Trophée Anonym’us : Ellen Guillemain – Sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 25 octobre 2016

Ellen Guillemain – Sous le feu des questions


LES QUESTIONS DU BOSS

N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

  • Attends, je prends mes anxiolytiques et je te réponds… Je plaisante bien sûr, néanmoins, plus on écrit, plus on se met de pression. Des moments où l’on atteint le nirvana et d’autres où l’on touche le fond.

Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

  • Si je le savais, peut-être arrêterais-je ?

Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

  • C’est inévitable donc plutôt que de râler, je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire, à savoir progresser et sortir un travail de qualité en étant bien accompagnée.

Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

  • Comme dans ma réponse précédente, je pense que c’est inévitable et que je suis mal placée pour cracher sur tous ces changements d’autant que le pire comme le meilleur peuvent en sortir.

Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

  • Oui, un peu mollement je l’avoue. Les bons éditeurs font ça très bien. En revanche, j’ai pu avec un grand plaisir développer des relations amicales avec certains lecteurs par les réseaux sociaux ou approcher d’autres auteurs que j’admire. C’est un fait aussi que faire partie d’une petite ou moyenne maison d’édition permet de faire vivre un livre beaucoup plus longtemps.

On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

  • J’ai surtout constaté que chaque auteur, jeune ou vieux, y croit toujours, sinon, à quoi bon écrire ? Il faut juste savoir qu’on peut être un très bon écrivain et ne jamais percer et vice versa, c’est ainsi…

Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

  • C’est un peu comme un mariage en vérité, on fonde beaucoup d’espoirs et de rêves ensemble et puis parfois on divorce. Le principal étant qu’on ait réalisé un superbe projet ensemble au moment X.

 
J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • Je n’en n’ai aucune idée. Sans doute les femmes ont-elles aussi envie d’évacuer leur côté sombre qui est si souvent nié dans notre société où on les associe souvent à la douceur, la tendresse, la beauté, la maternité. Elles sont talentueuses dans ce domaine du noir et du polar mais je n’en n’ai jamais douté. 

 

Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

  • Par défi tout simplement. Quand je vois toutes ces personnes talentueuses qui ont accepté aussi, j’ai le disque dur qui fonctionne très fort.

 
LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE

Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

  • Bien évidemment que non. La vie professionnelle empiète sur l’écriture qui elle-même empiète sur la vie de famille. Pas simple de se poser parfois.


A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

  • Plus que jamais justement !

La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?

  • Plus on est de fous, plus on rit (jaune)

Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

  • Sukkwan Island de David Vann, éditions Gallmeister. Il me hante encore, quatre ans après l’avoir lu. 

Boire ou écrire, faut-il choisir ?

  • Les deux, mais pas en même temps.

La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

  • Les rencontres avec des gens éblouissants, mais telles le poivre du Cameroun, elles sont rares et précieuses.

Lire aide à vivre. Et écrire ? 

  • A s’échapper d’entre les cons.

Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, 
un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • Le nombre de femmes qui sont venues me rencontrer lors de la sortie de mon premier roman « Un crime amoureux » ed In Octavo, non pas pour m’acheter le livre, mais pour me raconter en long, en large et en travers, qu’elles aussi vivaient avec un pervers narcissique.

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

  • C’est moi qui vous remercie de me permettre d’exercer mon art sur un air de défi

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