Trophée Anonym’us : Anouk Langaney sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 8 novembre 2016

Anouk Langaney sous le feu des questions

Les questions du Boss.

1- N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

  • Mais si, c’est du plaisir ! Le genre qu’on éprouve quand on arrête de se cogner la tête contre un mur.

2- Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

  • Si je le savais, j’arrêterais peut-être. J’écris pour mettre en forme, et si possible à distance, des choses qui me tournent dans la cervelle – et arrêter de me cogner la tête contre ces foutus murs. Mais il faut croire que j’ai aussi envie d’être lue, sinon je ne prendrais pas le risque de montrer le résultat. Donc j’imagine que j’écris pour qu’on m’aime, comme tout le monde.

3- Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

  • Tant mieux ! Il faut juste espérer que les éditeurs et les lecteurs s’y retrouvent, et aiguisent leur esprit critique. À propos, tu aurais un lien, pour les bouquins de l’épicier et de ma voisine ? Je n’arrive pas à mettre la main dessus…

4- Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

  • Si le monde n’était bousculé que par les ebooks, je dormirais mieux ! Nous nous adapterons, en râlant un peu. Les jeunes plus vite que les vieux, comme toujours. Mais la question de la valeur du livre, l’objet et ce qu’il contient, est à reposer, c’est sûr.

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

  • Mon éditeur distribue et communique surtout en Corse. C’est par le bouche à clavier que mon livre a franchi la Méditerranée ! Sans les blogs, les groupes de lecteurs, de libraires, bibliothécaires et organisateurs de festivals passionnés qui l’ont mis en avant, je n’avais aucune chance… et ces contacts, souvent très chaleureux, me font le plus grand bien.

6- On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

  • Le nombre de médailles d’or aux J.O. n’est pas très élevé non plus, ça ne m’empêche pas d’aller à la piscine.

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

  • Plutôt sereine, dirais-je. Il m’a fait confiance ; je fais pareil.

8- J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • Je ne vois pas les choses sous cet angle. Gamine, je piquais à mon grand-père les bouquins de Frédéric Dard, mais aussi ceux d’Agatha Christie. Les romancières anglaises et américaines ont été des pionnières du polar, comme du fantastique, d’ailleurs. Cette disproportion a sans doute existé en France, mais pas partout. Et encore : Brigitte Aubert, Maud Tabachnik ou Fred Vargas ont fait leur trou depuis un bout de temps !Je pense que je lis à peu près autant de femmes que d’hommes. Trop pour toutes les citer, mais parmi celles qui participent au Trophée cette année, je peux déjà te dire que Marie Van Moere, Danielle Thiéry et Florence Médina sont redoutables. Et que je vais découvrir les autres.L’an dernier, j’ai adoré les nouvelles de Naïri Nahapétian, d’Elena Piacentini et d’Annabelle Lena.

9– Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

  • Elle est très belle, ton idée. L’anonymat offre aux auteurs inconnus une vraie chance, celle d’être lus avec la même attention que les autres, sans préjugés.

 

Les questions de Mme Louloute.

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

  • Pas assez. Je me bats pour lui en donner plus, mais je perds souvent !

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

  • Pfff, bonne question ! si ça se trouve, toutes ces horreurs me plombent… Allez, c’est décidé, j’arrête ! A partir d’aujourd’hui, mes livres seront pleins de vie, d’amour et de créatures joviales qui gagnent à la fin. Je vais commencer par un panda, tiens ! Un petit panda roux trop mignon. Il est avec sa mère dans la forêt, peinard, au moment où les bulldozers…
    …nan, j’arrive pas.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
À l’essentiel.

  • Il y a des auteurs que j’attends (certains grecs à capillarité modérée, par exemple). Et des gens de confiance dont j’écoute les conseils. 

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

  • Le problème quand je sors un livre, vu comment est rangé mon placard, c’est qu’il y a toute une pile qui tombe. Dernièrement, j’ai lu Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour, de S.G. Browne (sur le conseil d’un oiseau-libraire lillois), et c’était très drôle. Et je viens d’attaquer L’ours est un écrivain comme les autres, de William Kotzwinkle, qui me réjouit aussi. Et puis j’ai lu Bois, le premier roman de Fred Gévart, qui, décidément, écrit vachement bien. Et encore d’autres. Je te raconterai.

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?

  • Non. Mais il faut se relire à jeun avant de cliquer sur « envoi ».

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

  • Juste le poivre ? Et le basilic, alors ? La cannelle, le piment, le thym, la muscade, le safran, la sauge ? Et le sucre ?
    Je ne trouve pas grand-chose de fade dans ma vie, en fait. À part les contraintes administratives, et certains embouteillages.

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?

  • Écrire aide à penser. Je crois.

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • Ce qui m’a le plus touchée, c’est que des proches de malades d’Alzheimer viennent me dire que rire (noir) de cette saloperie avec l’héroïne teigneuse de Même pas morte ! leur avait fait du bien. Pendant Mauves en Noir, en particulier, un Monsieur adorable est venu me présenter sa femme atteinte du syndrome de Benson, à qui il avait lu le roman à haute voix.

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.
C’est moi, qui vous remercie ! À très vite.

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