Ces Dames du noir : entretien entre une bibliothécaire et une autre bibliothécaire Perrine Savary (1)


 

Voilà ça a commencé comme cela par un simple Message Privé.

Perrine m’envoie le programme de son prochain salon polar « Bloody Fleury »  et me demande :

« -Juste pour le plaisir de partager en avant première avec une collègue !

Tu me diras ce que tu en penses ^^…

Notamment sur les intitulés des tables rondes ce sont des premiers jets je vais travailler encore dessus »

Et nous avons commencer à discuter. Il est parfait son programme, j’ai pas grand chose à lui apporter à la petite ( je dis petite mais n’y voyez pas une quelconque mépris de ma part, non c’est affectueux, c’est tout). Quelques intitulés à revoir, version percutant, c’est tout !


perrineGVL : Mais dis donc, Perrine !

Il va falloir quand même que tu trouves le temps de me raconter tout cela. Comment on monte un tel événement. Comment on arrive à concilier vie de la bib avec un festival à préparer !

Perrine  Savary : Quand tu veux ! Par téléphone si tu veux, je n’ai malheureusement pas spécialement l’occasion d’aller à Paris prochainement

GVL : Par écrit quand tu pourras !

Perrine S. : Si tu veux j’ai une bonne demie heure ^^

GVL : Là maintenant ?

Ben il te faut te présenter.

Comment tu es devenue bibliothécaire. Quelles études ?

Tu as choisi ce job par défaut ou par passion ou encore… ?

Ensuite où as tu travaillé ?

PS : Ah mais c’est carrément un interview que tu veux ! Ok allons y. Alors j’ai 30 ans, je travaille à la bibliothèque de Fleury-sur-Orne depuis 6 ans, et je suis coordinatrice du festival. Avant de nous lancer dans le projet j’aimais les thrillers et je lisais assez peu de romans noir, après deux ans à travailler sur le polar je suis maintenant noir noir !

GVL : Etre une dame du noir ça se mérite lol ! Tu crois quoi ! 

A quoi consiste ton job ?

Mais avant Fleury ?

PS : Mon job c’est en fait plusieurs job en même temps. Je suis bibliothécaire, je m’occupe de gérer le programme d’animations, le budget, les acquisitions et la communication, avec mes deux collègues. Je travaille également à la construction du réseau lecture publique de Caen la Mer dont nous faisons partie, cela consiste à échanger avec nos collègues de l’agglomération afin d’améliorer nos services, d’échanger nos pratiques, de monter des projets ensemble. J’accueille aussi du public et ponctuellement des classes, et il m’arrive encore parfois de ranger, de faire des animations et des activités périscolaires aussi !

 Avant Fleury j’ai travaillé à la bibliothèque de Caen ou j’ai effectué une vacation ou je nettoyais la base autorité auteurs (passionnant !)

GVL :  » la base autorité auteurs », je ne comprends pas. Enfin si, mais mes lecteurs, c’est du jargon pro pour eux !

PS : Comme je les comprends !

Cela consiste à enlever les doublons afin que lorsque l’on fait une recherche sur le catalogue de la bibliothèque tous les livres du même auteurs soient « rangés » au même endroit et sortent ensemble dans les résultats

GVL : Avant quand tu étais étudiante , ou avant d’être à Fleury.

Juste avant j’ai eu un bébé, et avant j’ai travaillé un peu au Havre, d’abord sur des vacations au service public, ensuite sur un remplacement de congé maternité.

Et avant j’ai fais un DUT métiers du livre et de la communication et une licence pro en communication

GVL : Tu m’as dit lire du thriller. Mais comment tu es venue à lire des polars ?

Et puis qu’elle était la place du livre dans ton milieu famillial ?

D’ailleurs qu’elle était ton milieu familial ? Si c’est pas trop indiscret !

PS : Alors dans l’ordre inverse, mon milieu familial. Ma mère est fonctionnaire, elle a fait des études et adore lire, mais pas forcément du policier, plutôt de la fantasy, des essais ou des documentaires, notamment tout ce qui touche à la psychologie. Mon père lui est commercial et n’a pas fait d’études, il ne lisais pas jusqu’à il y a peu en fait, il s’est d’ailleurs mis au noir lui aussi. Mes parents sont divorcés et mon père à été marié à une femme qui dévorait les livres. Enfant j’allais à la bibliothèque toutes les semaines, et je dévorais !

GVL : Quand tu t’es destinée au DUT métier du livre tu savais avant que tu voulais travailler en bibliothèque ?

Mais comment le polar ou le thriller si tu préfère est rentré dans ta vie ?

PS : Très rapidement j’ai donc compris que les livres feraient partie de ma vie, et c’est naturellement que j’ai suivi la filière L. Quand je suis arrivée en DUT je ne voulais surtout pas être bibliothécaire, je voulais être dans l’édition.

Je pensais qu’on s’ennuyait en bibliothèque.

J’ai toujours eu tendance à lire un peu de tout, par curiosité surtout.

Je suis venue au polar spécifiquement lorsque l’on m’a demandé de travailler sur un projet de salon du livre. Je me suis posée la question de quel genre intéressait le plus mes lecteurs.

GVL : Tu ne lisais pas de romans policiers avant de penser au salon ???

PS: Et en creusant la question je me suis rendue compte que le polar avait énormément d’amateurs, de profils très variés. Ce n’est pas par choix personnel que l’on s’est orienté vers ce genre mais vraiment parce que les lecteurs nous ont mis sur la voix.

MAis !

J’en lisais si !

Mais je ne lisais pas que ça !

Alors que depuis deux ans je ne lis rien d’autre

GVL : Hahaha ! on dirait moi ! lol

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PS : D’ailleurs les lecteurs nous l’ont fait remarqué ! Il paraît qu’il y a beaucoup de noir dans nos acquisitions ces derniers temps je ne comprends pas pourquoi ? ^^

Mais bref je lisais du thriller donc avec notamment Karine Giebel dont j’ai dévoré tous les romans (avec un gros bémol sur les deux derniers).

GVL : Je me souviens, il y a 2 ans, tu « tripais  » les auteurs comme Karine Giebel, Ingrid Desjours….

Tu en es revenue ?

PS : Oui, j’aime toujours Ingrid d’ailleurs, j’attends avec impatience le prochain, mais globalement sur les thrillers je commence à voir plus facilement les ficelles, à trouver ça trop facile, sauf quand les personnages sont vraiment réussis

GVL : C’est des rencontres qui ont influencé tes choix ? Choix de lectures, choix d’auteurs ?

Oui énormément, quand on a commencé à parler du festival, j’ai contacté par hasard Sophie Peugnez qui écris dans le côté caen sans savoir qu’elle étais spécialisée polar (aujourd’hui je me demande comment j’ai pu rater une info pareille !)

On a tout de suite énormément sympathisé et échangé et elle m’a contaminée à la vitesse de la lumière !

Depuis je suis les conseils de Zonelivre et suis rarement déçue.

Et en cherchant des animations je suis tombée sur les docteurs polar, c’est comme cela que j’ai rencontré les « Fondu au noir » et Caroline, qui m’a elle plus convertie au roman noir d’ailleurs.

Enfin j’ai commencé avec le festival à travailler avec la librairie Eureka Street, et j’ai ainsi fait connaissance de Pierre Thomine, qui est (avec Bénédicte bien sûr), devenu mon libraire préféré ! Lui aussi est plus roman noir, je suppose que ça a joué aussi sur les découvertes

GVL : Fais gaffe tu vas devenir dinguo, ça fait 25 ans que je suis les conseilles de spécialistes et je ne m’en suis pas remise.

PS : J’ai bien peur d’être sur une pente glissante oui !

GVL :Tu n’as pas peur avec le temps de devenir trop élitiste ?

Ne plus avoir un regard de profane et choisir pour le plus grand nombre de lecteurs

J’adore ce que font les fondus au noir mais je les trouve trop exigeants parfois avec certains auteurs, avec certains titres !

PS : Je ne trouve pas que le roman noir soit spécialement élitiste personnellement. Il y en a bien sûr mais quand je lis du Cloé Mehdi ou du Benoît Severac par exemple je ne trouve vraiment pas que ce soit élitiste. Et dans le cas du festival je fais très attention à ne pas sélectionner uniquement des auteurs que j’aime.

GVL : Tu fais un vrai travail de bibliothécaire en sommes !

Et pour Cloé et Benoît je suis d’accord avec toi, j’ai adoré leur derniers bouquins.bsbscaclohe 

Tu sélectionnes mais tu penses à tous tes publics, tous tes différents publics.

PS : C’est exactement ça

et je suis très très vigilante à ne pas enfermer la programmation dans un style

GVL : C’est tout à ton honneur.

PS : Pour cela je visite d’autres festivals et je suis différents blogs (dont le tien bien sûr), cela me permet de dénicher des pépites même dans des genres que je n’affectionne pas particulièrement. Et je fais confiance aux lecteurs

GVL : Même avec les fôtes d’ortografe ?

PS : Même ^^ j’ai même tendance à en faire de plus en plus, je crois que mes neurones grillent avec les réseaux sociaux

GVL : Oui il est important de rester un simple lecteur même si c’est un grand lecteur § Ou lectrice pour nous !

PS : Par exemple pour le choix des auteurs qui parleront de la thématique « jusqu’où faut-il aller dans l’horreur », j’ai invité David Coulon et Gilles Caillot, mais je leur ai dit que je n’avais pas pu lire leurs livres. L’horreur me fiche la trouille !

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Par contre j’ai des retours de lecteurs, de blogueurs et de bibliothécaires qui m’ont aidé à les choisir !

GVL !: Le premier de David est un roman noir !

PS : Je t’avoue que ma PAL est tellement monstrueuse que je me concentre sur les derniers ! ^^ mais je vais regarder ça de plus prêt !

GVL : Oui toujours être à l’écoute et avoir la curiosité affûtée !

c’est la clé je crois !

Oui il nous faut aussi se faire une opinion par nous même.

Mais les retours de lecteurs c’est un bon moyen de voir ce qui a la cote ou pas !

Comme diversifié les sources !

C’est toi qui as choisi de monter un festival, ou ça vient d’une volonté d’un elu par exemple ?

11053119_1465249507101841_2990665066206793785_nPS : C’est le maire qui a souhaité monter un festival

L’idée du polar vient de moi

GVL : Alors comment on s’y prends pour monter un tel projet ?

PS : Par quoi commence-t-on quand on part de rien sauf de ses connaissance de l’édition?

Des envies

GVL : Des envies ?

PS : De celles du public d’abord, Et de celles des structures du territoire

GVL : Concraitement tu fais une sorte de sondage ?

PS : On ne voulait rien imposer aux partenaires du coup on s’est réunis autour d’une table et on a expliqué ce qu’on avait envie de faire. Chacun ensuite a donné ses idées

En même temps nous avons fais le tour de plusieurs salons pour s’inspirer

Les quais du polar ont été une source d’inspiration

GVL : QDP, tu m’étonnes !

Et une fois que tu as défini le contexte, tu décroches ton teléphone et c’est parti ?

PS : Ouh la non après nous avons rencontré des structures qui pourraient nous financer

Drac, région, crl, bdp, cnl…

GVL : Ok, comment tu estimes ton projet de financement. Sur quels critères ?

Tu as donc un plan d’attaque, tu sais de quoi va être fait le programme de ton week end ?

As-tu des obligations ? travailler avec les écoles, les partenaires….

D’ailleurs quels sont tes partenaires ?

PS : Alors pour le financement la règle numéro un c’était quoi qu’il arrive rémunérer les auteurs et soigner leur accueil, Et la communication

Ensuite nous avançons avec plusieurs scénarios et on adapte en fonction des financements.

Bon le boulot m’appelle

Faut que je te laisse, on reprend plus tard et je te réponds après

GVL : Pas de souci. On reprend quand tu veux quand tu peux !

Et merci déjà pour tout ça !

Tu l’as compris je veux tout savoir.

Belle fin de journée à toi !

Voilà ça à débuter comme cela. Mais c’est pas fini. On retrouve Perrine très vite pour la suite de cette conversation passionnante.

En attendant je vous laisse avec les coordonnées du salon Bloody Fleury…

Bloody Fleury

Festival du polar à Fleury-sur-Orne

bloody.fleurysurorne.fr

Et la page Facebook

Aussi

https://www.facebook.com/bloodyfleury/

Et pour vous faire patienter avant le prochain salon , Perrine vous propose un belle rencontre à Fleury sur Orne. Si vous êtes dans le coin mercredi prochain

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