Trophée Anonymu’s : Nils Barrellon – sous le feu des questions

ano

Anonym’us

Les Mots sans les Noms

 mercredi 21 septembre 2016

Nils Barrellon – sous le feu des questions

LES QUESTIONS DU BOSS
 anonils-barrellonN’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
  • Non. Ah si ! Une fois, je me suis fait tomber le capot de mon imprimante sur l’index droit en tenant de changer la cartouche d’encre. Bobo.  
Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
  • J’aime ça et, plus que tout, j’aime être lu. J’aime qu’on vienne me trouver pour me dire qu’on a passé un bon moment en ma compagnie, qu’on attend impatiemment le prochain Kuhn, que j’écris bien, que j’ai du style… D’autre part, je le constate, plus on écrit, mieux on écrit. Je me suis vu progresser et c’est agréable. J’aime de plus en plus jouer avec les mots, avec les structures de phrases, avec la ponctuation.
 Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?
  • Tu n’ignores pas que les sportifs, les stars du show-biz, les présentateurs télé et les politiques n’écrivent pas leur livre. Donc je biffe. Pour les autres, mon épicier, mon dentiste et la chien de la bouchère, je le comprends. Beaucoup (je le pense sans savoir si c’est vrai mais puisque tu demandes, je te réponds) souhaitent écrire comme ils font un selfie. Se raconter, se faire mousser, faire le buzz. Rédiger un super long statut Facebook en somme. Si c’est leur droit le plus fondamental, je ne pense pas qu’on puisse classer leur(s) œuvre(s) dans la littérature (quoique, certains y sont parvenus avec brio : Proust aurait adoré Facebook… Tu imagines ses statuts ? « Manger une madeleine en regardant l’horloge. Fait. » ) Enfin, pour tous les autres, ceux qui veulent juste raconter une histoire, il me semble alors légitime qu’ils désirent la faire lire. Si cela doit se faire par le biais de plateforme internet ou d’autoédition, pourquoi pas ? Pour ne rien te cacher, j’ai déposé mon premier « Kuhn » sur un tel site, où il figure toujours. Et il est lu !
Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ?
  • Du bien et du mal. Bien parce nous sommes plus nombreux à pouvoir accéder à un auditoire (un lectorat plutôt ?). Mal parce que la qualité d’une œuvre dépend maintenant de critères pourrav’ comme le marketing, la visibilité, le buzz… Le nombre de bouquins médiocres qui cartonnent me désespère.
 Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
  • Oh oui ! Et, franchement, je m’en passerais bien. Je n’aime pas traîner sur Facebook et j’y suis pourtant toute la journée. A ce propos, j’embauche toute personne dynamique et volontaire pour tenir mon fil d’actualité ! Avis aux amateurs – amatrices- : salaire de 14 euros / mois. Augmentation significative de 100% après 10 ans de bons et loyaux service. Dépêchez-vous, il n’y a qu’une place ! 
On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
  • Si, cela peut sembler décourageant, j’en conviens. Il faut comprendre et admettre le paramètre clé de l’édition : le temps. Il convient donc d’écrire, d’écrire encore. Les lecteurs se conquièrent sur la durée. Bouquin après bouquin, leur nombre augmente, je le constate. Perso, j’ai une nette tendance à l’impatience, alors, si je l’ai compris, j’ai du mal à l’admettre… Quitte à me précipiter ? L’avenir le dira… 
 Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
  • J’entretiens actuellement une excellente correspondance avec mes deux nouveaux éditeurs, David Lecomte chez Fleur Sauvage et Jimmy Gallier chez Jigal. Il est vrai que nos aventures débutent… On en reparle dans quelques mois ? J’espère que tout cœur que mon ressenti sera le même 😉 
 J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
  • Eh bien, puisque tu veux mon analyse de comptoir la voici : il me semble que la grande majorité des consommatrices de littérature noire sont des femmes (c’est ce que je constate tout du moins de salon en salon). Du statut de lectrice à celui d’auteure, il n’y a qu’un pas… Donc, CQFD ! J’ai lu Mayeras, Colette… C’est bon, très bon même.
 Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • Pour qu’on parle de moi, que les filles soient nues, qu’elles se jettent sur moi, qu’elles m’admirent, qu’elles me tuent, qu’elles s’arrachent ma vertu… Et puis, j’ai envie d’aller aux pontons flingueurs 😉
 
LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.
 Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ? 
  • Yes. Merci à Sarah-Lucie, mon épouse, cette sainte femme, qui me dégage du temps parce qu’elle croit en moi.
A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • Quand on est, comme moi, une lumière, pas de problème 😉
La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
  • Dans le mur. Objet marketing sans intérêt. Un jour, le public boudera cette connerie de non-événement.
Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.
  • Je n’hésite pas : Crime et châtiment de l’immense Fiodor.
Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Non. Mais pas en même temps. Et pas dans n’importe quel sens. On peut écrire puis boire. Pas l’inverse. (Bukowski a vaguement réussi toutefois)
La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • Le cul, qui en serait plutôt le piment.
Lire aide à vivre. Et écrire ?
  • A faire lire.
Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
  • Je reçois le prix Goncourt en 2006. Malheureusement, le soir de la remise du prix, j’ai une rage de dents atroce qui me cloue au lit. J’envoie un ami, Jonathan Littell, pour me représenter et ce coquin (j’ignore comment il s’y est pris ! ) fourgue son bouquin à la place du mien 😉 Quel chenapan ! On en rigole encore quand nous prenons un verre ensemble.

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

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