Les protecteurs deThomas Mullen

téléchargement (63)Le livre : Les protecteurs de Thomas Mullen. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sébastien Guillot. Paru le 22 octobre 2014 chez J’ai lu. 13,90 € ;  (441 p.) ; 21 x 16 cm

4e de couv :

Zed est un agent du futur. Dans son monde, tous les problèmes ont été éradiqués. L’incertitude est maîtrisée : les guerres, les épidémies, les famines n’existent plus. Même le désespoir a été vaincu. Renvoyé dans notre présent, l’objectif de Zed est le maintien du statu quo, c’est-à-dire l’accomplissement de chaque événement jusqu’à son terme. Le « Grand Incendie » est imminent, la catastrophe doit advenir, ça, Zed le sait. Il n’a pas le choix, et pour sauvegarder l’équilibre du monde, il n’hésitera pas à bouleverser quelques destins, à compromettre des vies. Pas de place pour le doute, l’émotion, les sentiments. Chaque seconde compte. Or, comment mener à bien cette délicate mission alors que les effets du présent commencent à apparaître sur ce futur parfait ? La perfection connaîtrait-elle quelques défauts ?

téléchargement (62)L’auteur : Thomas Mullen est né en 1974 dans l’État de Rhode Island. En trois romans, il est devenu une figure montante de la nouvelle génération de romanciers américains. Les Protecteurs est son premier roman traduit en France. Prix Mulholland books 2012.

Résumé et avis :

images (46) C’est un voyage dans le temps que nous propose ici Thomas Mullen. Il nous invite à suivre Zed , un agent du futur. Un futur où tous les problèmes du monde ont été résolus. Renvoyé dans le présent, il a pour mission de veiller à maintenir ce statu quo. Pour cela, il doit faire en sorte que chaque cataclysme du passé arrive à son terme. Et notamment le grand incendie, un désastre imminent que Zed doit empêcher.

Jouant sur différents genres, espionnage, science-fiction, thriller ce roman est complexe et peut-être pas totalement abouti. Peut-on, doit-on changer le passé, ou agir sur le présent pour préserver notre futur. Vaste question à laquelle, l’auteur s’efforce de répondre avec plus ou moins de brio. Car   celle-ci fait écho à notre monde actuel, ultra connecté, hyper contrôlé, totalement disséqué. Et j’aurai aimé que l’auteur creuse cette question jusqu’à son paroxysme. Le meilleur des mondes est-il celui où tout est décomposé, examiné, analysé, autopsier, où chacun de nos actes seront eux aussi épluché, décortiqué, démonter. Nous poussons vers une pensée unique ou la critique n’aura plus sa place. bref un monde totalement déshumanisé.

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Extrait : 
Trois énormes SUV noirs progressent dans les rues, tels des buffles musculeux qui arpenteraient leur territoire. Les lumières de la ville glissent sur leurs vitres teintées – les jaunes des gratte-ciels, les blanches de la rue et les rouges dont ils n’ont que faire, vu la manière dont ils traversent les carrefours à coups de klaxon. Les gens sur le trottoir leur adressent à peine un coup d’œil.
Je traverse la rue vide dans leur sillage. La plupart des lumières de l’immeuble des Imprimeries Nationales sont encore allumées – des correspondants du monde entier s’y activent pour tenir leurs délais. Les rédactions attendent à Tokyo, les masses sont avides d’infos à Bombay, le public a le droit de savoir à Londres. Le volume d’informations qui sort de cet immeuble me sidère – le poids que ça représente, tout ce gâchis. Comme si les gens en avaient besoin.
Il est l’heure passée de dix minutes, et mon sujet se met en route. Il a un rendez-vous important – un rendez-vous avec l’Histoire, en fait, même s’il l’ignore encore. Il doit rencontrer sa source, un individu mystérieux qui l’a mis sur la piste d’une affaire en or, mais dangereuse. Un graal mythique, dont il commençait à douter de l’existence. Sa source lui a promis le graal, ce soir. A condition qu’ils se rencontrent en personne.
Mon sujet est mince, stressé. Il n’a pas l’air d’avoir beaucoup dormi ces derniers temps. Pas besoin d’un grand sens de l’observation pour s’en rendre compte : sa chemise blanche débraillée dans le dos est tachée de café, il porte un jean visiblement trop étroit qu’il est en train d’ajuster devant la glace de l’ascenseur, qui garantit bien moins d’intimité qu’on ne peut le croire. Il a trente ans, il vieillit trop vite, ses cheveux filasse commencent déjà à grisonner sur les côtés (pour autant que je puisse me fier à mon estimation des âges, ici, la faute à leur médecine désuète, à leur alimentation et à leur hygiène – tout cela fausse mes repères). Il vit avec la certitude que sa vie professionnelle, son existence même, est entièrement vouée à ce monde qu’il croit servir. Il non-important. Il n’en parle pas avec ses collègues, mais le ressasse dans le blog qu’il tient sous pseudonyme, comme dans les mémoires qu’il cache dans son ordinateur – perpétuellement corrigées, jamais publiées – ; il l’éteint au petit matin, quand il part en quête d’un peu de sommeil, après avoir écrit une histoire que peu de gens liront.
Oh, mais vous êtes important, monsieur Kharthik M. Chaudhry ! Vous n’avez aucune idée de votre valeur, ni à quel point celle-ci est terrible.
Je l’observe depuis des jours. Il parle au téléphone, assiste à des conférences de presse au cours desquelles il se retrouve relégué au dernier rang, puis se rend dans un café quelconque avec son ordinateur portable, pour y lire et pour y écrire. Encore et encore. Il y a tellement d’informations ici qu’ils passent le plus clair de leurs vies à s’y perdre. Pour ce que j’en sais, il n’a pas d’amis. Son appartement est dépourvu de toute présence féminine, pas même la photo d’une actrice, quelque idole secrète dissimulée au fond d’un tiroir. Une conséquence directe de sa dévotion au travail, du moins est-ce ce qu’il se dit. Après tout, il excelle dans son métier et ça le détournerait de sa tâche.
Quand nous nous sommes croisés dans le hall de l’immeuble, tout à l’heure, j’en ai profité pour lui coller un traceur ; je sais qu’en ce moment même, il est en train de quitter son bureau et de pénétrer dans l’ascenseur. Je sors du bar d’en face, la Source Anonyme, d’où je l’épiais en sirotant quelques verres, malgré les recommandations du Ministère.
Une fois dans le lobby, je passe devant le vieux Chinois qui vend des magazines, journaux et sucres d’orge multicolores, puis devant la boutique de cravates et le bazar pour touristes : photos encadrées de la Maison-Blanche, tasses et stylos frappés du drapeau américain. Mon sujet est en train de descendre par l’ascenseur en verre.
Le voir me confirme que je voulais vérifier – je peux donc retourner à ma voiture. Je sais où il va, et quand il y sera. Je sais aussi qu’il va prendre le métro – il ne possède pas de véhicule -, et qu’à cause d’une rame en panne sur la ligne bleue il lui faudra dix bonnes minutes de plus qu’à moi pour arriver sur place. Par souci de discrétion – une des recommandations de la Logistique -, j’ai loué une Corolla beige. Je me suis entrainé sur une réplique spécialement créée pour moi avant d’arriver ici, mais la vraie paraît bien plus difficile à prendre en main – j’espère ne pas enfreindre quelque règle tordue de leur code de la route, au risque de me retrouver hors du coup. Les vodkas que j’ai bues rendent l’ensemble encore plus irréel, ce véhicule massif et encombrant, cette extension tentaculaire de moi-même, pataude, qui semble constamment vouloir s’échouer dans ce monde que je comprends à peine.
Quelle ville ! Sa structure parfaitement géométrique, ses larges avenues, ses trottoirs impeccables, tous ces monuments qui baignent dans une lueur céleste… Les contemps qui m’entourent seraient bien en peine d’imaginer le temps qu’il faudra pour reconstruire quelque chose d’équivalent. Voient-ils la beauté qui les entoure ? Ont-ils le vertige, perchés comme ils le sont au sommet de leur civilisation vacillante ? Non -ils marchent au pas, le cou tordu sur leurs téléphones archaïques, comme des pantins. La joue droite phosphorescente.
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10 réflexions sur “Les protecteurs deThomas Mullen

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