Celui qui ne dormait pas de Alessio Viola

     9782743629250,0-2347279Le livre : Celui qui ne dormait pas de Alessio Viola. Traduit de l’italien par Gérard Lecas. Paru le 5 novembre 2014 chez Rivage dans la collection Rivage Thriller.  21€ ; (328 p.) ; 23 x 16 cm

4e de couv :

Roberto de Angelis ne dort pas. Pour lui, jour et nuit se confondent plus ou moins, entre planques, filatures et hamburgers avalés dans sa voiture. Roberto est lieutenant de police à Bari, plus tout jeune, obsessionnel et désabusé par la corruption qui l’entoure.

Sa vie bascule quand il infiltre le gang de Giacinto, jeune dealer aux dents longues. Peu à peu, une relation trouble se noue entre le jeune homme et le policier. Et puis il y a l’autre pan de la vie de Roberto, une femme médecin aux besoins sexuels très particuliers.

Pris entre ces deux relations délétères, le bon flic va devenir un «bad lieutenant».

téléchargement (5)L’auteur : Alessio Viola a été ouvrier, enseignant, rugbyman et journaliste à La Repubblica. Il a rédigé de nombreux articles sur l’économie souterraine de la pègre à Bari. Celui qui ne dormait pas est son premier roman…

Extrait : 
Bari, 1999

La voiture du policier était un dépotoir. Tickets de parking, paquets de chips émiettés, canettes de Peroni, Kleenex tachés de ketchup évoquant les poubelles d’un service d’urgences, journaux qui remontaient à l’époque de l’attentat contre Kennedy. Il avait oublié depuis combien de temps il ne l’avait pas nettoyées et, surtout, il avait oublié pourquoi il aurait dû le faire. Le moteur tournait encore, et c’était bien suffisant. Ces salauds de Coréens savaient y faire en matière de bagnoles, la sienne était facile à conduire, silencieuse, peu voyante : l’idéal pour prendre un dealer en filature. Il avait longtemps préféré les deux-roues mais à présent, en ville, tous ceux qui le voyaient passer à moto, parfois en compagnie d’un collègue encore plus mal fringue que lui, comprenaient qu’il était en chasse. Jamais de gros gibier, en vérité : des «ratons», ainsi qu’on désignait à Bari les voleurs à la tire ou les petits dealers, les ivrognes, les putains et les camés, toute cette catégorie d’individus.
Ce soir, les reliefs du festin risquaient d’aggraver encore la saleté habituelle : un sandwich à la saucisse, des frites, des aubergines à l’huile et toutes sortes de saloperies débitées par une de ces baraques à boustifaille installées au bord des routes de banlieue. Heureusement, dans ces lieux de l’horreur gastronomique, les bières étaient toujours fraîches à point, en n’importe quelle saison, car elles étaient stockées dans les caissons où l’on conservait les glaces et n’avaient jamais le temps de geler à cause du rythme des ventes. Il était donc sur le point de réintégrer son véhicule pour avaler son repas quand il songea que le dépôt d’ordures allait y dépasser le seuil d’alerte. Il choisit de s’asseoir à l’une des tables installées devant le camping-car qui ressemblait à un bac à friture ambulant, tout près des «petites casernes».
Quel esprit à l’imagination tourmentée avait pu les baptiser ainsi ? Il s’agissait en réalité d’énormes bâtiments disposés le long d’interminables boulevards – où stationnaient de vieux véhicules militaires encombrants, de la jeep au char d’assaut – et flanqués de casernements ayant abrité à une époque des générations de conscrits. Aujourd’hui, les soldats étaient tous devenus professionnels, mais il valait mieux ne pas se poser trop de questions sur leur utilité réelle. Quand il était jeune, cette zone au milieu de nulle part représentait l’extrême périphérie, puis tout autour, des immeubles imposants avaient surgi qui, paradoxalement,rendaient  aujourd’hui la présence des casernes encombrante pour tout le quartier.
Le garçon qu’il surveillait avait dîné presque coude à coude avec lui, deux tables plus à droite. Le policier voulait savoir s’il s’agissait d’un endroit où il ne faisait que vendre ou s’il venait également s’y ravitailler. Il se rendit rapidement compte qu’il avait beaucoup de clients parmi les militaires ; ce n’était pas par hasard que la plainte tombée sur le bureau du procureur venait des hautes sphères de la hiérarchie galonnée à laquelle le trafic autour des saucisses grillées n’avait pas échappé. Le dealer arrivait à la tombée de la nuit, mais pas d’une façon régulière, pas tous les jours, et il restait très tard. Le policier avait déjà passé deux soirées à se goinfrer de panini gorgés d’huile, de graisse animale et de patates rites cuites dans un liquide aussi sombre qu’une mer de janvier. On aurait dit que les voyous de la ville se nourrissaient exclusivement de ce genre de plats dégueulasses ; à chaque fois qu’il se lançait dans une filature, il finissait invariablement par se retrouver dans l’un de ces endroits nocifs que les autochtones appelaient «pain et merde». Il courait le risque de se faire éclater le foie et devait respirer pendant des heures les vapeurs infernales qui montaient des bacs à friture avant d’aller dominer le ciel bas des nuits d’hiver autant que le ciel haut des nuits d’été. Cette odeur imprégnait l’atmosphère, celui qui la traversait ne pouvait plus s’en débarrasser. La dangerosité des lieux de travail.

770px-Bari_perotti_vista

Résumé et avis :

 220px-Bari_terminal_crociere Bari, ville portuaire du sud de l’Italie. Roberto de Angelis est un flic d’une cinquantaine d’années, un peu fatigué. Il écume les rues de la ville dans sa voiture dépotoir. Il court après tout ce que Bari compte de petits voyous, toxicos, proxos et prostitués, voleurs à la tire, ivrognes, dealer Alors qu’il s’intéresse particulièrement à l’un des membres d’un gang de dealer ultraviolent, Giacinto Trentadue, il arrive à infiltrer celui-ci.  Avec lequel il développe une amitié quasi fraternelle. Entre le policier vieillissant et le jeune loup aux méthodes violentes les relations sont aussi parfois tendues et aussi ambiguës. Tous les séparent, l’un est flic, l’autre mafieux. Giacinto est tout feu, tout flamme, Roberto est lui usé par sa vie dissolue, il 220px-Bari_viuzze_311829993fréquente une médecin qui l’a conquis avec ses pratiques sado-masochistes. Ces relations signeront sa perte. Car Trentadue va le mener au coeur de l’organisation mafieuse. Et dans la cité de Poggiofelice, De Angelis va découvrir un état dans l’état, le village vit en dehors du temps et des lois italienne, c’est une zone franche. Dans cette endroit où la cocaïne mène la danse dans une ambiance d’amitié virile, Roberto va franchir la ligne blanche et s’amorcera sa descente lente mais inévitable aux enfers.

A plus de 62 ans, Alexio Viola fait figure de nouvelle plume et de nouvelle voix du polar italien. Avec son écriture chatoyante, il nous offre un magnifique roman noir. La tension dramatique repose en parti sur la relation et la fraternité naissante qui lient les deux protagoniste.Et cela congère au roman une atmosphère fiévreuse. Attention certaines scènes 280px-Collage_Barisont hyper réalistes, dans ce monde mafieux, on règle ses comptes. On n’ hésite pas à exécuter les gêneurs. Et puis il y a la vie, la drogue, l’argent et les filles faciles. Alors on se défonce et on baisse.Et puis il y a l’atmosphère et les couleur du port et de la ville de Bari, où le flamboyant côtoie le glauque. Où les charmants quartiers sont infestés par une faune hétéroclite. Bari irradie de son ambiance ce polar. Et tout cela  nous donne à lire un excellent roman, une superbe découverte.

Publicités

3 réflexions sur “Celui qui ne dormait pas de Alessio Viola

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s