Ces Dames du noir 5.2 : Dialogue avec Jeanne Desaubry, une grande dame du noir, .

Ces dames du noir

Conversation avec Jeanne 2.

Souvenez vous en août je vous proposer notre cinquième rencontre avec une dame du polar. Depuis vous êtes quelques-uns à me demander la suite. Ils y en a même qui se sont mis à genoux. Alors soyez exaucés. J’ai retrouvé la clé sur laquelle notre conversation était enregistrée. Ouf.

C’est donc partie pour cet épisode 5 deuxième volet.

Pour ceux qui auraient raté le premier chapitre c’est ICI

Jeanne-Desaubry-Polarlens

 GVL : Alors Jeanne, Parle-nous de l’éditrice qui est en toi ?

JD : Je suis devenu éditrice dans la suite logique de tout cela.
Depuis longtemps, donc, j’écrivais, mais je n’avais jamais envoyé de roman à un éditeur. Un jour, j’ai eu un contact avec Gabrielle Rollin. A l’époque, elle s’occupait d’une collection chez Gallimard. Elle a lu un manuscrit que j avais fini par lui remettre. Je m’étais lancée après avoir bavardé, car elle me disait, « Je suis sûre que vous avez quelque chose sous le coude », alors je lui ai envoyé. Et à la suite on en a bavardé, elle était super encourageante mais ça s’est arrêté là ; je ne me sentais pas encore capable de retravailler mon texte. J’écrivais pour répondre à un besoin vital, pour moi … ce truc est resté dans mes tiroirs et puis j’ai continué ma vie à l’hôpital. Puis j’ai vécu une situation extrêmement compliquée sur le plan professionnel, et là l’écriture m’a fait énormément de bien ; j’ai fait un roman de mes déboires.

Ce roman-là, je me suis dit « Allez : J’ai vécu plus de la moitié de ma vie, maintenant je peux me lancer. « Je me suis résolue à l’envoyer à des éditeurs… qui l’ont tous refusé.

Gvl : Ce ne serait pas d’Hosto dans tu parles, là ?

JD Tout à fait ! A l‘époque ça ne s’appelait pas Hosto, ça s’appelait «  Haines Hospitalières ». Par ailleurs, pour le plaisir je faisais quelques chroniques, je donnais des avis sur des polars sur le site de Patrick Galmel, Pol’Art noir. Il m’a demandé si j’avais quelques choses à lui proposer parce qu’il aimait bien les avis que je déposais sur son site. Je lui ai confié mon roman, il m’a dit je m’en occupe.

GVL : Il l’a mis en ligne sur le site.

JD : Tout à fait !. Et puis il m’a demandé si cela ne m’embêtait pas qu’il mette en ligne, en même temps que le mien, un texte d’un type qui s’appelait Max Obione. J’étais furieuse, c’était qui ce connard qui me prenait la place. (Rire)

Jeanne&&Après avec Max on est entré en contact, et il me dit, je viens d’écrire une nouvelle qui s’intitule « le pied de Jeanne ». C’était rigolo. La nouvelle m’a énormément plu. Et il me propose d’éditer mon roman.

Il venait de créer Krakoen, il avait sorti juste trois ou quatre romans. Et un jour, il m’appelle,

« J’ai un roman-là qui est bien, mais il faut le corriger et je n’ai pas le temps, est ce que tu es partante pour t’en occuper ? » Je me suis jetée à l’eau !
Voilà comment j’ai mis un pied dans l’édition et comment j’ai commencé à travailler avec des auteurs. On était entre amis, c’était le tout début de la coopérative Krakoen. Voilà, l’aventure est partie de là. Et très, très vite, au sein de Krakoen les gens sont venus vers moi. J’étais super émue, tu vois, que les gens me fassent confiance, qu’ils m’attribuent autant de responsabilités car je n’étais pas du sérail.

Après l’hôpital, je travaillais à l’éducation nationale et je faisais ça en plus de mon boulot. Mais dès que j’ai pu m’occuper de la maison d’édition à temps plein, je l’ai fait.

J’ai aussi continué à faire des chroniques chez Pol’Art noir puis je l’ai fait pour moi sur mon propre blog. J’ai quelques principes lorsque j’écris un avis. Le premier est que je ne dis jamais du mal d’un livre. Le second, c’est que je n’en dis pas du bien si je ne le pense pas, c’est clair. Et si un livre ne m’a pas parlé, ne m’a pas apporté quelque chose, je n’en parle pas du tout.

GVL : Ah, tu n’en parles pas du tout ?

JD : Quand on m’envoie un service de presse, j’apprécie, bien sur, mais je ne fais une chronique que si je le sens. Je dis ce que je veux sur le bouquin. Ou même je ne dis rien du tout. Si le livre ne m’a pas plu, je n’en dis rien car je n’ai pas envie de dire des vacheries. C’est trop facile de paraître intelligent en étant méchant. Pourtant, je te promets que je peux faire ça très bien. (rire)

Le livre n’a pas besoin d’être cassé, il n’aura pas de promo, c’est déjà assez comme ça. Il faut respecter un minimum le travail de l’auteur.

GVL : Il n’arrive rarement de dire que je n’ai pas aimé un livre. Et en plus ce n’est pas parce que je n’ai pas accroché que le livre est mauvais. C’est mon regard sur ce livre qui lui accorde de l’importance ou non. L’histoire que me propose l’auteur, elle m’appartient, et je l’amène là où je le souhaite. Un avis n’est qu’un ressenti, nous n’avons pas la science infuse, nous autres chroniqueurs. Je pense qu’un livre peut être tout de même présenté même si de mon côté je ne l’ai pas aimé.

Bon si vraiment il me tombe des mains je n’en parle pas…

JD : Oui, ça doit être ton coté bibliothécaire. Tu sais qu’un livre peut rencontrer un public…

GVL : Il y a une qualité d’écriture que je ne remettrai jamais en cause, je suis incapable d’écrire. Mais parfois, je n’ai pas adhéré à l’histoire. Et je sais que d’autres vont se retrouver dans celle-ci.

JD : tout de même, il y a un paquet de bouquin médiocre. Regarde Mary Higgins Clark qui a écrit de bons bouquins à ses débuts, maintenant elle se contente de faire un scénario et fait travailler une équipe pour faire ses recherches. Ils lui écrivent un premier jet et après elle y met juste sa patte ; tu vois ? Et pourtant il s’en vend par brassées entières.

GVL : C’est certain, ce genre de livre n’a pas besoin de nous pour marcher. Et perso, ça m’ennuie car je préférerais que mes lecteurs aillent vers un jeune auteur totalement inconnu qui a du talent. Mais là je rêve.

JD : Ce n’est pas facile de savoir et de deviner ce que le lecteur aime dans un livre. J’ai envie de dire heureusement ; sinon, tous les livres seraient identiques. Il y a sans doute quelques recettes qui fonctionnent pas mal. Même si la qualité d’écriture n’est pas forcément au rendez-vous. Je connais un auteur qui a compris ça, et du coup son nouveau roman marche pas mal. Mais personnellement, je ne le chroniquerai pas.

GVL : J’ai eu le même sentiment que toi avec le dernier opus d’un auteur que j’apprécie beaucoup. Je n’ai pas donné mon avis sur son bouquin. Et je ne suis pas certaine de le faire un jour… Quoi que celui-ci m’a dit que je pouvais dire ce que je ressens m^me le négatif !

Dis-moi Jeanne, c’est quoi le déclic qui a fait qu’un jour tu n’as plus eu peur que l’on lise tes textes ?

JD : J’ai eu une vraie prise de conscience. Un grand acte de bravoure aussi. Je me suis dit « J’ai 40 ans, qu’est ce qui compte vraiment pour moi dans la vie ? »

…  « Mes enfants, et un jour être éditée. »

GVL : les enfants t’avais fait alors…

JD : Oui, je pouvais donc me livrer. Je me disais, je ne peux pas mourir avant d’avoir publié au moins un livre. J’ai quand même 40 ans, là faut que je me grouille. C’est vraiment cette réflexion là que j’ai eue. Qu’est ce qui fera que ma vie sera incomplète si je devais mourir maintenant ? C’était clair pour moi : il fallait que je me décide.

GVL : Et comment tu as choisi le texte que tu allais faire publier ? Tu n’avais peut-être qu’un titre à proposer.

JD : Non, j’en avais un deuxième et j’avais aussi des contes. Certains de ces contes sont rassemblés sur mon blog sous l’appellation « les muettes ». Un de ces textes provient d’un rêve que j’avais fait. Il raconte la vie d’une paysanne muette dans une ferme au 19 e siècle.

ob_244e4e_hosto-reed2Donc j’avais quelques textes sous le coude. Et j’écrivais toujours. En 1993 je me suis trouvée dans une situation très difficile : j’ai perdu ma sœur. Une de mes sœurs qui venait de mourir d’un cancer. J’étais de plus en proie à une situation professionnelle intenable qui m’avait amenée à bouffer des anxiolytiques et autres antidépresseurs et à devenir à moitié cinglée à bosser 15 heures par jour… J’ai vraiment eu envie, besoin, de créer et de faire quelque chose dont je pouvais être fière pour ne pas sombrer. C’était une nécessité. Un acte de résistance.

J’ai pris ce que je vivais, le deuil, la violence professionnelle, les personnages de lics que j’avais rencontré lors d’un premier deuil 15 ans avant et avec tout cela j’ai construit une fiction.

En fait ça me sauve, tu vois. Je me sers de tout cela, des émotions, je  dépatouillasse tout cela et j’en fais un objet. Et l’objet je le mets à distance et en même temps je le donne en partage.

GVL : Et ça participe comme tu dis à ton bonheur

JD : A mon bonheur je ne sais pas. A mon salut c’est sûr.

Mon bonheur c’est face aux lecteurs. C’est vrai que quand tu finis ce travail, il y a un sentiment d’accomplissement qui n’est comparable à rien d’autre. Et le bonheur, il vient quand je rencontre des lecteurs qui ont éprouvé des émotions, qui ont partagé des émotions.

Et c’est presque la même chose quand tu édites sauf qu’il y a une distance supplémentaire. Tu amènes quelqu’un à s’accomplir et après tu recueilles au travers de l’auteur, au travers des gens que tu rencontres et qui ont rencontré le livre, le texte.

$&$&$&$GVL : Jeanne pourras-tu nous parler du boulot d’éditrice ?

JD : Avec plaisir.

GVL : Parfait ça, ça nous donnera l’occasion de t’écouter une 3e fois.

La suite de notre conversation avec Jeanne promis, très bientôt cette fois.

Et pour ceux qui n’auraient toujours pas lu le premier entretien entre une bibliothécaire et Jeanne Desaubry une grande dame du noir c’est ICI

Publicités

18 réflexions sur “Ces Dames du noir 5.2 : Dialogue avec Jeanne Desaubry, une grande dame du noir, .

  1. merci !!! cette interview fait plaisir à lire ! ça lui ressemble tout à fait. Jeanne Desaubry est essentielle dans le paysage du polar français. J’aime son humour, son oeil malin, sa bonté comme une évidence, son intelligence qu’elle utilise pour accueillir et pour aider, et pour construire.

    Aimé par 1 personne

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s