauteuil style divan pour être à la fois confortablement assis et les jambe allongées.

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J’aime bien celui-ci. Bon peut-être pas forcément de cette couleur. Quoique !

 

9. Qui est autorisé à rentrer dans ton antre?

Toutes les personnes qui me rendent visite.

Je ne crois pas qu’il y aurait d’interdits.

Non, au contraire, elle sera ouverte à tous. (tiens mon job me rattrape là)

Et en plus si ce lieu magique, enfin pour moi, peut inciter certain(e)s de mes ami(e)s à lire ou reprendre la lecture, je serai la plus heureuse du monde.

Oui, cette pièce sera le centre de ma maison, son âme et son coeur voire ses poumons. Une pièce qui respirerait la sérénité et la plénitude.

10. Pour finir, lâche toi, décrit en un paragraphe (ou plusieurs si tu es inspiré) la bibliothèque de tes rêves .

Eh mais, je suis lectrice moi, pas auteur !

Je suis bien incapable de faire une telle description.

Et puis, je suis une lectrice visuelle, les mots me viennent en image lorsque je lis! Je me fais mon propre film, alors difficile pour moi de vous faire rentrer dans la bibliothèque de mes rêves.

Ce qui est certain c’est que…

Au fonds de cette immense pièce il y avait un lit. Non pas un lit matrimonial, non, mais un lit simple à une place, un lit qui aurait pu être un lit de camps, juste une place pour s’allonger et se laisser aller à la rêverie.

En son centre trônait ce grand meuble blancs chargeait de livre, un meuble imposant mais qui semblait flotter comme en apesanteur. Était-ce sa forme ou alors les couleurs qui le parcouraient. Je ne saurais le dire. Avait-il la forme du symbole de l’infini ou celui du ruban de Möbius….Là aussi le mystère restera entier. Mais, il semblait bien,  lui aussi, nous inviter à la rêverie.

Ce qui frappait aussi dans cette pièce, c’était sa luminosité. Les murs blancs ajoutaient eux aussi de la clarté

Et outre ces deux meubles, c’est le dépouillement  de la pièces qui surprenait. habillée seulement de quelques autres livres disposés dans des bibliothèques épurées.

Et puis, la douce chaleur que diffuser le soleil derrière les stores, m’inviter elle aussi à la rêverie.

Je me suis donc approchée de la bibliothèque, j’ai parcouru un à un les livres alignés. Et là je me suis fais happer. Mon imaginaire a fait le reste…

 

Pour terminer en beauté…

Je vais nommer quelques expertes des bibliothèques pour ce tag, des professionnelles du livre, des reines de la pépite livresque, qui auront sûrement sur la question un oeil avisé de spécialiste.

Alors vous qui aimez ce tag, c’est maintenant à vous de jouer.

Je suis curieuse de connaître vos réponses.

Allez, c’est parti pour un devoir sur table, vous avez 2 heures !

 

 

Les poches d’octobre-novembre : Episode 1


Hello chers lecteur zé chères lectrices.

Retrouvez une nouvelle fois les

« Les conseils du mois d’une fan de polars et de thrillers »

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 Cette fois c’est des titres en poche parus en octobre et novembre que je vous propose de retrouver ici.

Et comme il y en a un certain nombre, j’en ferai 3 épisodes.

Allez c’est parti pour le premier

Je vous livre l’article tel que je l’ai remis le mois dernier à  Anne Ju…mon petit padawan

Et pardon pour le retard

 

Salut les Tordus d’Anne Ju
Si en septembre je suis restée raisonnable, en octobre-novembre, j’avoue que je me suis lâchée.
Mais vous le savez, pour vous, je ne sélectionne que des livres qui m’ont fait vibrer et uniquement en poche. Et oui, le prix du livre en grand format devient inabordable pour les grands lecteurs que nous sommes, que vous êtes. Du coup, en poche vous pourrez en choisir 3 voire 4 pour le même prix. Et multiplier son plaisir ça n’a pas de prix, non ?
Alors voici donc cette vaste sélection de titres paru ce mois dernier.
Comme à mon habitude j’essaie de couvrir tous les genres du polar afin que chacun d’entre vous trouviez votre bonheur à moins d’un mois de Noël.
Alors belles lectures à vous les tordus.
Et à très vite.
Ge, votre bibliothécaire polardeuse

Vous pouvez retrouvez ICI mes conseil poche de septembre


novLanger, Adam / Le contrat Salinger
10-18. Domaine policier, n° 5154, 7€80
Adam Langer, journaliste, croise une vieille connaissance, Connor Joyce, lors de la promotion du dernier livre de celui-ci. Connor lui fait part de l’offre étrange qu’il a reçu : une rétribution considérable en échange d’un roman destiné exclusivement à un homme d’affaires richissime, Dex Dunford.
Thriller psychologique d’une facture tout à fait unique, Le Contrat Salinger, qui brosse au passage un portrait au vitriol du paysage littéraire contemporain, est à la fois une formidable réflexion sur la façon dont la réalité et la fiction peuvent s’alimenter jusqu’à s’entre-dévorer, et une construction palpitante faite de rebondissements ingénieux et de révélations en cascade – un roman gigogne au goût de vertige, qui tient son lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page.

novMaisons, Dominique / Le festin des fauves
Points. Thriller. 8€10
Un notable corrompu donne une soirée libertine à Neuilly, où les hommes portent des masques de prédateurs et où les femmes sont les proies. Au moment du discours de lancement de la fête, l’hôte s’écroule, terrassé par un poison qui lui fait exploser tous les organes. Le commandant Rossi enquête.
Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.Un roman impitoyable et magistral. Dominique Maisons a reçu le Grand Prix VSD du polar 2011 pour son premier thriller Le Psychopompe (réédité chez Pocket sous le titre Les Violeurs d’âme).

 

 


novaAkounine, Boris / Une enquête d’Eraste Fandorine / La ville noire
10-18. Grands détectives, n° 5153. 8€80
E. Fandorine est sur la piste d’un dangereux terroriste révolutionnaire et découvre que l’homme s’est réfugié à Bakou, la ville la plus riche de l’Empire russe. En cette veille de Première Guerre mondiale, Bakou constitue un nid d’espions très actifs. La femme de Fandorine est également dans la ville pour un tournage, mais cela n’enchante pas l’enquêteur, qui n’aspire qu’à retrouver sa liberté.
Boris Akounine est, depuis plusieurs années maintenant, le plus grand auteur de best-sellers en langue russe. Traduit en dix-huit langues, il est reconnu comme un maître de l’intrigue policière sophistiquée, à l’humour digne de Gogol. Avec La Ville noire, il met en scène son célèbre enquêteur Eraste Fandorine pour la treizième fois.

nov1Simoni, Marcello /Le labyrinthe du bout du monde
Pocket. Best, n° 16701. 8€20
Naples, 1229. Un étrange cavalier armé d’une lance crachant des flèches de feu sème des cadavres dans toute l’Europe. L’inquisiteur Conrad de Marbourg quitte l’Allemagne avec un ordre de mission papal : enquêter sur la secte luciférienne qui se cache derrière ces crimes.
Le dernier tome des aventures médiévales d’Ignace de Tolède ! Marcello Simoni, passionne d’histoire et diplômé de littérature, à travaille comme archéologue et bibliothécaire. Sa trilogie Le Marchand de livres maudits a été traduite dans onze pays et a été récompensée, en Italie, par le prestigieux prix Bancarella.

 


nov2Vargas, Fred / Temps glaciaires. J’ai lu. Policier, n° 11267.10€00
Paris. Une vieille dame, Alice Gauthier, est retrouvée morte dans sa baignoire, les veines des poignets tranchées. Le commissaire Bourlin, chargé du dossier, est bientôt rejoint par le commissaire Adamsberg et le commandant Danglard, de la brigade criminelle. Une autre mort suspecte et paraissant liée les mène alors jusqu’en Islande. Entre polar historique, tragédie et conte fantastique, Fred Vargas maîtrise à merveille le subtil équilibre des genres pour créer le sien, inimitable.Prix Landerneau polar 2015.

 

 

 

Mon petit avis ICI sur Temps glacières


novDesjours, Ingrid /Les fauves : thriller
Pocket. Thriller, n° 16690. 8€20
Belle et ambitieuse, Haiko est à la tête d’une ONG qui lutte contre le recrutement de jeunes par l’organisation Etat islamique. Elle est la cible d’une fatwa. Quand la jeune femme se sent suivie et que ses proches sont menacés, elle fait appel à Lars, vétéran de l’Afghanistan qui a survécu à l’enfer après avoir été capturé par les talibans, pour la protéger.
 » L’ex-profileuse est passée maitre dans la manipulation de sa proie : le cerveau du lecteur  » Julie Malaure, Le Point.  » La faculté stupéfiante d’Ingrid Desjours à dépeindre les émotions humaines fait mouche à chaque fois  » Marie Rogatien, Le Figaro Magazine.

 

 


novAbel, Barbara /L’innocence des bourreaux
Pocket. Thriller, n° 16560. 6€95
Dans une supérette, une jeune maman, un couple adultère, une personne âgée et son aide, une mère et son ado font leurs courses. Un junkie entre pour voler la caisse et perd le contrôle de la situation. Un jeu subtil s’instaure alors entre supposées victimes et bourreaux.
Un huis clos dont la tension psychologique grimpe jusqu’à son paroxysme. Chez Barbara Abel, pas besoin d’artifices, c’est notre quotidien à tous qui peut devenir l’enfer.

 

 

 


novChandler, Raymond /Un tueur sous la pluie
Suivi de Bay city blues et de Déniche la fille
Gallimard Folio. Policier, n° 537; 7€70
Un détective reçoit la visite d’un homme qui lui demande d’arracher sa fille des mains d’un mauvais garçon spécialisé dans les livres pornographiques et le chantage. Il avoue également ne pas être le père biologique de sa fille et caresser l’espoir de l’épouser un jour. Le privé ne tarde pas à découvrir le maître chanteur tué chez lui. Une nouvelle suivie de deux autres histoires policières.
Voici trois nouvelles – et trois autres suivront bientôt – écrites par un homme qui faisait alors partie de la légendaire équipe de Black Mask, le plus connu des magazines américains qui créèrent le style propre aux ouvrages de la Série Noire. Elles seront accueillies très certainement avec joie par tous ceux qui tiennent Raymond Chandler pour un des plus grands écrivains des Etats-Unis. Elles prouveront, en tout cas, qu’il était, dès cette époque, en pleine possession de son talent de «raconteur». Chandler «chauffe» toujours !

novDazieri, Sandrone / Tu tueras le père
Pocket. Thriller, n° 16356; 8€95
Non loin de Rome, un homme signale la disparition de son fils, Luca, lors d’un pique-nique. Arrivés sur les lieux, les policiers trouvent le corps décapité de la mère. Pour mener une enquête qui s’annonce délicate, le commissaire Rovere demande l’aide de Colomba Caselli, en congé suite à une affaire tragique. Elle s’adjoint l’aide de Dante Torre, un spécialiste du rapt paranoïaque et phobique.
Un duo d’enquêteurs qui sort vraiment de l’ordinaire. Un thriller addictif sous forme de cauchemar à passer des nuits blanches.

 

 

 

 Mon billet sur Tu tueras le père


On se retrouve donc la semaine prochaine pour la suite et fin de cette aventure.

Très beau Noël à vous tous

Avec pleins de beaux livre et de belles lectures.

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Le cirque s’invite au 36 de Emmanuel Varle


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Le livre : Le cirque s’invite au 36  de Emmanuel Varle.Paru le 1er juillet 2014 chez Les Presses littéraires. 13€ ; (354 p.) ; 17 x 12 cm

Quatrième de couverture

Trois homicides visant successivement un ancien truand octogénaire, un voyou minable retiré des affaires et le propriétaire d’un petit cirque sont commis en quelques semaines avec la même arme : un pistolet mac 50. La perspective d’un serial killer sème le trouble au sein de la Brigade Criminelle. Son responsable, le commissaire divisionnaire Mingus charge le commandant Boussinet, responsable du groupe quatre et son adjoint Enzo, jeune lieutenant de police de résoudre cette affaire. Une enquête palpitante conduira Enzo et ses collègues à une longue incursion dans les mondes méconnus du Cirque, des gens du voyage, des indics et des associations de défense de la cause animale, avec une obsession : arrêter le tueur avant qu’il ne frappe à nouveau.

 avt_emmanuel-varle_7961L’auteur : Né à paris en 1960, Emmanuel Varle a été commandant dans la Police Nationale. Féru de littérature, passionné d’histoire et fin connaisseur du monde animal, l’auteur travaille dans la police depuis une trentaine d’années. Cette expérience professionnelle lui a permis de rencontrer des gens venus d’horizons très divers, souvent issus de communautés peu connues du grand public. Il souhaite au travers de l’écriture faire partager aux lecteurs ce vécu passionnant. Le cirque s’invite au 36 est son premier roman.

 

Extrait :
– Eh, t’es qui toi ? La forme s’avança sans répondre. Koffer put distinguer un visage de haine rendu encore plus inquiétant par le faible éclairage dévoilant ses traits. Une arme brillait dans ces mains venues pour tuer, reflets du métal dans cette petite lumière de nuit. Deux coups de feu partirent presque instantanément. Le gitan sentit une douleur énorme dans la poitrine. La balle avait évité le crucifix et pénétré le poumon droit. Un second projectile l’atteignit entre les deux yeux achevant simultanément sa vie de circassien, son spleen du moment et cette intense souffrance physique. Son corps se raidit et chuta lourdement sur le sol. Le bruit des détonations fit vite sortir le camp de sa torpeur.

Résumé et petit avis :

97910310021250-3714844Alors que j’ai le 3e roman de cet auteur ( Dernier virage avant l’enfer) entre les mains, voici ce que je disais de son premier polar lors de sa sortie.

Et ce n’est pas la première fois que les Editions Les Presses Littéraires m’offre un réel plaisir de lecture. En effet sa collection, crimes et châtiments nous révèle régulièrement quelques bonnes surprises. Et si souvent, les enquêtes proposées par cette maison d’éditions pyrénéenne se déroule dans le grand sud ouest, une fois n’est pas coutume, celle ci se déroule bien en région parisienne.

Le commandant Boussinet et son adjoint Enzo mènent l’enquête sur les meurtres d’un propriétaire de cirque, d’un ancien voyou retiré du monde du banditisme et d’un truand octogénaire, tous tués avec le même revolver.

Voici un très bon roman policier procédural. On suit en effet le déroulement de l’enquête pas à pas au sein de la fameuse brigade criminelle au 36 quai des orfèvres. Une plongée dans le quotidien de ces flics d’exception et plus particulièrement du groupe 4, où officie Enzo le jeune lieutenant promu, sans doute, à une belle carrière et qui s’évertue à devenir un excellent flic et pourquoi pas un limier d’exception

.L’auteur a particulièrement soigné la psychologie de ses personnages, ils sont vraiment crédibles et tout sonne juste, jusque dans les dialogues.

Et puis le sujet ou plutôt les thèmes abordés dans ce roman ne sont pas si courants. J’avais déjà découvert l’univers du cirque, l’an dernier, dans l’excellent roman d’Ingrid Astier, « Angle mort ». Et c’est avec bonheur que l’on replonge dans ce monde circassien sous la plume d’Emmanuel Varle, car ce roman est porté par une belle écriture.

Une belle découverte.