Homicide 69 de Sam Reaves

téléchargementLe livre : Homicide 69 de Sam Reaves ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-France de Paloméra. Paru le 23 janvier 2013 chez Calmann-Levy  dans la Collection Robert Pepin Presente.  22,90 € ;  (549 p.) ; 22 x 15 cm

Quatrième de couverture

Robert Pépin, présente…

Chicago, un an après les émeutes de 68. Les États-Unis sont le théâtre d’événements retentissants : agitation des Black Panthers, festival de Woodstock, crimes de Charles Manson, tensions avec l’URSS et la Chine, premiers pas de l’homme sur la Lune, guerre du Vietnam… C’est dans ce climat tumultueux que l’inspecteur des Homicides Mike Dooley est un jour appelé sur une scène de crime, où gît le corps nu et affreusement torturé d’une ancienne Playboy Bunny girl. Persuadé que l’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît, il se lance dans l’enquête et découvre vite que ses soupçons étaient justifiés : la victime était liée à un ponte de la Mafia. Et à Chicago, la pègre flirte avec les milieux politiques de la ville et de l’État. Les menaces commencent alors à tomber et la hiérarchie policière ne lui facilite guère la tâche. Dooley, qui tremble pour son fils Kevin, marine au Vietnam, n’avait certainement pas besoin de ça…

téléchargement (2)L’auteur : Naissance à Crawford le 15 mai 1954. Auteur de neuf romans, dont Le taxi mène l’enquête, Sam Reaves parle cinq langues, a travaillé comme traducteur et vit à Evanston, Illinois, avec sa femme et ses deux enfants. Il a beaucoup voyagé, a vécu à Cali, en Colombie, à Barcelone…Il a même habité à Avignon et à Strasbourg. Il écrit aussi sous le pseudo de Dominic Martell, des thriller qui se passe à Barcelone mais il est seulement publié en anglais.

 Citation

Les yeux étaient clos, gonflés, gros comme des prunes et à peu près de la même couleur, et le nez en bouillie partait en biais.

 

Résumé et avis :

Chicago :une ex th (4)Bunny Girl de Playboy est retrouvée assassinée sauvagement. Ce roman n’est pas juste l’occasion de suivre l’enquête de terrain minutieuse de l’Inspecteur Dooley, coincé entre Mafia, FBI et flics véreux. Non, ce roman est un véritable instantané sépia d’une année charnière de l’histoire contemporaine américaine. th (5)

th (7)L’agitation des Black Panthers, le premier homme sur la lune, la Guerre du Vietnam, Woodstock… sont le décor de cette plongée dans le Chicago d’hier, où Dooley, tout en suivant les affaires courantes de son District et en assurant comme il peut ses fonctions de chef de famille, se trouve aux premières loges du violent spectacle que donne l’Amérique en pleine mutation.

C’est le second roman de  Sam Reaves  a être traduit en France, le premier « Le Taxi mène l’enquête » date de 1992 et a été édité au Seuil . Mais  cette fois, l’auteur n’ a  pas de chance avec l’édition française. En effet, la qualité inégale de la traduction qui hache la lecture de ce roman de 550 pages, m’empêche de le placer en coup de cœur.

th (6)Extrait : PREMIÈRE PARTIE
QUELQUE CHOSE DE VRAIMENT MOCHE

1
– Notre macchabée va se faire tremper, dit Olson.
Le ciel avait la couleur d’une méchante ecchymose, une grave contusion ayant viré à un violet profond et malveillant un jour ou deux après une sérieuse raclée. Un passage à tabac de première, pensa Dooley.
– Allume tes phares.
Olson tendit la main vers le bouton.
– Ils ne pourront jamais terminer la partie. Ils ont déjà eu deux interruptions de jeu et le soir va bientôt tomber.
Dooley observa la lueur d’un éclair dans le vide au loin, de l’autre côté du lac.
– Ils jouent contre qui ?
– Les Astros. C’est Jenkins qui lance pour nous. S’ils gagnent aujourd’hui, ça en fera six d’affilée.
– De quoi sabrer le champagne.
– Ils sont dans une année faste. Invincibles. Ne me dis pas que les Cards vont les coincer ?
Dooley haussa les épaules.
– Qu’est- ce qu’il a dit ? Par Weed ?
– Weed et le fleuve. Juste au sud de North Avenue.
– Tu devrais prendre par Elston.
– Pourquoi ? Weed est de ce côté du fleuve.
– Oui, mais ça t’oblige à revenir en arrière dans North Avenue. D’Elston Avenue, tu arrives à l’est en traversant le fleuve et tu y es.
– Et ça change quoi ? N’importe comment, on y sera.
– C’est sûr, mais pas avant la pluie.
Le ciel avait de nouveau ouvert les vannes le temps qu’ils rejoignent les voitures de police garées au bout de Weed Street, là où elle conduisait au fleuve dans une zone industrielle et anonyme de voies de chemin de fer, clôtures grillagées et longues successions d’usines.
Personne n’avait envie de descendre et d’attendre sous la pluie, mais ils finirent tous par s’y résoudre, Dooley, Olson et les quatre policiers des voitures, puis ils se tassèrent à l’abri d’un entrepôt.
– C’est les deux jeunes Noirs qui l’ont découverte, expliqua un des gars en tenue en montrant la voiture radio la plus éloignée d’un signe de tête.
Dans la lumière de son gyrophare, Dooley aperçut deux petites formes noires sur la banquette, là, à travers la vitre ruisselante de pluie.
– Une femme, hein ? dit Olson.
Hochement de tête du policier. Sans plus.
– Je ne me suis pas trop approché. Mais je dirais que oui. De l’autre côté de la clôture là- bas.
Il y avait bien une clôture au bout de la rue, mais personne ne l’avait réparée là où le grillage s’était détaché du piquet. Le trou permettait de passer à condition de se courber un peu. Dooley jeta un regard à l’herbe piétinée autour de la brèche.
– Vous êtes allés de l’autre côté ? cria- t-il au policier le plus proche.
– Juste assez loin pour voir le corps. Il n’y avait pas d’empreintes ni rien.
Plus maintenant, bien sûr. Dooley se faufila dans la brèche en veillant à marcher sur l’herbe déjà foulée et s’immobilisa à l’endroit où la rive se perdait dans des buissons et des gravats au bas du talus, un peu plus d’un mètre au- dessus de l’eau. La pluie piquetait la surface plombée du fleuve. Les arbustes qui s’accrochaient à la rive offraient un maigre abri. La tête dans les épaules, les mains dans les poches de son imper, il étudia le problème. Tout ce qu’il
pouvait voir, c’était une portion de dos dénudé, blafard dans le crépuscule, et une masse de cheveux emmêlés.
– Je ne sais pas comment il peut l’affirmer, lui lança Olson de l’autre côté du grillage. T’as vu les tignasses des hippies ces derniers temps ?
– C’est une femme, dit Dooley.
– Si tu le dis…
Dooley se redressa et scruta longuement la pente en quête d’indices mais ne trouva que de petits ruisseaux qui se matérialisaient en rejoignant le fleuve. La pluie crépitait sur les feuilles au- dessus de sa tête. Il sortit un mouchoir d’une poche intérieure et essuya l’eau qui lui dégoulinait sur le front.
– Elle est enfouie dans les hautes herbes. Il n’y a pas de traces de pas.
– Mmm… On l’y aura balancée une fois morte.
– Ou alors, elle est descendue s’allonger là pour mourir.
– Sans ses vêtements ?
– Je n’ai pas dit que c’était probable. Qui c’est qui va se salir les chaussures ?
– Je viens de m’acheter des Florsheim toutes neuves, protesta Olson. Tu es déjà sur les lieux.
Dooley suivit la rive, s’éloignant du corps, cherchant un endroit où descendre sans polluer les preuves. Trois mètres plus loin, il posa le pied sur la pente, glissa et prit appui sur un genou pour se retenir.
– Rien à foutre de tes Florsheim ! s’exclama- t-il. Moi, mon costume sort de chez le teinturier !
Dooley reprit pied là où la pente s’aplanissait à la hauteur du talus et rebroussa chemin en suivant la rive vers le corps et en tâchant d’oublier la pluie qui chassait vers son visage. Il aperçut deux plantes de pied, souillées de noir, et vit le renflement d’une fesse nue audessus des herbes. Il s’agenouilla, appuyé sur une main, et chercha un coin de son esprit où il pourrait considérer ce pauvre corps massacré comme son gagne- pain et rien d’autre. Lorsqu’il l’eut trouvé, il se pencha plus bas et écarta les hautes herbes.

– Oh, merde…, lâcha- t-il doucement.
La femme gisait le visage tourné vers le fleuve, ses bras et ses jambes ramenés contre elle. Sous le fouillis des cheveux brun foncé, un visage subsistait. Mais personne n’allait dire « c’est bien ma chérie » en le regardant. Les yeux étaient clos, gonflés, gros comme des prunes et à peu près de la même couleur, et le nez en bouillie partait en biais. Les lèvres ressemblaient à du boudin, fendues à deux endroits. En dévisageant la morte, Dooley vit la couleur du ciel.
– Qu’est- ce qu’elle fait ? lui cria Olson d’en haut. Sa prière ?
– Elle est attachée. (Dooley tirailla doucement la ficelle tendue qui lui entourait les chevilles.) On l’a ligotée. Pieds et poings.
– Parlons- nous d’un homicide, professeur ?
– À mon avis, c’est clair comme de l’eau de roche. Demande une camionnette, fais venir le labo mobile, appelle le sergent.
– Reçu cinq sur cinq ! Ne tombe pas à l’eau parce que pas question que je t’en sorte !
Dooley entendit les pas pressés d’Olson qui filait s’abriter. Il s’agenouilla, l’eau gouttant à l’arrière de son cou, et parcourut du bout des doigts le dos de la morte. La peau était froide et glissante, la surface blanche et lisse piquetée de pastilles rondes de peau décolorée, râpeuses au toucher. Dooley changea son appui de pied et se redressa un peu tout en restant accroupi. Il saisit une branche pour assurer son équilibre, se pencha au- dessus de la femme et étudia les bigarrures de peau foncée qu’elle avait à l’épaule et à la hanche. Il
regarda de nouveau la pente et attendit en pariant que les scientifiques n’allaient pas relever grand- chose ce jour- là.
De retour au bas de la rue, il s’adressa au gars en tenue le plus proche.
– Allons dire un mot à vos témoins.
Sur la banquette arrière de la voiture de patrouille étaient assis deux gamins, dans les huit, dix ans. De gros yeux blancs dans de petits visages noirs. Ils paraissaient trempés et gelés. Et terrifiés ou alors terriblement excités. Difficile à dire. Dooley se glissa sur le siège passager à l’avant, passa un coude sur le dossier et s’essuya la figure d’un coup de mouchoir.
– Alors les garçons. Ça va ? (En guise de réponse, il obtint un O.K. et des yeux écarquillés.) Toi, petit. Comment t’appelles- tu ? demanda- t-il à celui qui avait réussi à répondre.
– Jerome.
– Jerome comment ?
– Jerome Hayes. On va pas avoir d’ennuis ?
– Non, aucun. J’ai juste besoin que vous me racontiez comment vous avez découvert la dame, en bas.
– Elle est morte, non ? lança soudain la voix fluette de celui qui n’avait dit mot jusque- là.
Dooley hocha la tête.
– J’ai bien peur que oui.
– Qu’est- ce qui lui est arrivé ?
Il passa en revue deux ou trois explications possibles tout en dévisageant le gamin.                                                                                             – Quelque chose de vraiment moche, répondit- il enfin.

th (8)

 

Publicités

6 réflexions sur “Homicide 69 de Sam Reaves

Vous avez la parole, laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s