Trophée Anonymu’s : Marie Van Moere – sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 27 septembre 2016

Marie Van Moere sous le feu des questions

 

LES QUESTIONS DU BOSS.

1. N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

  •  Quand tu commences à avoir mal quelque part, quand tu sens que le cerveau n’a plus d’oxygène, il faut se lever et sortir, ou dormir. Tout dépend du rythme de travail et c’est donc propre à chacun, mais après deux heures d’écriture en mode concentration, il faut se délier

2. Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

  • Je ne sais pas, c’est comme ça et ça a toujours été. Je me rappelle avec précision des premiers romans lus (Alice Détective et Fantômette), dans mon lit, à Saint-Laurent du Maroni. À chaque fin, je me demandais si je pourrais l’écrire. Je n’ai jamais arrêté de me poser cette question jusqu’à ce que je commence moi-même sérieusement l’écriture d’un roman.

3. Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?

  • Je te dirais de ne pas oublier les écrivains de l’ombre qui sont les véritables auteurs des livres de ces gens. Bien sûr, je ne parle pas ici de mon épicier ou de ma voisine. Qu’est-ce que ça m’inspire ? Il y a de la place pour tout le monde. Ça pose la question du verbal et de l’écrit, écrire ce qu’on a à dire serait comme mettre un point final à son message. La question est plus vaste si on évoque le travail de fiction.

4. Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?

  • Sincèrement, je n’en sais rien. Je crois que c’est une évolution inéluctable, l’humanité 2.0, celle que je ne vivrai pas. Je vois souvent des gens lire sur liseuse, je les entends me dire comme c’est pratique. J’ai publié une nouvelle en numérique (BUCKAROO chez E-Fractions), PETITE LOUVE n’est pas accessible au format numérique. Bref. Je ne suis pas encore assez calée pour te répondre. J’aime les bibliothèques, j’aime les livres. Pour les réseaux sociaux, c’est une autre question (voir infra).

5. Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative. Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

  • Oui, je m’en sers. J’ai un blog (L’œil et le Gun), un compte Twitter, un compte Instagram. Tout cela sert à communiquer, donner des infos, partager son univers littéraire et artistique également, assumer les multiples personnalités qui luttent en nous ou soutiennent l’écrivain qui les fait vivre sur le papier.

6. On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

  • Il faut savoir ce que l’on veut et avoir beaucoup de courage. Si le nombre de livres publiés a été multiplié par deux c’est que le rêve de publication est accessible, non ? Pour le reste, je suis un mauvais exemple. Je me sers des réseaux sociaux parce qu’il faut vivre avec son temps mais tout évolue, même en soi. Je ne veux pas être plus visible qu’il ne le faut pour mon premier roman (PETITE LOUVE) pour lequel je me bats depuis que j’en ai débuté l’écriture. Ce que je veux dire c’est que je veux que LUI soit visible, pas moi. Je n’écris pas pour ma gloire. Même chose pour le deuxième roman en cours, à paraître à la Série Noire. Je pourrais aller plus vite, sacrifier au temps des réseaux et au temps des médias. Mais c’est dans la lenteur que les personnages se construisent jusqu’aux fondations. Alors, lentamente. Comme la baleine. Cela dit, je serai moins sereine sans la confiance de mon éditeur.

7. Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

  • Je ne sais pas. Il y a rencontre ou non. Confiance ou non. Satisfaction ou non. En tant qu’auteur, je voudrais le meilleur pour mon livre. Aucune raison de changer si je l’ai. Cette histoire de psychanalyse, c’est des conneries. Comme de dire que la relation auteur/éditeur c’est comme une histoire de couple. C’est détourner le propos du contrat qui nous lie. Quand je signe un contrat, je le respecte. C’est le jeu. Mais un jeu dangereux qui implique la cession d’une œuvre. D’où les frustrations, les paranoïas des deux côtés quand ça coince. Rappelons que les auteurs sont les parents pauvres de la chaîne du livre. Ce sont les galériens qui pédalent au sous-sol pour qu’il y ait de la lumière dans les étages. Tout est dans le contrat alors il faut savoir ce qu’on signe. J’engage les auteurs à se renseigner auprès de la SGDL, qui peut les aider à retrouver leurs petits dans tout ce fouillis sans perdre de temps ou s’énerver. Le temps mal perdu ne se rattrape jamais et que voulons-nous au fond ? Perdre notre temps à écrire et faire la fête quand c’est possible. Quand ça se passe bien, c’est merveilleux et se scelle une alliance de longue haleine.

8. J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • Je lis de tout et je crois que les femmes ont toujours écrit du « costaud ». Rappelons que Frankenstein a été écrit par Mary Shelley. Peut-être sont-elles plus médiatisées, mieux acceptées dans le quartier hardboiled, ces temps-ci ? DIRTY WEEKEND d’Helen Zahavi m’a profondément impressionnée. C’est Caroline des Fondus au noir qui me l’avait offert après avoir lu PETITE LOUVE. J’ai écrit un article à propos de ce livre pour L’Indic. J’ai beaucoup aimé CANNIBAL TOUR d’Anouk Langaney et un peu plus récemment, les romans de Sandrine Colette et d’Elsa Marpeau.


9. Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

  • Mais pour perdre mon temps à écrire et faire la fête avec les autres aux Pontons, pardi ! Et si je ne suis pas une grande fan du tirage de bourre, l’anonymat est un challenge intéressant à relever.

LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.

1. Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

  • Il faut absolument trier. Absolument. Cela se fait automatiquement de toute façon, alors mieux vaut garder le contrôle sur le tri. Les écrivains sont des gens qui n’acceptent de s’enchaîner qu’à ce qui compte pour eux. Là est la variable.

2. A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

  • Si mes héros broient grave du noir, c’est pour me permettre d’avoir les idées claires.

3. La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?

  • Comme je le disais plus haut, il y a de la place pour tout le monde. Les lecteurs choisissent. Sûr qu’un super libraire et/ou un bon papier peuvent aider, mais ça, c’est tellement aléatoire…

4. Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.

  • UN DON, de Toni Morrison. J’ai adoré cette histoire d’une jeune enfant noire abandonnée par sa mère à un maître blanc parce qu’elle avait l’âge de s’en sortir alors que le petit frère serait mort. C’était bouleversant et merveilleusement écrit. Toni Morrison est immense.

  • Plus proche de nous ici, NOIR OCÉAN de Stefan Mani, huis clos noir et fantastique dans un cargo islandais au départ de Reykjavik.

5. Boire ou écrire, faut-il choisir ?

  • Tout dépend si tu veux écrire longtemps…

6. La littérature est le sel de la vie. Passe-moi le poivre.

  • Je préfère le piment. Frais, égrainé, coupé fin dans la salade libanaise. Cuit entier dans un bon chili maison. J’aime cuisiner pour mes amis, encore plus quand j’ai bien écrit avant.

7. Lire aide à vivre. Et écrire ?

  • Je saurai (peut-être) quand je serai vieille et chenue.

8. Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • Ah oui, tiens ! Je me rappelle de ce gros festival où l’un des libraires s’est planté sans rire devant moi et m’a dit d’un air paternaliste : « Bon, j’achète ton livre mais c’est pour ma femme. » Le déterminisme du genre existe partout, beaucoup chez nous. Il ne faut rien lâcher mais sans perdre de temps et continuer à travailler sans se préoccuper des condescendant(e)s.

  • Une anecdote positive. Dernièrement, j’ai rencontré Gilles Del Pappas au 13 ème prix marseillais du polar et j’ai adoré cet homme. D’abord, très important, j’ai aimé son polar LE BAISER DU CONGRE, ensuite lui est entier et généreux, merveilleux cuisinier et grand convive, voyageur, amoureux de la vie. Je vous souhaite de le rencontrer, un jour.

          Amen.


Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

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