Le Zoo de Mengele de Gert Nygardshaug : Une lecture de Pierre et Geneviève.

index0Le Zoo de Mengele, Gert Nygardshaug Traduit du norvégien par Hélène Hervieu et Magny Telnes-Tan. Paru le 4 juin 2014 chez J’ai lu / grand format.19,90€ ;(408 p.) ; 21 x 15 cm.

4e de couv :

Le Zoo de Mengele

La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillons, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu’il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles surpeuplées.

Alors il deviendra le bras armé de cette Amazonie que l’homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.

Alors il les tuera à son tour.

Tous. Un par un.

Extrait :
« La colline aux magnolias au sud-est du village s’illuminait d’un vert tendre dans la lumière rasante du couchant ; la douce brise humide, presque imperceptible, apportait le parfum légèrement amer du canforeira, le camphrier. Au milieu de toute cette verdure trônaient les jaracandas en pleine floraison, tels des phares bleu porcelaine qui attiraient tous les oiseaux – depuis les vautours, les zopilotes, les colibris, en passant par les toucans au bec si particulier.
Une nuée de Statiras, ces papillons citron, décollèrent de leur abri après la brève mais intense ondée de l’après-midi pour voleter en direction du village, attirés par les fortes senteurs du marché de fleurs et de légumes. La température torride faisait remonter de la jungle une sorte de brume. »

gertL’auteur :

Né en 1946, Gert Nyg(…)rdshaug est l’un des écrivains norvégiens les plus populaires. Très engagé politiquement, il a à coeur de défendre la forêt amazonienne et ceux qui y vivent. Le Zoo de Mengele, son livre le plus célèbre, traduit pour la première fois à l’étranger, est à la fois un thriller et un véhément plaidoyer en faveur des victimes de la mondialisation.

 Résumé et avis :

Ecrit en 1987, le livre a été vendu en Norvège à 150.000 exemplaires, dans un pays qui compte 5 millions d’habitants.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, il ne s’agit pas d’une histoire de Nazis ou de néo Nazis réfugiés en Amérique du Sud !

indexNous suivons la vie de Mino Aquiles Portoguesa (le héros du livre, passionné de papillons), enfant de la jungle amazonienne (on ne sait pas trop le pays) qui voit sa famille et la population de son village exterminés par une armée à la solde d’une multinationale américaine du pétrole.

Mino se jure alors de venger et de protéger à tout prix la forêt amazonienne. En clair : tuer tous ceux qu’il juge responsables de la déforestation et, s’il le faut, tous ceux qui pourraient représenter un obstacle à ses projets.

L’auteur « plante le décor » pendant une soixantaine de pages pour installer le personnage de Mino qu’on découvre enfant et nous montrer son environnement, son village, sa vie quotidienne.

Les nombreuses descriptions riches et détaillées de la jungle amazonienne, de ses animaux (en particulier les papillons) sont très réalistes.

Puis, tout s’accélère et le suspense se construit page après page.

Mino va former un groupe, « le groupe Mariposa » (papillon en espagnol) imagesqui sera composé d’amis ayant la même vision que lui et qu’il a rencontrés au cours de ses pérégrinations en Amérique du Sud. Ils ont pour objectif de débarrasser la planète de ceux qu’ils jugent responsables de la destruction des forêts tropicales (hommes politiques et grands industriels, souvent de mèche).

Le roman peut paraître peu crédible, les événements sont souvent tirés par les cheveux (facilité avec laquelle Mino et ses amis ont accès aux « méchants », la chance de ne pas se faire attraper, l’argent qui semble couler à flot pour mener leurs opérations…), mais grâce à l’aspect « conte », « fable », à l’onirisme que l’auteur distille au fil du récit, ça passe, ça fonctionne  même très bien !

Le côté très politiquement correct de la défense de la forêt primaire (qui peut être contre !?) contrebalance avec les moyens utiliser, à savoir : le TERRORISME.

Certes il s’agit de terrorisme ciblé (autant que faire se peut) mais on assiste quand même à l’exécution de plusieurs dixaines de personnes. Et c’est là que l’auteur réussit son coup : il nous rend ces terroristes tout à fait sympathiques et on se laisse aller à comprendre et même à être d’accord avec eux.

Ce roman n’est pas un manifeste politique, c’est bien une œuvre de fiction qui par de nombreux aspects tirent vers le conte. Et cet aspect de l’histoire, la poésie qui est présente, les capacités hors du commun des héros permettent à l’auteur de tempérer la question principale que pose le livre : le terrorisme peut-il se justifier ? Et si oui, sous quelles conditions ?

        Bref, un véritable COUP DE CŒUR : des personnages attachants, de magnifiques descriptions de la nature, un sens de l’onirique, un thriller écologique qui soulève de grandes questions.

CVT_Le-zoo-de-Mengele-tome-2--Le-crepuscule-de-Niobe_9599 Et la bonne nouvelle, c’est que la suite, Le crépuscule de Niobé, vient de paraître en France ! Et que nous l’avons en lecture.

Ce petit avis a été concocté par Pierre. Pour ma part j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur à Saint Maur en poche 2014 et surtout j’ai pu l’écouter parler de son livre et de son engagement lors d’une conférence, l’an dernier. Il est passionnant. Foi de porte flingue.

Extrait :
« Armando, regarde, un sapito, un petit crapaud blanc. Il essaie de se cacher dans les vieux chous pourris. Ne lui fais pas de mal, Armando ! »
Armando, qui avait dix ans – presque un adulte à ses yeux -, jeta son bâton pour sortir de sa poche de pantalon un lacet, avec lequel il confectionna un nœud coulant de qualité professionnelle.
« On va le pendre, ça va flanquer la frousse aux vendeurs de coco – et du coup ils lâcheront leurs charrettes. Il est venimeux, je vous dis ! Mon grand-père a failli mourir en en touchant un. »
Armando abaissa doucement le nœud coulant vers la tête du crapaud, puis tira brusquement d’un coup sec.
Lucás, Pepe et Mino, effrayés, eurent un mouvement de recul. Le crapaud se balançait en frétillant, brassant l’air avec ses longues pattes antérieures, mais ses yeux vitreux commençaient à se couvrir d’une membrane mate. Tout frémissant de joie, Armando poussa un rire sauvage en tenant l’animal le plus loin possible de son corps. Mais tout à coup, le crapaud décrivit un mouvement aussi soudain qu’inattendu qui le projeta contre sa cuisse nue. Le garçon, dans un hurlement, lâcha aussitôt l’animal, qui partit se tapir sous les autres cageots de légumes.
Sur sa cuisse apparaissait une tache rouge enflammée, comme s’il s’était brûlé au contact d’un buisson de mujare. Lucás, Pepe et Mino fixaient sur elle des yeux écarquillés, s’attendant à la voir se mettre à fumer d’un instant à l’autre et gagner le haut de la cuisse d’Armando jusqu’à l’aine, puis son ventre et sa cage thoracique ; bientôt, tout le corps du garçon entrerait en ébullition comme un cochon de lait dans la marmite au-dessus de l’âtre, puis c’en serait fini de lui.
Les sapos blancs étaient dangereux, tout le monde le savait.
Mais la tache ne s’étendit pas, et Armando ne pâlit pas davantage. Bientôt ses joues reprirent leur couleur habituelle, et ses yeux redevinrent aussi effrontés que d’habitude.
« Zut ! lança-t-il en donnant un coup de pied dans la pile de cageots où le crapaud s’était enfui. Zut et zut ! Je vais aller me laver la cuisse au point d’eau. Puis j’irai chercher de     grosses coquilles de noix de coco pour Mama Esmeralda. »
Sur ces mots, il partit comme un tourbillon parmi les vendeurs de fruits et légumes et disparut de l’autre côté du platane, Pepe sur ses talons.
« Il mourra certainement cette nuit », déclara Lucás, qui s’était cramponné à la main de Mino. Les deux petits hochèrent gravement la tête.
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7 réflexions sur “Le Zoo de Mengele de Gert Nygardshaug : Une lecture de Pierre et Geneviève.

    • J’en suis certaine aussi, en fait c’est la suite de ce titre que je viens de lire.
      Tiens, il me semble que c’est une fourmi qu’il y a sur la couv. 😉
      Mais j’attends que Pierre, l’ai lu lui aussi pour te proposer un autre bestiaire 😉 🙂

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