L’homme qui tue les gens de Stan Jones

téléchargement (51)Le livre : L’homme qui tue les gens de Stan Jones. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Grellier. Paru le 4 février 2015 aux Editions du Masque dans la collection Grand  Format. 19€ ; (222 p.) ; 23 x 14 cm

4e de couv :

Nathan Active, state trooper de son état, s’ennuie ferme. Il rêve d’une mutation à Anchorage, la capitale où il a grandi, adopté par des Blancs qui l’ont élevé après que sa mère, âgée de 16 ans à l’époque, l’a abandonné. Pourtant, tout va changer pour Nathan. À quelques jours d’intervalle, deux hommes sont retrouvés morts, après avoir mis fin à leurs jours. Deux suicides dans la même semaine, ça fait beaucoup pour une petite ville comme Chuchki. Interrogeant les témoins, Active tombe sur Tillie, une vieille clocharde complètement imbibée. Elle le prévient : c’est l’innukaknaaluk le responsable. Or une chose est sûre : le point commun entre les deux suicidés, c’est qu’ils étaient l’un et l’autre des employés a priori comblés de la Gray Wolf…

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L’auteur : Stan Jones est écrivain, journaliste et fervent activiste écologiste. Il a vécu de nombreuses années à Kotzabue, la ville qui a inspiré le bourg fictif de Chuchki. Il connaît très bien le nord de l’Alaska. Il vit à Anchorage avec sa famille et il est en train d’écrire le cinquième volet des aventures de Nathan Active.

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Extrait :
Chukchi, mercredi matin
En temps normal, un décès qui survenait sur le territoire de la commune n’était pas du ressort de la police de l’État. Quand l’appel arriva, l’enquêteur Nathan Active flirtait avec Lucy, la dispatcheuse, et tous les policiers municipaux étaient sortis. Ce fut donc lui qui prit la communication, malgré son statut de State Trooper1.
« Faut venir, Nathan, lui dit Hector Martinez. Un gamin s’est flingué en face du Dreamland et j’aimerais bien qu’on l’évacue.
— C’est qui ?
— Peu importe. Viens t’en occuper. Ça fait fuir les clients. »
Le patron du bar raccrocha.
Active monta dans son bureau, prit son chapeau de fourrure et sa parka garnie de duvet accrochés près de la porte, et sortit. Le vent d’ouest qui soufflait depuis la veille lui râpa le visage pendant qu’il déverrouillait la portière et balançait sa sacoche à l’arrière du pick-up, un Chevrolet Suburban dans sa neuvième année.
images (32)Résumé et avis :
L’homme qui tue les gens, l’innukaknaaluk en inupiat, la langue parlée par la communauté esquimau du Nord de l’Alaska, c’est le méchant.
Dans le paisible bourg de Chuchki, dans la baie du même nom, la police n’a à régler, en général, que des histoires de bagarres à la sortie du bar du coin, où les autochtones, un peu désœuvrés, sont bien trop images (33)alcoolisés. Il faut dire que c’est difficile, pour ces tribus de pêcheurs de baleine et de phoques, de s’adapter à la vie moderne, à l’américaine. Alcool, chômage, obésité, ennui, misère sociale, violences conjugales sont leur banal quotidien. Depuis peu pourtant, la corporation internationale GeoNord a ouvert une mine au nord de Chuchki, la Gray Wolf, accessible en avion ou, si la glace est assez solide, en motoneige. Elle a donc offert du travail pour de nombreux habitants, privilégiant les embauches locales. Du coup à Chukchi, le policier Nathan Active s’ennuie et rêve d’une mutation jusqu’au jour où deux suicides suspects le tirent de sa torpeur. Les deux victimes travaillaient pour la Gray Wolf exploitant une mine au nord de la ville.
Un excellent polar ethnologique dans la ligné du Dernier Lapon et de Yeruldelgger
images (30)Ce polar est pour le moins dépaysant. Vous allez faire la connaissance des Inupat. Ce peuple d’Alaska vit non loin  du détroit de Béring. La  chasse et la pêche, et particulièrement la pêche à la baleine sont primordiales à la survie de ce peuple esquimaux. Cette dernière est même un des fondement de la sociéte Inupak.
Vous allez aussi comprendre la dualité de certains de ces individus qui ont à choisir entre tradition et modernité.
images (31)Et surtout vous risquez de prendre froid, car sous ces latitudes, l’hiver est rigoureux. Les températures extrêmes, La neige et les glaces, la nature sauvage et intraitable, toutes sont là pour vous rappelez que vous êtes là que parce qu’elles vous acceptent.
Alors enfilez vos gants et vos écharpes et au coin du feu, bien au chaud, laissez vous envoûter par ce polar en noir et blanc.
Extrait :
— Je vous présente mes condoléances, monsieur Clinton.
— C’est ma faute, à cause d’un truc qu’est arrivé y a longtemps. T’étais à Anchorage chez tes parents nalauqmiut. »
Active n’était pas surpris que Daniel Clinton en sache autant sur son compte. Depuis son arrivée à Chukchi l’année précédente, la nouvelle s’était vite répandue que le bébé adopté par un couple d’enseignants blancs avait grandi et était revenu comme State trooper. Ceux qui ignoraient son histoire avaient bientôt pu la puiser dans les potins qui coulaient toujours à flots dans les rues du village. « Je crois que j’en ai entendu parler », dit Active pour lui laisser comprendre qu’il n’était pas obligé d’évoquer la malédiction s’il n’en avait pas envie.
« Tu veux du café, monsieur Active ? » Manifestement, il ne souhaitait pas aborder le sujet. Active acquiesça d’un signe de tête et, quand Clinton eut terminé de le servir, il lui demanda si George s’était comporté différemment ces derniers temps. « Non, m’avait l’air d’aller bien. L’a un boulot à la Gray Wolf, il gagne un peu d’argent et s’est acheté une nouvelle motoneige. L’a l’air heureux. Y compte bientôt partir d’ici, se trouver une maison à lui. Je commence à penser que George est tiré d’affaire, mais non. »
La Gray Wolf était une importante mine de cuivre qui avait ouvert l’année précédente, sur le cours d’eau du même nom à cent cinquante kilomètres au nord de Chukchi. GeoNord, une société norvégienne, était chargée de l’exploitation, mais le sol appartenait à la Chuckchi Region Inc, l’association indigène regroupant tous les Inupiat des environs. Les Norvégiens veillaient donc à embaucher beaucoup d’autochtones et avaient aménagé un rythme de travail adapté à une population passionnée de chasse et de pêche : deux semaines à la mine, deux semaines de repos. L’entreprise prenait à sa charge l’aller et retour en avion, ou versait la somme équivalente à ceux qui préféraient rejoindre Gray Wolf en motoneige.
« George venait de rentrer de la mine ?
— Lundi, je crois. L’est passé aux bureaux de GeoNord, un truc à régler pour le boulot. L’a chassé le lapin derrière la lagune, l’a passé du temps chez Emily Hoffman, l’a traîné ici et là. Tu sais comment sont les jeunes. L’a dans l’idée d’aller chasser le caribou, si la glace redevient solide sur la baie de Chukchi après le redoux qu’on a eu.
— Emily Hoffman ? dit Active en notant le nom dans son calepin.
— Sa copine. Je crois bien qu’elle est enceinte. Je me dis qu’ils vont bientôt se marier.
— Savez-vous qui il est passé voir chez GeoNord ?
— Il m’a pas dit. Juste qu’il a un truc à régler. Quand il est revenu, l’a juste dit que c’était bon.
— On a retrouvé une carabine 30-30 à côté de lui. Il en possédait une ?
— J’en ai une dans le kunnichuk. Je peux aller vérifier si qu’elle est là.
— Pas la peine, fit Active. J’ai regardé en arrivant et elle n’est plus là.
— Il a pris la Winchester, se lamenta Clinton de sa voix rauque. C’est avec elle que je lui ai appris à tirer. Je me souviens de la première fois que je l’ai emmené chasser le phoque sur la banquise, murmura-t-il en portant le regard vers la lagune. Un jour de printemps, beau soleil, ciel bleu, pas beaucoup de vent. On est sortis en motoneige, à vingt-cinq, trente kilomètres, là où y a pas mal de trous d’aération faits par les phoques. Je repère une crête de pression près d’un trou qu’a l’air de beaucoup servir et j’installe George pour qu’il attende. C’était encore un petit bonhomme dans sa parka blanche, l’avait huit ou neuf ans, mais il est resté un bon moment sans faire de bruit, à surveiller le trou. Le phoque finit par sortir la tête, et je me dis que George va peut-être tirer trop vite, que le phoque va disparaître dans son trou et que ça sera fichu. Mais George tire pas, il attend. Bientôt, le phoque sort complètement sur la banquise, il jette un coup d’œil à la ronde et il s’endort. C’est là que George tire. Pile dans l’œil, l’animal s’agite même pas, sa tête retombe juste comme s’il dormait. George, il me regarde et il me sort : “Ça y est, je suis un vrai Esquimau ! Hein, papa ?” »
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