911 de Shannon Burke

 

Mes petites lectures

911&Le livre : 911 de Shannon Burke. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Diniz Galhos. Paru le 22 mai 2014 chez Sonatine. 16euros ; (208 p.) ; 21 x 14 cm
911Réédité le 7 janvier 2016 en poche chez 10/18.  7,10 ;  (211 p.) ; 18 x 11 cm
 4e de Couv :
Lorsqu’il devient ambulancier dans l’un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d’imaginer qu’il vient d’entrer dans un monde fait d’horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l’enfer quotidien. Alors que tous ses collègues semblent, au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie comment une erreur fatale : succomber à l’empathie, à la compassion, faire preuve d’humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d’aider les victimes auxquelles il a affaire. C’est le début d’une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques.
911&&&L’auteur : Shannon Burke est né dans l’Illinois. Il a été ambulancier à New York. Il est scénariste (Syriana) et écrivain. Après Manhattan Grand-Angle (Gallimard, 2007), 911 est son second roman.
Extrait : 
Prologue

J’ai travaillé à Harlem, et Harlem a fini par me sortir par les yeux : les bandes de petits lascars qui se gueulent dessus et glandent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les racailles avec leurs canettes de bière suralcoolisée qui déambulaient devant nous, avec l’air de ceux que rien ni personne, pas même une ambulance, ne pouvait pousser à presser le pas, les gamins qui nous tiraient par la chemise en répétant « qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui s’est passé, quelqu’un est mort, qu’est-ce qui s’est passé », les accros au crack, les toxicos et les poivrots qu’on retrouvait aux pires endroits – dans des immeubles abandonnés, sur les rails du métro, en pleine Harlem River. J’avais horreur de ces regards mauvais, pleins de ressentiment. J’avais horreur qu’on m’accuse de racisme. Qu’est-ce que je serais allé faire à Harlem si j’étais raciste ? J’avais horreur des graffitis, des ordures, de ces connards de clodos qui nous sifflaient depuis St Nicholas Park. J’avais horreur de ce défilé sans fin de parents désespérés qui appelaient à l’aide VITE ! VITE ! DÉPÊCHEZ-VOUS ! MONSIEUR ! VITE ! J’avais horreur des saloperies auxquelles j’assistais, de celles dont je me souvenais, qui formaient toutes une boule en travers de ma gorge : des intestins bleu gris sur un volant rouge, des bouches mortes emplies de blattes vivantes, la chaussette souillée d’une diabétique obèse, les orteils noirs qui en tombent pour rouler par terre comme des callots, jusque sous la télévision, et elle qui nous demande si c’est grave, c’est pas grave hein, c’est pas la peine d’aller à l’hôpital hein ?
Au bout d’un moment, ce genre de situations a vraiment fini par m’énerver, me mettre en rage, sans raison précise, jusqu’à ce que quelque chose se casse, et que je me mette à regarder autour de moi comme dans le vide, effaré, en me disant, qu’est-ce que j’en ai à foutre, après tout ? En quoi ça devrait me concerner ? Quelle importance ?
Il est difficile d’expliquer cette transition à quelqu’un qui n’a pas vécu ça, mais lorsque vous n’arrivez plus à dormir, lorsque votre vie vous semble complètement vide, que vous croisez la mort tellement de fois qu’elle en devient banale, que vous êtes dévoré par la culpabilité d’être vivant parmi les morts, alors vous finissez par devenir parfaitement insensible, immunisé contre les sentiments qu’éprouvent habituellement les gens, le genre de personne qui peut trébucher sur le corps mutilé d’un ado ou le cadavre pourrissant d’une vieille dame, son jupon blanc grouillant de vers, et contempler tout cela placidement, sans rien voir d’autre qu’un tas de chair, sans rien ressentir d’autre que de l’exaspération, parce que c’est à vous de vous en occuper. En étant indifférent on se protège, mais ça vous expose à un risque bien particulier du métier. Lorsque plus rien n’a de sens, y compris la vie ou la mort d’autrui, vous n’êtes plus qu’à un pas du mal. Et ce putain de pas est terriblement facile à franchir.

Résumé et petit avis :

Je profite de sa sortie en poche pour vous parler de ce fabuleux roman, 911.

Ollie Cross est ambulancier dans un quartier difficile de New York. En réaction à l’indifférence ou au cynisme de ses collègues devant la misère et la violence qui font partie de leur quotidien, il décide de faire preuve d’empathie. Son action le conduit à un geste dont les effets seront dramatiques.

911 c’est on le sais tous le numéro des urgence aux Etats-Unis. Et d’Urgence il en est réellement question ici. On va suivre le quotidien Ollie Cross, un simple ambulancier. Enfin simple ambulancier pas vraiment parce que Ollie se prépare à être médecin. Aussi il cherche à se confronter à la vie de terrain. Alors il débarque à Harlem , se fait embauché comme ambulancier-stagiaire et va faire équipe avec un professionnel confirmé et reconnu. Rutkovsky, un homme rude, renfermé qui va devenir son mentor.

Ensemble ils vont patrouiller dans le quartier chaud d’Harlem, se confrontant à la lie de l’humanité. Et  souvent, lors de leurs interventions pour aider les autres ils sont pris à partie, insultés. Nos sauveteurs descentes régulièrement en enfer. Et là parfois la tentation est grande pour le grand Rutkovsky de se prendre pour Dieu. Et le jeune Ollie va lui aussi se laisser aller à ce pouvoir qu’il sent grandir en lui au point de laisser tomber tous ses rêves et même sa petite amie.

911 est une fiction certes mais d’un réalisme extrême. Harlem est au centre de ce roman. Il en est un personnage central. Ce quartier difficile de New York voit se côtoyer la violence, la drogue, les gangs, les flingues, où  misère et pauvreté sont le lot de la population locale.

Dans un style viscéral, Shannon Burke livre un portrait de la condition humaine digne d’Hubert Selby Jr. ou de Richard Price nous dit l’éditeur. Et c’est tout à fait ça. 

L’auteur nous sert une chronique sociale âpre, sans concession, sans espoir aussi. Et nous, « pauvre lecteur », nous sombrons peu à peu, avec les protagonistes de cette histoire. On est en totale apnée, cherchant notre souffle à chaque page. La noirceur nous gagne, nous aussi, jusqu’à ce que la dernière page soit tournée.

L’écriture concise et coup de point de  Shannon Burke,  qui nous bouscule tel un uppercut et nous fait vaciller, faisant de 911 est une lecture noire qui nous marque profondément.

Vous l’aurez compris j’ai adoré cette immersion qui m’a fait perdre pied.

Et vous, êtes vous prêts à vivre cette expérience suffocante à tombeau ouvert ?

Pour info : Les droits d’adaptation cinématographique de 911 ont été achetés par la Paramount. Todd Kessler (Les Soprano, Damages) en écrit actuellement le scénario pour le metteur en scène Darren Aronofsky (Requiem for a dream, Black Swan).
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16 réflexions sur “911 de Shannon Burke

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