Ces dames du noir 2 : Dialogue entre bibliothécaires

Conversation entre une bibliothécaire et une autre bibliothécaire.

Ces dames du noir-haida

 Laure Bertrand est bibliothécaire à Marseille . Pour la bibliothécaire parisienne que je suis c’était juste une aubaine…

 Alors comment ne pas provoquer l’affrontement ?


GVL : Laure peux-tu te présenter en quelques mots ?
 536479_3734616293931_718369441_nLaure :  En quelques mots : Laure Bertrand, née le 11 septembre 1964… mariée avec le même bonhomme depuis 25 ans (et je veux bien signer pour les 50 prochaines années), 2 enfants.
 GVL :  OK, moi ce que j’aimerai c’est que tu me parles de toi et de tes lectures? Petite, tu lisais beaucoup ?

Laure B : Enfant, j’étais pas une grande lectrice.. Fallait bien que je me démarque de cette famille de dévoreurs. Ma mère était bibliothécaire bénévole pour lancer, avec quelques copines, la bibliothèque de notre ville. Quand la BM a été lancée et qu’une professionnelle a été engagée,  elles se sont elles désengagées. Par respect pour le métier.

A l’époque, j’étais complètement réfractaire à la prescription (surtout celle de mes parents). Je me suis régalée pendant des années à lire et re-lire tous mes “Oui-oui”, puis les romans de la comtesse de Ségur, puis les Alice de Caroline Quine… Où j’ai attendu en vain que Ned, il lui fasse son affaire, à la petite Alice.

GVL : Ah on a au moins un point commun nous n’étions pas vraiment de grandes lectrices à l’époque .
Mais le roman policier là-dedans ?

LB : Premières lectures de romans policiers : schéma classique avec Agatha Christie. C’était pas les aventures d’Hercule Poirot qui me plaisaient le plus, mais “L’homme au complet marron”, “Rendez vous à Bagdad”, “Meurtre au champagne”. Sûrement parce qu’il y avait quand même une histoire d’amour aussi. Je me souviens aussi du “Train de 16h 50” et de ce meurtre dans un train dont est témoin une vieille dame qui elle est dans un autre train qui va dans le même sens. J’avais trouvé cette intrigue très maline.. Maintenant encore, c’est à ce livre que je pense quand je me retrouve aussi dans la même situation (euh.. sans le meurtre, hein ?). Ah et puis aussi, nuit blanche absolue en dévorant “10 petits nègres” en vacances, dans une vieille maison qui craquait de partout. De trouille, j’ai fini ce qu’il restait de nuit dans le lit de ma soeur.

GVL : Une histoire de famille donc ?

-Oui

Mon grand-père était un homme érudit (normalien), mais il aimait aussi les mauvais genres. J’ai rapidement trouvé dans ses collections des merveilles de recueils de nouvelles policières, noires et américaines..

Papa m’a mis dans les mains les romans noirs de James Hadley Chase.. , j’ai tenté Manchette, mais c’était pas trop mon truc… C’était un peu duraille comme lecture.. J’étais sans doute trop jeune.

 GVL : Et après ?

-Après, j’ai dû me mettre au thriller. Parallèlement, j’ai découvert les romans de Patricia Wentworth, de Dorothy B. Hugues. Toujours dans les bibliothèques familiales. Et puis les premiers Mary Higgins Clark, et puis les thrillers médicaux de Robin Cook, et puis “le silence des agneaux”. Et puis j’en ai eu marre de ces auteurs qui inventaient tous les moyens possibles et imaginables de découper les bonnes femmes en 15, en ayant pris soin avant de les enfermer dans une cave, avec la rigole de sang, les chaines et les menottes.

Adulte, je me suis délectée avec la collection “Grands détectives” chez 10/18. Les Anne Perry (plutot Monk que Pitt) ; puis les Japp (plutôt les “Gloria Parker-Simmons” que les “Kay Scarpetta”), les Vargas (plutôt les “4 évangélistes” que les “Adamsberg”), les Donna Leon, aussi.., et puis petit à petit doucettement, je me suis installée dans le noir, les noirs.. Tony Hillerman, Arthur Upfield.

GVL : Quelque a été ton parcours  ?

. J’ai fait un bac musique, et après ça, j’avais pas du tout envie de me lancer dans une carrière de … prof de musique, avec le passage obligé  par la case  “dépression nerveuse.” Par manque d’idées, j’ai suivi le chemin de ma soeur aînée, et j’ai fait … droit… J’ai quand même décroché une licence mais j’ai capitulé à la Maîtrise…. Et là non plus je me voyais pas du tout faire carrière là dedans… Déja mes con-disciples m’avaient sérieusement chauffée.. Je me voyais plutôt dans des carrière sociales, parce que j’aime les gens..

GVL : Peut-on dire Laure qu’à ce moment là, tu voulais devenir bibliothécaire ?
  • Heu, non

  • On peut dire que j’y suis tombée par hasard

En fait j’ai eu beaucoup de bol. Dans ma ville natale, ils avaient besoin d’une employée de bibliothèque, et voilà, ça a été moi. J’ai eu aussi un bol énorme de tomber sur une responsable de section (adultes), qui était une vraie pro, et qui avait un sens de l’accueil hyper développé. En fait, je me suis calquée sur elle : sa bonne humeur, son sens de l’écoute. Elle restait pas bêtement assise sur sa chaise : elle accompagnait les nouveaux inscrits pour leur présenter les lieux… ça a l’air bête, mais c’est tellement important…

GVL : Tu as raison , l’accueil c’est la base, le sourire et l’amabilité aussi (rire)
Tu as travaillé longtemps dans cet Bibliothèque Municipale ?

LB : Je suis restée dans cette BM de 1988 à 1999, avec une sale période de 1995 à 1999, avec le FN à la mairie.

GVL : ah oui çà a du être une sale période là ?

LB : Sale période, mais qui m’a beaucoup appris sur moi, sur le métier, sur les humains capables de faire des trucs minables. On dit que c’est dans les moments de merde qu’on apprend le plus..

GVL : Tu peux nous expliquer cette experience qui a du être douloureuse ?
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(Photo Arthur De Pins)

LB : Y’avait d’Abord une sale ambiance de délation entre collègue, de suspicions; À l’époque du FN, moi,j’étais en discothèque .. C’était moyen niveau déontologie. J’ai dû feinter pour acquérir certaines musiques :  le maire m’ avait interdit d’ acheter du Rap, du Raï, du Reggae.. J’ en achetais quand même .

 GVL : Perso je trouve que c’est un actes de résistance.
 Peux tu aussi parler justement des vétos que mettait la mairie et le directeur nommé par la mairie je suppose ?

Ni rap ni raï ni Reggae (les 3 R).. C’est le maire en personne qui est venu dans MA discothèque pour me le dire. C’était en 1995 (ou 1996)

  GVL : On peut dire que tu trouvais des subterfuge pour quand même acheté les doc et les disques blacklistés ? Comment s’exprimer les vétos de la mairie en question ? Y avait-il des artiste des genres interdits ?

 Oui.. Jusqu’à ce que je me rende compte que c’était pas possible de travailler dans ces conditions : soit j’obéissais et c était pas possible .. Soit j’obéissais pas.., et mes usagers voyaient des titres, des artistes engagés ou n’obéissant pas à la ligne du FN , savaient pas mes stratégies de détournement et pouvaient donc penser que le FN était un parti Open.. Et donc pas possible non plus…

  Il m’avait dit qu’il m’interdisait de les acheter.. Pas décrits

GVL : Pas d’écrits ?

Laure : Pas d’écrit, pas de note de service. Juste des paroles ? Oui  Mais très clair !

GVL :  Punaise je me vois mal travailler dans ces conditions.

 Il s’est deplacé avec le 1er adjoint. Une armoire à glace.. Qui faisait peur

GVL : De l’intimidation en quelque sorte ?

 Oui tout a fait

 Mais sur moi, ça ne marche pas

 Je me souviens.. On était abonné à une revue de rap « l’Affiche.. Et la revue était DANS la discothèque . J’avais qu’une peur, c est qu’ils la remarquent… Quand ils sont partis.. J’ai eu un gros soupir de soulagement ..

 Et pour les autres secteurs : en adultes, ils avaient l’obligation d’acheter des merdes publiées au club de l’horloge.. Des espèces de fascicules, même pas des livres.. C était agrafé au milieu, tu vois.. ADG, l’auteur de polars, était encensé (du coup, à la BDP, j en achète plus). En BD, c était les Éditions du Triomphe (pareil)

 GVL : Et maintenant, tu fais quoi ?

 logo BMMLB : Donc aujourd’hui : je travaille toujours à la BDP des Bouches-du-Rhône… Je suis responsable des acquisitions en “mauvais genres”… romans policiers, romans de SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy), et Bandes dessinées adultes.

GVL : Ah nous y voilà , on y revient …

 Les mauvais genres, c’est vraiment mon truc. J’adore découvrir des pays, des gens, des sociétés, par l’intermédiaire de ces lectures, sans me prendre la tête, sans avoir à me farcir un bouquin de sociologie que je ne lirai pas, écrit par un universitaire reconnu qui me laissera sur le carreau au bout de 2 lignes.

 Tu peux m’en dire plus sur ta Fonction actuelle ?  BDP ça veut dire quoi, nos lecteurs eux ne savent pas ?

11129865_10206965221358966_1218459683_nBibliothèque départemental de prêt .. On dépend des conseils départementaux (conseils généraux d’avant la réforme ).

 Les missions des BDP…. pfffou créées en 1945.. 1 par département.. chargées de maintenir une offre documentaires aux BM du réseau départemental (communes de – de 10000 ou 15000 h.) + formation des bénévoles et professionnels + aide et appui technique à la construction, l’aménagement, l’informatisation + …

http://www.adbdp.asso.fr/spip.php?article732

GVL : Super donc si je comprends bien tu choisis les polar et les mauvais genres pour la BDP donc pour toutes les bibliothèques municipales du départements des communes de – de 10 ou 15000 habitants?

Laure :  oui…

GVL : Ca fait combien de biblio, alors ?

 ouaip : le réseau = 95 bm ( Bibliothéque Municiple) , + des asso. (association). enfin plutôt une asso.. pas facile pour les bibthecaires bédépistes d’ingurgiter l’idée de travailler avec des asso

 les asso, c’est le MAL !!! enfin pas pour moi… j’ai beaucoup appris en travaillant avec cette asso justement

 GVL : bibthecaires bédépistes ? c’est quoi ?
Et que t’as apportée le partenariat avec ses assos justement. Et c’est quelle genre d’assos ?

 Laure :  1  bibliothécaires travaillant en BDP … on nous appelle, ou plutôt on s’auto appelle les bédépistes…

  1. l »asso en question, c’est l’ACELEM

 http://www.acelem.org/site/

   L B  : Association Culturelle d’Espaces Lecture et d’Ecriture en Méditerranée : 7 espaces lecture répartis sur le territoire marseillais.. au pied des cités HLM.. dans les « quartiers ».. leur but : donner aux enfants, aux grands, aux habitants le goût de lire et d’écrire

11354858_10206951778702908_1348987480_nLB : il faut savoir que le territoire marseillais est « pauvre » bibliothèques… il n’y en a que 8… et pas dans des « quartiers sensibles ».. A la suite d’un accord avec la mairie de Marseille, c’est donc l’asso qui a pris ça sous son aile…. et pourquoi je les aime ? parce qu’ ils font les choses avec intelligence, humanité, sans angélisme non plus.. mais sans catastrophisme.. Ils agissent et réfléchissent en même temps.. ils font pas de la théorie à la petite semaine.. Ils ont des résultats.. ils ont plein d’idées.. ils motivent tout le monde.. bref… je les kiffe grave

GVL : Chez nous un bibthécaire c’est un ou souvent une bibliothécaire avec des vues du métier plutôt étriquées … (rire)

LB : Ah ben Zut, moi, j’utilise le terme bibthécaire par contraction, pour pas avoir à taper bibliothécaire…

 GVL : Que lis tu aujourd’hui ?

L B : En tant que lectrice de polars : j’élimine directement (merci les 4ème de couv. ) : les viols, (sur enfants ou sur femmes), les séquestrations, les tortures, les rigoles de sang. Donc : plus de thrillers. Les auteurs de noir qui se complaisent dans ce genre de descriptions nauséabondes, j’évite aussi (au revoir, M. Férey). Suffit que je sache, en tant que bibliothécaires que ce genre / ces auteurs existent, sont lus, sont aimés.. Je les acquiers pour la bib, mais je les lis pas..

– dans les autres genres de polars que j’acquiers pour la bib mais que je ne lis pas : le polar ésothérique, les romans d’espionnage, les polars historiques, les polars “régionaux”, les polars sentimentaux (Nora Roberts et autres) …

 GVL :  Tu vois je suis plus éclectique que toi, je lis aussi des thrillers bien gore, de l’espionnage, du polar historique j’adore je suis “la référence du polar ésothérique” ( (rire)et parfois du romantic thriller, enfin si je peux eviter…Mais bon Revenons à nos moutons…Tu lis quoi alors ?

LB : – Je lis en priorité : les nouveaux éditeurs (mais pas tous les titres, sinon je m’en sors pas), les nouvelles collections, les polars où les SDF sont dans le coeur de l’action… C’est avec la thématique des SDF que je suis tombée sur l’Heure des fous / Nicolas Lebel. Ouche.. là, il m’a vraiment étonnée le bonhomme.. C’est le roman que j’ai le plus conseillé autour de moi, celui que j’ai le plus fait lire, et celui que j’ai le plus offert. Un an après l’avoir lu, je l’ai relu, histoire de voir si il tenait la route après une deuxième lecture. Et oui…

GVL : Alors si c’est Nicolas, je n’aurai rien à rajouter… Sinon tu me parles de nouveaux éditeurs, nouvelles collections, nouvels auteurs …Tu peux présicer ?

  LB : – Nouveaux éditeurs :

bmirJe suis tombée sous le charme des Editions Mirobole. Graphisme de la couverture qui se démarque adroitement des couleurs habituelles du genre (noir et jaune), audace des éditrices qui vont ds des territoires vierges (Pologne, Turquie…), et puis 2 collections “Horizons pourpres” pour le fantastique et “Horizons noirs” pour le polar… , et puis beaucoup d’humour dans les romans qu’elles choisissent de traduire (ou de faire traduire).

bs8J’ai fini de lire dernièrement “Dernier meurtre avant la fin du monde” / Ben H. Winters.. aux éditions Super 8. Roman noir, toujours, qui se situe dans un monde futur où on sait que la fin du monde, c’est prévu dans 6 mois (pour cause de collision entre une astéroïde et la Terre). Un suicide qui pourrait être un meurtre, et un flic qui veut quand même faire son boulot de flic, même si dans 6 mois, y’aura plus personne sur Terre, et une société qui se délite… bref la peinture d’une société..

GVL : Je suis comme toi, tombée en amour pour ces deux nouvelles maisons d’éditions

 LB : Je viens de finir “Le Chagrin des cordes” de François Weerts aux éditions Delpierre. C’est son 2ème roman, après “les sirènes d’Alexandrie”, paru en 2010, que j’avais beaucoup aimé.. Ce que j’ai aimé dans “le Chagrin”, c’est le style de l’auteur quand il décrit Bruxelles, l’usine, la forge, toutes les pages sur le rock, les Rolling Stones et les envolées de Mick Taylor (ça donne envie de réécouter les albums des Stones de l’époque), ce que j’ai moins aimé c’est le reste… J’ai un peu l’impression qu’il a voulu courir un peu trop de lièvres à la fois….Et en ce moment j’ai  romans sur le feu : Cannibal tour d’Anouk Langaney (un grand momont hylarant) ; Le mystère des livres de Ian Sansom. Trèzs drôle également et puis ça parle de bibliobus, alors je me trouve en terrain connu. Dernier roman : L’instinct du Troll de Jean-Claude Dunyach. C’est un roman de fantasy (je te rappelle que je ne m’occupe pas QUE de polars)

GVL Tiens un auteurs que tu me fais découvrir, habituellement c’est mon rôle ça … hihi.
D’autres auteurs donc tu voudrais me parler ?

LB : Ah ben oui…et comment !

bialot Car…Avec tout ça, voilà que je m’aperçois que j’ai pas parlé de Joseph Bialot. Exceptionnel, Bialot… D’abord, un type exceptionnel. L’était passé par les camps de la mort dans son jeune temps, et puis il a écrit des romans de littérature blanche, et des polars. Dans ses polars, on trouve toujours une scène qui évoque Auschwitz mais sans s’appesantir. Et puis beaucoup d’humour dans Bialot.. Oui parce que, j’adore quand il y a de l’humour dans les polars.

 BPOUYFaut aussi que je parle de Pouy. Il mériterait un Goncourt ce garçon. Un grand écrivain, Pouy. Non seulement il écrit des polars, des vrais polars avec des intrigues qui se tiennent, mais en plus, dans chacun de ses polars, il s’oblige à une contrainte littéraire. Je crois que Pouy fait (ou a fait) partie de l’Oulipo.. Pouy, on devrait l’étudier en classe..

17131565932_dfed8bfa50 (1)Et puis faut que je parle de Jeanne Desaubry. Cet été j’ai lu “Poubelles girls”. Et c’était un concentré de tout ce que j’aime trouver quand j’attaque un polar : le regard tendre d’un auteur, des personnages atypiques qui n’auraient jamais dû se croiser, de l’humour, de l’amour, de la joie et des larmes… Jeanne Desaubry tiens aussi un blog.. Mais elle est trop gentille.. Elle aime tout..

Ma petite chronique de Poubelles Girls ICI : 9782370470522,0-2144471
GVL : Ben tu me fais Plaisir là, quelle fougue à défendre nos genres de prédilections.
Sinon d’autres choses à rajouter ? Un coup de gueule, un coup de Coeur…

LB : Mes coups de gueules… je n’aime pas du tout (du tout) les polars « écrits avec les pieds »… : incohérences, « lourdeurs de styles », les foutages de gueules, peut-être, ou bien des manques de relecture.. Ex des incohérence, dans un polar que vous avez beaucoup aimé : le Marpeau « Et ils oublieront la colère ».. A un moment.. je crois que c’est dans le dernier 1/3 : t’as l’auteur qui se plante dans les prénoms.. (c’était une histoire d’usurpation d’identités), et du coup qui s’auto-spoile.. j’ai dû relire la page 3 ou 4 fois pour être sûre.. : on était censée parler du comportement du personnage principal (la petite fille de la tondue), le prénom utilisé, c’est celui de la grand-mère (la tondue) censée être morte depuis des années.. ça m’a foutu le reste de la lecture à l’eau.. Donc j’aime pas. Surtout pour un bouquin édité chez Gallimard, merde..

Dans le chapitre « lourdeurs de style » : j’aime pas quand les chapitres des bouquins sont TOUS écrits de la même manière.. Comme dans « la compassion du diable ».. à la fin de chaque chapitre, bing, un cliffhanger… Et puis sur le sujet du serial killer Dahmer, j’avais lu BEAUCOUP MIEUX avec cette BD là :

 http://www.pearltrees.com/t/bd-reportage-documentaire/a-propos-mon-ami-dahmer/id13747304

Dernier coup de gueule en date : Retour à Watersbridge.. C’est un mauvais polar, et un mauvais western.. n’est pas Elmore Leonard qui veut

 sinon en polar, mes derniers coups de cœur lus en 2015, c’est : ça : http://www.pearltrees.com/laurebertrand/mention-tres-bien/id13900754#item145525107

 et ça : http://www.pearltrees.com/laurebertrand/mention-tres-bien/id13900754#item141056837

En 2014, ça a été ça : http://www.pearltrees.com/laurebertrand/mention-tres-bien/id13901961#item141077112

 En 2013 : « Des Nœuds d’acier », « Etranges rivages », « L’Heure des fous » (++++), « En revenant de Tiananmen »….. en 2012 : bon cru, 2012 : notamment grâce à « Mortelles voyelles » et à l’excellent « L’enfer commence maintenant »

Et puis je veux  évoquer la thématique SDF. Elle me tient à cœur !! En fait, je suis très touchée quand nos auteurs polar évoquent les SDF, les clochards. Le SDF, c’ est un personnage emblématique de nos sociétés. On les croise partout dans les villes et justement on les croise. C est des ombres. On en oublie leur humanité. Des hommes en lambeaux, pleins de trous. Les auteurs de polars n’ en font pas leurs personnages principaux, mais ils sont des personnages clés dans les histoires. Le premier que j’ai « croisé », c’était le crieur de rue dans « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas. A un moment, j’ai eu l’ impression que le personnage échappait à l’auteur.. Ou plutôt que l’auteur était séduite par ce personnage, jusqu’à ce qu’il prenne bcp de place , jusqu’à ce que Vargas s’aperçoive, aux 3/4 du bouquin que zut elle était entrain d’écrire un polar.. Très curieux comme sensation de lecteur. Le deuxième, c était le clochard de « un bateau plein de riz » de Alicia Gimenez Bartlett où le rêve du clochard, c’ est de s’offrir un bateau, un gros, de le remplir de riz et de partir pour nourrir tous les peuples de la terre. Elle est pas belle cette image ? Le troisième, c’est le / les SDF de l’Heure des fous de Nicolas Lebel. Terrible cette évocation de ce type recalé à La Sorbonne pour cause de passe-droits.. Terrible aussi cette évocation du « Debout les damnés de la Terre ». Le quatrième roman dont je veux parler, c’ est Mortelles voyelles / Gilles Schlaesser. C’ est dans un camp de SDF que commence l’enquête du journaliste. C’est par l’intermédiaire de l’un d’entre eux et de son improbable valise que se jouera l épisode clé de l’histoire (la découverte d’un curieux cahier ).. Le reste de l’histoire est une aventure littéraire dans le monde des mots, des figures de rhétorique, de la littérature .

 Pour les coups de gueule encore : je n’aime pas les romans « biphasés » : une partie très bonne, l’autre partie très mauvaise… pas encore lu de polars franchement biphasés.. Mes exemples en littérature blanche : Au revoir la-haut / Lemaître : 1ère partie (1ère guerre mondiale) : très bonne. 2ème partie (l’après guerre) : outrancière, caricaturale, mélo.. nulle, quoi.. 2ème exemple : la vérité sur l’affaire Harry Québert / Dicker.. : tout ce qui concerne la vie à l’université : très bon (on retrouve le style, les atmosphères de John Irving).. tout le reste : au mieux lourdingue, au pire ; à fuir.. J’aime pas quand les auteurs font « genre polar » parce qu ils savent que ça plait le polar, parce qu’ ils pensent que comme c’est une littérature « de genre », ça doit être fastoche, et ils se plantent et ils écrivent de la merde (mais y’a que les lecteurs de polar qui s’en rendent compte)

Quelque chose me dit que je t’ai assassinée… C’ est pas bien de ma part.. T’avais l’air sympa comme tout et je te tue à coups de mots .. (Rire sardonique)

GVL : Non, non, ça va, je suis encore vivante, bien que ! (rire, mais jaune cette fois, non je rigole)
Ben dis-moi…Tu as des avis très tranchés, je t’imagine au comité de lecture polar. Whaou, là, tout de suite, je crois qu’on s’égosille à essayer de se convaincre ou alors qu’on se zigouille …
Aller…J’avais une dernière question. Comment vois-tu l’avenir de notre beau métier ?

 Laure : J’ai des avis très tranché en tant que lectrice .. En tant que bib.. Je suis trèeeeees à l’écoute … Mais j’ai pas de blog. Justement parce que je sais pas quelle casquette je devrais prendre

L’avenir de notre métier …

On est entrain de se décloisonner.. De prendre enfin des uns et des autres.  Alors l’avenir des bibliothèques ,, pffffffou.. J’ en sais rien, moi, j’ai pas ma boule de cristal sous la main.. Mes craintes, c est que les super manager prennent le pouvoir ds les bib, et qu’ils arrivent à nous persuader que nos collections, nos savoirs de la collection, notre connaissances des
publics, notre bienveillance à l égard des publics, nos efforts pour mettre ces collections à disposition des publics, nos animations … sont des activités « chronophages », de peu de rendement, qu’il faut donc les réduire, ou mieux les supprimer… Mon espoir, c est quand je vois les jeunes générations de bibliothécaires (à mon âge -50 ans- et après + de 25 ans de carrière, je peux dire que ceux qui arrivent sont des « petits jeunes ») pleins d’enthousiasme, got_light_5pleins d’idées neuves (les  grainothèque (2), les fablab (1), les playlist), pleins de bonne volonté pour multiplier les chemins vers la connaissance, le partage, le « vivre ensemble « .

Mon espoir, c’est aussi ce groupe Facebook « tu sais que tu es bibliothécaire quand …  » qui est une belle agora de tout ce qui se fait dans les bibliothèques d’aujourd’hui. Dans toutes les bibliothèques, quel que soit son type ( Bm BDM, BU, classées, CDI  BPI…), avec toutes les catégories de personnel et dans les pays froncophones. C est un groupe qui accueille en son sein, qui écoute, conseille tout le monde des bibliothécaires : de l’étudiant qui aimerait bien un jour faire partie de la communauté, au bibliothécaire retraité, en passant par ceux qui passent les concours et qui ont besoin de savoir à quel type de questions ils peuvent s’attendre.. Je fais partie de ce groupe depuis un an. Je me demande aujourd’hui comment j’ai pu me prétendre bibliothécaire avant…

GVL : On a fait le tour de la question, non ?

 Laure : C’est pas trop lyrique ? Des fois je m’emporte.,,

GVL : C’est parfait chère Laure. Bon j’espère que notre entretien ne sera pas trop long…Qu’il n’a pas lassé nos lecteurs…Mais moi j’adore.
Juste. Quel est ton mot de la fin. Un mot, un seul !  Ou une expression tout au plus.
Pour conclure quoi !

 Laure : Ma PAL croule.. Si je fais un blog un jour, il s’appellera « ma PAL croule »

 Mauvais genres for ever..

 C est mieux peut être (le mauvais genre for ever)

 GVL : Merci Laure pour toutes ces confidences. Je suis heureuse d’avoir fait ta connaissance. 

    Ben moi aussi ma p’tite Geneviève !!

NDLR : (1) : Un fab lab (contraction de l’anglais fabrication laboratory,« laboratoire de fabrication ») est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d’outils.

NDLR : (2) Une grainothèque ? Mais qu’est-ce que c’est ? Une boîte remplie de petits sachets de graines biologiques, de variétés reproductibles, accessible à tous gratuitement… Vous êtes invités à y déposer un sachet de quelques graines de légumes, de fleurs ou d’aromates, sur lequel vous inscrivez le nom et la variété, la provenance, ainsi que la date de récolte des graines. En retour, vous en choisissez un pour vos plantations. Troc utile et riche de découverte ! Ainsi, en laissant quelques plants monter en graines, vous refaites vos semences d’année en année et vous les échangez à nouveau pour que ces variétés perdurent ! Afin de favoriser les échanges de graines biologiques, locales, reproductibles et non hybrides, et pour préserver des variétés menacées.

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15 réflexions sur “Ces dames du noir 2 : Dialogue entre bibliothécaires

  1. Sacré tempérament ! Un bon bout de femme avec un caractère bien trempé (comme j’aime !)
    Interview très intéressant.
    Ravie de savoir qu’une bibliothécaire peut avoir une PAL qui croule ;-))

    Aimé par 1 personne

  2. Oh là là ! Mais non ! j’ai vraiment très bon caractère ! si, si, je vous assure ! On était trois filles, dans ma fratrie, et ça a toujours été moi la plus douce… Oui. Bon. ça, c’était peut-être avant. Et le coup des 3 R, c’est véridique.. ça m’avait fait faire un gros Gloups… Mais ça m’a bien servi par la suite pour pas mélanger goûts personnels et collection publique.

    Aimé par 1 personne

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