Trophée Anonymu’s : Danièle Thierry – Sous le feu des questions

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Anonym’us

Les Mots sans les Noms

mardi 13 septembre 2016

Danièle Thierry – Sous le feu des questions


LES QUESTIONS DU BOSS
N’y a-t-il que du plaisir, dans l’écriture, ou t’est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
Je ne suis pas maso, si écrire devient un pensum ou une souffrance, je lâche l’affaire. Il y a forcément des moments de doute, des phases moins plaisantes. Je préfère pour ma part la période de maturation et de recherche, c’est très excitant. Comme pour une fête, j’adore les préparatifs. En écriture, le premier jet me rappelle mon enfance et le cahier neuf sur lequel on inscrivait la date… Au milieu du cahier, j’ai déjà envie d’en commencer un autre… 
 
Qu’est-ce qui te pousse à écrire, finalement ? 
 
Alors, là ! Cette question est privée et quand je dis privée, c’est quasi psychanalytique, donc pas de réponse ! 

 

Comme on le constate aujourd’hui, tout le monde écrit ou veut s’y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l’épicier, ta voisine… de plus, des sites proposant des services d’auto-édition pullulent sur le net. Ça t’inspire quoi ?
Je ne suis pas certaine que tous les gens cités soient poussés par un besoin d’écrire. Ils sont plus sûrement approchés par des maisons d’édition qui souhaitent ainsi répondre à la curiosité populaire en espérant des profits tout en donnant à « l’auteur » l’impression d’entrer dans un monde un peu élitiste. Quant à l’auto-édition sur le net, bof et pourquoi pas. Bof parce qu’on voit en effet pulluler des quantités de textes mal fichus, mal écrits, truffés de fautes. En même temps pourquoi pas car, parfois, une pépite ignorée des maisons d’édition et qui n’aurait jamais eu sa chance peut émerger. Laissons aux lecteurs le soin de faire le tri. 


Le numérique, le support d’internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l’édition. Que penses-tu de ce changement ? 
 
Ce n’est pas un changement mais une évolution. Il est vain de tenter de résister à un phénomène aussi vaste et en déplorer la tentaculaire inondation n’apporte que frustration et épuisement. Il vaut peut-être mieux accompagner le mouvement et contrôler les excès tout en préservant la ligne classique des livres papier. Et un lecteur numérique est un lecteur. Il y a beaucoup de confort pour certains, par exemple les personnes âgées qui voient moins bien, à utiliser les liseuses. 
 
Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l’éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d’autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
 
Bien sûr je le fais, j’utilise les réseaux sociaux pour communiquer car c’est facile et rapide. Mais je suis d’une génération qui n’est pas née avec l’informatique et j’avoue que ça me barbe un peu. Alors oui mais pas trop. La meilleure pub qu’on puisse se faire est d’écrire de bons livres… 
 
On dit qu’en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N’est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
L’inflation de livres est un fait. 700 titres à la rentrée littéraire d’octobre… On est exactement dans le schéma global de l’économie. Profusion d’offres, effet de jungle pour le consommateur. Seul un petit nombre de livres va tirer son épingle du jeu et les autres passeront à la trappe. Les riches le sont de plus en plus et le nombre de pauvres augmente… Je connais quelques jeunes auteurs talentueux qui finiront par se faire reconnaître dans le bougliboulga littéraire mais il faut du temps, de la patience, un petit coup de chance parfois et… un bon job à côté pour vivre ! Le fait de ne pas percer n’est pas dû qu’à l’absence de visibilité, on le sait bien… 
 
Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l’objet d’une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu’en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux. 

Oui, c’est très compliqué… 20 ans d’édition pour ma part, 22 livres et toujours pas compris… Une chose est sûre c’est qu’il n’y a pas de miracle et que la qualité de la relation est souvent liée à l’alignement de zéros sur les chiffres de vente. Bon, je dis ça, je dis rien… 
 
J’ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s’en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’univers du polar. Grâce au Trophée, j’ai pu me rendre compte qu’il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t’inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
Les femmes sont dans le polar depuis longtemps ( Christie, Highsmith, Rendell, PD James, Cornwell…) mais il est vrai qu’elles y étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui où elles talonnent les hommes avec une écriture tout aussi raide parfois. Elles ont été longtemps « tricardes » auprès de certains éditeurs spécialisés et certaines ont dû prendre des pseudos masculins pour passer le cap ou, en tout cas, laisser planer le doute. Tout cela a changé, heureusement. Je lis beaucoup de femmes, je trouve leur approche des gens et des situations souvent plus fine que celle des hommes, mais je n’aime pas les thrillers trop trash ou gore, c’est à mon sens trop artificiel même s’il y a un important lectorat, notamment féminin, pour ce genre. Je ne cite personne, j’ai plein de copines dans le polar et je ne veux pas risquer d’en fâcher quelques unes…
Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
On me l’a demandé et au risque de paraître trop modeste, je suis toujours et encore flattée d’être sollicitée pour ce genre de défi…
LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.
Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l’écriture reste-t-il une place ?

Retraite, vie de famille limitée (enfants grands et autonomes), sélection des salons (et limitation des engagements) et peu de dédicaces alors oui, il reste de la place, tous les jours, pour écrire.
A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

Noir c’est noir, mais il y a toujours de l’espoir… Et il ne faut pas exagérer, les personnages doivent rester à leur place, dans la boîte… 
 
La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu’on va ?
Ben oui, je déplore l’inflation, mais en même temps pour ceux qui seront publiés, c’est un moment génial… Porteur d’espoir, source de déception, mais très fort. 
Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t’écoute.
Ah ce cher Grégoire !!! Il y a aussi à la saint Estèphe, sors un livre de ta bibliothèque ! Trop difficile, trop de livres… Allez, Ellroy, mais pas de titre, juste lui. 
Boire ou écrire, faut-il choisir ?
Ah non, surtout pas ! Mais pas en même temps ! Sous alcool, tu as parfois l’impression d’écrire des pages d’anthologie, le lendemain, consterné, tu jettes tout… 
La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
Le cinéma, la musique… le jardin, la broderie… 
Lire aide à vivre. Et écrire ?
Evidemment. Sans cela, je ne sais pas ce que je serais devenue. La vie, la mienne, forcément limitée, m’ennuie au fond, l’écriture permet d’en vivre beaucoup d’autres et même si ce n’est que par procuration, c’est formidable.
Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d’une dédicace, d’une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
J’intervenais dans une école (pour un livre jeunesse, public de 10 à 12 ans), il y a une dizaine d’années. Chacun y allait de sa question, très rituelles pour l’ensemble :
— Combien tu as tué de personnes dans ta carrière de policier ?
— Combien de temps tu mets pour écrire un livre ?
Au premier rang, un garçon semblait très préoccupé. Je lui demande ce qui le tracasse
et s’il a une question en particulier.
— Oui, dit-il, combien de temps tu as été policier ?
— 30 ans, dis-je.
— Et depuis combien de temps tu écris des livres ?
— 15 ans…
Il fronce les sourcils, commence à compter sur ses doigts. Puis se dresse :
— Mais alors, ça te fait quel âge en tout ?
Des dizaines d’anecdotes de salon, aussi bien sûr. Au début, j’étais souvent « visitée »
par des gens que j’avais arrêtés… Mes voisines et voisins de stand ont souvent flippé… 

Nous te remercions d’avoir répondu à nos questions et d’être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym’us.

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